CHAPITRE Vil
toire des peuples, dont nous parlerons davantage ; car comment séparer la faculté des actes, les idées de leurs produits? Elle juge, d'une part, des notions de famille, de propriété, de devoir, d’intérêt, de gloire, par ses réalités palpables, et, de l’autre, des aptitudes à satisfaire aux besoins et aux facultés qui en dépendent par les produits mêmes de l’industrie, de la construction, de la navigation. L’histoire, dans le temps, de l’outil, du produit comme de l’institution, de la coutume, est le corollaire forcé de l’histoire des facultés cérébrales suivant les peuples et suivant les races. C’est en comparant les dessins naïfs mais spirituels sur défense de mammouth des Trogodytes de la Vézère, les essais grossiers sur roches des Boshimans et des Australiens, presque contemporains, et les œuvres de la IVfi dynastie en Egypte ou de l’époque de Périclès en Grèce, et en tenant compte des moyens mécaniques dont ils disposaient, qu’on apprécie la dose et la nature des facultés de leurs auteurs.
Les facultés de constructivité du castor, de la fourmi, de la taupe, et de sociabilité de l’éléphant, du chien sauvage, du singe cynocéphale, ne sont connues du naturaliste que par le travail visible produit et les actes. Dans toutes ces études, se composant d’observations et d’interprétations, un problème incessant se présente : la part à faire dans les modifications et formes constatées, d’un côté à l’organisation physique même de la moyenne des individus et des races qui composent le peuple examiné, à l’époque en question, et de l’autre aux circonstances accidentelles favorables ou défavorables, produisant un mouvement en avant ou en arrière, dans lesquelles il se trouve. Ce sont deux influences égales. Les philosophes qui discutent ces choses sans le secours immédiat des sciences naturelles, sans y être initiés, ne sont pas en mesure de tenir compte de la première. Qu’ils soient idéalistes ou matérialistes, ils raisonnent comme si l’humanité était partout semblable à elle-même, à la façon des monogénistes orthodoxes qui ne voient que l’unité de l’espèce humaine, ou des artistes qui ne reconnaissent qu’un type physique parmi les hommes. Pour eux l'évolution de l’humanité est une: ils ignorent que les cerveaux diffèrent, ne s’inquiètent pas en quoi ils diffèrent et raisonnent sur le Chinois comme sur le Boshiman, l’Australien ou l’Européen. Le temps est fini où l’on peut traiter d’une propriété sans tenir compte du corps matériel qui en est le siège. La sociologie procède, en somme, de l’idée anatomique de la structure du cerveau et de l’idée physiologique de facultés correspondantes, dont la détermination précise et le classement relèvent de l’anatomie et de la physiologie associées h la considération des produits moraux et matériels de ces organes et facultés, pour aboutir à la détermination des lois générales du progrès dans les sociétés humaines,
La sociologie humaine est donc à tous les points de vue une branche de l’anthropologie, comme la sociologie d’un animal quelconque est un rameau de la science complète qui traite de cet animal.
Elle est intimement liée au problème final de l’anthropologie se posant