GÉNÉRALITÉS. — PLAGE DE L’ANTHROPOLOGIE DANS LES SCIENCES
En résumé, l’anthropologie a pour terrain propre et pour base l’anatomie propre de l’homme et l’anatomie comparée, pour assise suivante l’ethnographie, et pour couronnement la sociologie et la psychologie. Son objectif, c’est la connaissance complète de l’homme, de ses races et de ses sociétés, la place de l’un dans la nature, et le secret de l’origine et de l’évolution des autres. A cet effet elle met à contribution toutes les sciences dont elle a besoin, en se les annexant ou leur laissant leur autonomie. Le mot de sciences anthropologiques n’a pas un sens fixe et, comme celui de sciences médicales, il embrasse toutes les connaissances concourrant à celle de l’homme ou mieux des hommes, les sciences d’application étant seules exclues.
Place de 1’antliropologie dans la classification des sciences* —
Quoique nous n’attachions pas* un grand intérêt à ces classifications qui ne sont pour nous qu’un jeu de l’esprit, nous nous croyons obligé d’en dire un mot.
Mais dans quelle classification des sciences ? se demande-t-on aussitôt ; on crée de ces classifications à volonté suivant le point de vue où l’on se place.
La division qui a fait le plus de bruit est celle en sciences abstraites et sciences concrètes, ces dernières n’existant pas par elles-mêmes et s’éparpillant çà et là dans l’une des six sciences abstraites admises.
Il y a deux genres d’esprit, notre historique l’a montré : des spéculateurs et des observateurs. Les premiers conçoivent et coordonnent, dans le silence du cabinet; ils conçoivent les choses d’une façon simple et hiérarchique, suivant l’idée personnelle et philosophique qu’ils s’en font, et rattachent ensuite les faits à leurs conceptions, qu’elles confirment bien entendu. Ce sont les successeurs de la philosophie allemande de Schelling, Les seconds procèdent inversement de l’observation, ils avouent ne rien savoir tant qu’ils n’ont pas réuni un nombre suffisant de faits, et se gardent avec soin de tout parti pris ; ils s’élèvent, mais avec prudence, d’induction en induction, de généralisation en généralisation, à des sommités aussi transcendantes que les précédents. Les premiers partent de la foi dans leur propre raison, leurs idées deviennent des dogmes, ils sont intolérants, hors de leur église point de salut. Les seconds prennent le doute pour règle, ils croient que la science est l’œuvre des siècles, le fruit du travail accumulé, ils reconnaissent que ce qui ieur paraît le mieux démontré peut être renversé le lendemain par un petit détail qui leur aura échappé. Les premiers font profession d’esprit philosophique sans s’apercevoir que cet esprit n’est qu’une forme d’impressionnabilité pouvant conduire par chance à des idées justes, mais menant aussi à des abîmes de fantaisies ; pour eux il n’y a que des sciences, abstraites ou générales. « Les sciences vraiment concrètes, disent-ils, resteront toujours interdites à notre faible intelligence, les sciences abstraites seules nous sont