CHAPITRE VIT
mais tant que l’anthropologie n’aura pas pénétré dans les études médicales, elle sera vraie. Les deux ont pour base l’anatomie, la physiologie et la pathologie auxquelles elles s’adonnent plus ou moins et dans les directions qui leur conviennent, suivant leurs besoins. En anatomie, le médecin ayant à porter le bistouri sur le vivant, à diagnostiquer le siège précis d’une lésion ou d’une tumeur, à connaître les symptômes dus au contact ou au voisinage de celle-ci, et à connaître le mécanisme intime des maladies pousse ses investigations plus loin : l’anatomie histologique (1), l’anatomie topographique et l’anatomie pathologique sont sa propriété essentielle. La médecine part de l’idée fausse que tous les hommes sont semblables, qu’il n’y a qu’un type d’anatomie humaine, et que ses variations individuelles sont nulles, insignifiantes et sans intérêt. Lorsqu’une variation attire son attention elle la qualifie d’anomalie et passe outre. Tout autre est le point de vue de l’anthropologie. Peu lui importe qu’une artère passe à droite ou à gauche si elle n’y voit pas une différence de race, une réminiscence de quelque animal ou un éclaircissement quelconque dans l’un des problèmes qu elle agite. L’anatomie comparée est son domaine propre : comparaison de l’homme et des animaux, comparaison des divers types humains entre eux Cette diversité des types humains est le principe qui dirige la moitié de ses recherches. Les différences entre le type général de l’homme et ceux des animaux, sont le but de l’autre moitié. Aussi ces anomalies, à côté desquelles passent le médecin, deviennent-elles parfois, sous le scalpel de l’anthropologiste, le pivot de ses preuves anatomiques en faveur de l’origine animale de l’homme ; ce sont les réversions et organes rudimentaires.
C’est ainsi que la tératologie relève de l’anthropologie et non de la médecine. 11 est peu vraisemblable que la connaissance des monstruosités et même de leurs causes accidentelles puisse donner lieu à une indication prophylactique pour le médecin, tandis que à l’égal des hypothèses darwiniennes elle peut livrer un jour le secret de la formation des êtres, et par conséquent de l’homme et de ses races. La qualification d’arrêt ou d’excès de développement donnée à la majorité de ces monstruosités, suffit pour montrer l’importance que le naturaliste philosophe, en quête de la vérité, doit y attacher. N’était le trouble oculaire, l’albinisme ne serait qu’une singularité pour ie médecin, tandis qu’il est peut-être la clei de certaine transformation pour l’anthropologiste. Le fait que le crâne et le squelette des générations éteintes et des races humaines éloignées se conservent et arrivent dans les laboratoires, tandis que les parties molles s’anéantissent, est cause que la crâniométrie et l’ostéométrie sont l’une
(1) Je no, me sers pas volontairement du synonyme, employé par les médecins, d’anatomie générale, qui pourrait être confondu avec l’anatomie générale des zoologistes. Celleci a pour synonyme l’anatomie comparée ; l’anatomie générale des médecins signifie à proprement parler les généralités sur l’anatomie humaine. L’épithète àlmtoloqique que j’emploie laisse cependant à désirer.
GÉNÉRALITÉS. — SCIENCES MEDICALES. 173
des branches les plus cultivées de l’anthropologie, tandis que la médecine ne prend pas plus d’intérêt au crâne et au squelette qu’aux autres organes. Le fait que le cerveau est le caractère distinctif essentiel de l’homme et des animaux, est cause que l’anatomie de cet organe comprenant tout ce qu’elle comporte : circonvolutions, structure histologique, volume, etc., est la propriété première de l’aathropologiste.
Dans la physiologie, il y a deux aspects, comme nous l’avons dit, l’un qui concerne le mécanisme de la vie des organes, et aboutiten particulier au mécanisme des maladies et de la guérison. Cette partie tient essentiellement à la zoologie générale, mais la pratique, qui prime tout, a décidé avec raison, que les écoles de médecine avaient droit à cette science qui atteint son plus haut degré de développement chez l’homme, pour toutes sortes de motifs.
Mais parmi ces organes se trouve le cerveau, dont les fonctions appartiennent, quoi qu’on fasse, àl’anthropologiste, nônqu’il prétendeen enlever l’étude aux médecins et surtout aux laboratoires de physiologie expérimentale, spécialement installés pour certaines recherches qui détourneraient l’anthropologiste de ses études habituelles, mais parce que l’anthropologie c’est l’homme, et que l’homme c’est le cerveau. Appelé â déterminer les facultés élémentaires d’après celles des peuples sauvages, à les comparer avec celles des animaux, à suivre leurs changements à travers les temps et les civilisations; appelé à confronter ces données avec celles de l’anatomie, à indiquer le poids moyen de telle et telle partie de l’encéphale, l’anthropologiste est le seul qui puisse centraliser les travaux sur la physiologie du cerveau de l’homme. Broca, passant sa vie d’anthropologiste à chercher la correspondance des organes et des facultés, et fondant le plus beau musée sous ce rapport qui soit au monde, était dans son rôle.
Reste la pathologie. Il est évident qu’en masse elle relève de la médecine, et c'est plutôt pour le principe que l’anthropologiste, parmi les sciences lui appartenant en propre, inscrit sur une seule ligne : l’anatomie, la physiologie et la pathologie. La médecine humaine et la science vétérinaire n’existeraient pas, que l’anthropologiste comme le naturaliste seraient obligés de connaître les maladies et les cas tératologiques intéressant particulièrement les sujets dont ils s’occupent, et auraient à en faire le parallèle avec les maladies des espèces voisines et à chercher les différences intrinsèques que présentent les races. Mais elles existent et se consacrent spécialement à ces questions. L’anthropologiste ne demande pas mieux que d’être allégé d’autant et ne s’arrête qu’aux pointe particuliers qui lui importent davantage. Tels sont, par exemple, l’hygiène du crâne et du cerveau pendant l’enfance, dans ses rapports avec la bonne conformation de l’un et de l’autre; les troubles apportés à leur libre développement par la synostose prématurée de sutures destinées à rester ouvertes plus longtemps, parla compression extérieure produite par certains usages ridi -