CHAPITRE VIII
histoire naturelle il n’en a qu'un. Il désigne toute particularité physique ou autre que présente un sujet ou un groupe, et que ne présente pas un autre sujet ou un autre groupe.
Le caractère appartient, en effet, à un seul individu, et est dit individuel, ou à un groupe dans lequel il est plus ou moins exprimé par la majorité ou la totalité des sujets. Le cerveau d’Asseline qui est au laboratoire d’anthropologie de la Société, présente une particularité extrêmement rare; le pli de passage supérieur du lobe pariétal au lobe occipital, toujours très développé et par là superficiel, y est au contraire à peine marqué et profond du côté droit : c’est le caractère particulier ou individuel de ce cerveau. Deux crânes sont sous vos yeux semblables, vous découvrez un os wormien dans la suture lambdoïde de l’un, une suture anormale en travers de l’os malaire ou un indice céphalique de 73 au lieu de 73 : cela devient le caractère propre de ce crâne, son caractère individuel.
Les caractères sont bons, mauvais ou indifférents, c’est-à-dire que, tout en constituant une particularité à noter, ils répondent plus ou moins à ce qui fait leur intérêt : leur propriété de faire reconnaître un sujet ou un groupe d’un autre sujet ou groupe. Lorsque par leur constance dans un groupe, leur fréquence plus ou moins accusée ou leur intensité de développement, ils sont jugés bons, on leur ajoute l’épithète de distinctifs pour insister sur cette qualité.
Lorsque cette valeur est poussée à son maximum et satisfait pleinement, le mot se transforme : le caractère distinctif devient un trait caractéristique et pour plus de brièveté une caractéristique. Ainsi l’homme a des caractères distinctifs par lesquels il se sépare plus ou moins des animaux en général, des singes en particulier, des anthropoïdes ensuite, mais il n’a qu’une ou deux caractéristiques vraies.
Le crâne tasmanien a plusieurs caractères qui le distingue parfaitement des autres crânes d’Océanie. Mais il n’a peut-être qu’une caractéristique: une certaine disposition en carène de la voûte dans la région bipariétale que l’on reconnaît toujours, lorsqu’on l’a saisie une fois. Une forme particulière de nez busqué bien connue est la caractéristique du visage des Bourbons.
Le go kead du Yankee résume d’un mot l’un des caractères de celui-ci, comme l’esprit de migrations lointaines est depuis quarante siècles l’un de ceux de la race blonde et grande du Nord de l’Europe que nous désignerons sous le nom de Kymri, pour faciliter la description; mais on ne saurait dire que l’un ou l’autre soit une caractéristique, car le Yankee et le Kymri possèdent d’autres caractères non moins remarquables.
Il y a des caractères de toutes sortes: anatomiques, crâniométriques, physiologiques, pathologiques, tératologiques, moraux, sociaux, ethniques, linguistiques, démographiques.
Le nègre est presque exempt de la fièvre jaune, tandis que le blanc la
contracte avec facilité; cette immunité est un caractère pathologique du nègre. L’usage du tabou chez les Polynésiens et du scalp chez la plupart des Peaux-Rouges est un caractère ethnique. L’attachement au sol du Celte, de même que l’inverse tout à l’heure chez le Kymri, sont des caractères physiologiques. Telle forme de silex taillé, distinguant une population préhistorique d’une autre, est donnée comme un caractère préhistorique et peut être la caractéristique de l’une de ces populations. L’état nomade de l’Arabe d’Algérie est sa caractéristique sociale, comme l’état sédentaire est la caractéristique inverse du Berber.
Le mot revient si souvent dans le langage anthropologique qu’il était nécessaire d’être de suite fixé sur son mode d’application. Dans le chapitre suivant nous verrons les autres divisions à admettre parmi les caractères, le parti considérable qu’on en tire et les divers aspects sous lesquels, pris en particulier, ils doivent être considérés.
Type. — Ce mot est ancien dans la science ; les prototypes de la nature, disait Buffon. C’est autour de lui plus encore qu’autour de celui de race que pivote la grande discussion des monogénistes et des polygénistes, les premiers soutenant la mutabilité, et les seconds la permanence des types secondaires de l’humanité. Afin d’éviter le terme de races qui impliquait un jugement dans l’opinion classique et orthodoxe, les polygénistes en arrivèrent à ne plus se servirque de lui, à décrire et à classer les types au lieu des races. Quelques monogénistes acceptèrent même ce système. C’est ainsi que Lesson, Nott et Gliddon, Bérard, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, ont admis de nombreux types dans le groupe humain, et les ont répartis, suivant leur importance, en primaires, secondaires, tertiaires, etc., et que Broca m’engagea à me borner, à la fin de mon Anthropologie , au dénombrement et à la description des principaux types humains et non des races,
La définition la plus simple du type est celle de Cuvier : « Un ensemble de caractères physiques. » Celle-ci, que nous empruntons au Dictionnaire de Dupiney de Vorepierre, précise davantage : « C’est un ensemble de caractères distinctifs. »
Il y a des types individuels : les quelques traits principaux par lesquels un individu se distingue d’un autre et possède sa physionomie propre. Des types de famille : l’ensemble des traits spéciaux que l’on rencontre dans les différents membres, contemporains et ascendants de cette famille. Des types accidentels résultant de l’action des circonstances extérieures delà vie, communes à un même groupe d’individus: tels sont le type des mineurs privés de lumière; celui des marins exposés à tous les vents, baignant dans une atmosphère salée et se nourissant de même; celui des paysans de la Bresse ou des Marais Pontins soumis aux mêmes influences paludéennes; celui des Irlandais des comtés d’Armagh et de Down, dont parle Ch. Hall, partageant la même misère, la même saleté,