CHAPITRE Vil
graphie réduite à elle-même n’est pas de l'anthropologie, rien de mieux: la place est à prendre, ou mieux à conquérir. C’est ainsi que M. de Mortillet l’entend à son cours de l’Ecole d’anthropologie et il a raison. Il sait aussi bien que moi que le pire ennemi dans les sciences est la fantaisie, et que les nombreux adeptes qu’il groupe autour de lui n’échappeut pas à cette tendance. Nulle partie des sciences anthropologiques n’exige autant de calme et de réserve que le préhistorique actuel. On y est trompé et on s’y trompe avec une extrême facilité.
Je me résume sur ce sujet délicat : le préhistorique est une science anthropologique au même titre que l’histoire, la mythologie ou la linguistique, mais il peut, en marchant à la suite de notre collègue et ami M. de Mortillet, se rattacher à l’ethnographie.
Linguistique. — Après l’histoire, que nous rejetons sous sa forme actuelle, et l’archéologie préhistorique, que nous acceptons comme synonyme de paléoethnographie, la science qui se présente avec le plus de droits à faire partie de l’anthropologie est la linguistique. C’est une science toute particulière, détachée de la philologie et qui s’occupe de la structure des langues, comme phrases et comme vocabulaires, pour aboutir à leur classification. Ses titres à rentrer dans l’histoire naturelle de l’homme, sont au nombre de deux : l’un est le contingent des connaissances qu’elles apportent à l’étude, dans les divers groupes humains, de l’une des facultés les plus caractéristiques de l’homme : le langage articulé; l’autre est sa prétention affichée pendant longtemps, comme nous l’avons vu dans l’historique, mais aujourd’hui retirée, d’identifier la classification des langues avec la classification des races.
Ce dernier point est jugé. L’anthropologiste prend les données linguiste comme il accepte les ossements fossiles humains avec leur date, des mains des préhistoriens. Lorsque le linguiste lui assure que la langue finnoise actuelle est la même que celle du Kalevala et est voisine de la langue hongroise et de la langue samoyède il n’a qu’à s’incliner sauf à examinersi ces renseignements éclairent le problème des origines finnoises et s’ils concordent avec les renseignements tirés d’autres sources, notamment de l'anthropologie physique.
Le premier point est à regarder. Précédemment nous avons été porté à accepter la sociologie comme l’une des parties essentielles de l’histoire naturelle de l’homme pour deux motifs : le premier, parce qu’elle n’est que l’étude des formes diverses que prennent les manifestations de l’une des facultés les plus caractéristiques de l’homme, celle de sociabilité ; le second, parce qu’il ne peut y avoir d’étude des peuples, de leurs mœurs, croyances, industries, c’est-à-dire d’ethnographie, sans elle. En laissant de côté les applications qui regardent l’économie politique ou la jurisprudence, la partie science pure de la sociologie est tout entière dans ces deux points de vue. Il n’en est plus de même delà linguistique. Assurément les langues sont des formes diverses des manifestations de la faculté
du langage ; assurément elles concourrent largement à la connaissance des rapports des peuples entre eux et par conséquent de leur passé. Mais ces deux services qu’elle rend à l’anthropologie n’existeraient pas, qu’elle n’en serait pas moins. Son bagage principal se compose de considérations qui sont du ressort de la littérature plus que de l’histoire naturelle. L’agencement des sons articulés, la grammaire, les étymologies en forment le fond. La linguistique est enseignée avec raison dans les Ecoles d’anthropologie, mais au même titre que pourraient l’être avec profit l’histoire bien comprise, la mythologie comparée et autres sciences. La linguistique est un simple chapitre de l’anthropologie. Mais par certains points de vue, la somme de ses titres à rester indépendante l’emporte sur ceux à relever de l’histoire naturelle de l’homme.
La démographie se présente ensuite par ordre d’importance.
Dans l’état actuel des choses, son horizon est assez limité et ne répond pas à son programme : la statistique de tout ce qui concerne la vie des peuples. De fait elle ne s’occupe encore que de ce que l’administration lui permet, c’est-à-dire de la natalité, de la mortalité et de la nuptialité suivant les âges, les sexes, les professions, les pays. En Italie et dans d’autres pays la statistique a porté sur quelques faits intéressant plus immédiatement l’anthropologie. En Amérique, pendant la guerre de sécession, des mensurations ayant été prises sur des milliers d’individus, la taille entre autre sur un million et un quart, la statistique a été appelée à jouer un rôle considérable.
En somme la démographie ou statistique sur les peuples et la statistique anthropologique représentent en France plutôt une espérance. Même dans les pays étrangers ci-dessus plus favorisés, les applications à l’anthropologie ne forment qu’une minime part de cette science qui se rattache davantage à l’économie politique, à la pratique médicale et à la géographie commerciale. Nous pensons donc qu’il y a lieu, en lui laissant toute son indépendance, de ne l’accepter que comme une science très accessoire de l’anthropologie par quelques-uns de ses points de vue actuels.
Puis viennent une foule de sciences qui apportent leur contribution, mais dont le secours est cependant nécessaire. Telles sont :
La géographie ancienne et moderne, qui donne l’emplacement successif des peuples dans le passé et dans le présent et les conditions des milieux dans lesquels ils se trouvent. Nous ne l’indiquons que pour mémoire. C’est un exemple de science à laquelle l’anthropologie emprunte sans s’immiscer en aucune façon dans sa façon de faire, réciproquement cependant l’anthropologie lui ouvre des horizons qu’elle est libre d’explorer et qui ajoutent un nouvel intérêt à ses travaux.
La géologie et la paléontologie, qui se rattachent à la paléoethnographie ou archéologie préhistorique, et ne sauraient en être séparées.
La mythologie comparée et la science de la morale, dont nous avons déjà parlé comme se reliant à la sociologie notamment»