CHAPITRE VIII
la même alimentation insuffisante. p]t des types zoologiques : races d’ordre divers, espèces, genres, ordres, classes, etc. L’embranchement des vertébrés a pour caractères communs et par conséquence pour type, une colonne vertébrale, un crâne, un axe nerveux cérébro-spinal, un cœur à quatre cavités.
D’autre part, il y a autant de sortes de types qu’il y a de sortes de caractères, c’est-à-dire de points de vue où l’on se place; j’insiste fortement sur ce fait qu’on oublie trop; donc des types physiques , physiologiques , pathologiques , psychologiques , sociaux , religieux , linguistiques , ethniques , etc.
L’assemblage des caractères suivants : des yeux clairs, des cheveux blonds, une certaine dolichocéphalie, un visage allongé et étroit, un nez leptorrhinien et saillant, des pommettes effacées, des orbites mégasèmes, des formes sveltes et une haute taille, constitue le type physique général kymri, qu’on pourrait partager en type morphologique ne concernant que les caractères relevés sur le vivant, et type crâniométrique ne concernant que ceux mesurés sur le crâne.
Le type physiologique du Kabyle, par opposition à celui de l’Arabe, se présente comme il suit: le Kabyle a une demeure fixe, une cabane fixe en bois ou en pierre associée à d’autres, et formant un village habituellement perché sur une cime peu accessible. Il cultive autour de lui son jardin, son verger, ses champs avec le plus grand soin, il plante des arbres, emmagasine les récoltes, exploite les mines, se livre à toutes sortes d’industries et de commerces, pourvoit les marchés des villes, est journalier. Attaché aux lieux qui l’ont vu naître et où est sa famille, il va dans les villes et y amasse un petit pécule avec lequel il revient acheter son lot de terre. Son administration communale est hautement libérale ; tout adulte y est électeur, éligible, et fait partie de l’assemblée ou djernmâ. Le Kabyle est actif, travailleur, honnête, digne, ouvert, droit et d’une . humeur agréable. Il a un sentiment élevé de l’égalité, de l'honneur, de la dignité humaine, de la justice. Il est brave et attaque son ennemi en face ; :
est indifférent en matière de religion et prêt à embrasser celle qu’on voudra, pourvu qu’on le laisse travailler et jouir en paix de ses droits et de son indépendance. En prenant le contre -pied de toutes les parties de : ce résumé, on a le type physiologique de l’Arabe, type qu’on pourrait de ; même diviser, en distinguant les deux ordres de caractères, en type psychologique et type social.
La série des maladies particulières que présente le nègre, ou la forme : que les maladies communes au nègre et au hlanc revêtent, donnent le : type pathologique du nègre.
Enfin, il y a des types mixtes lorsqu’on associe des caractères de provenances diverses. Ainsi le genre humain a pour caractères distinctifs, par comparaison avec les divers groupes animaux, d’avoir un cerveau à ; surface très circonvolutionnée, dont le poids ne s’abaisse pas au-dessous de 950 grammes dans les cas normaux, et peut s’élever à 1500 grammes
et plus, tandis que ceux des anthropoïdes comparables à l’homme par le volume de leur corps, ont un cerveau dont le maximum ne dépasse pas en chiffres ronds 500 grammes ; de posséder une foule de facultés intellectuelles extrêmement développées, notamment celle de ne pas s’immobiliser et de se perfectionner dans le temps; de posséder seul la faculté du langage articulé ; de cultiver les arts et la littérature; de plier tout à ses besoins; de se fabriquer des outils, ainsi que l’a dit Franklin (tool making animal) ; de marcher le corps droit et la tête haute dans l’attitude bipède ; d’avoir des mains adaptées pour les fonctions de préhension et du toucher, tandis que les pieds ne sont appropriés qu’à la fonction de marcher; d’avoir la peau nue, ce qui l’oblige à se vêtir pour se défendre contre les agents extérieurs ; d’être omnivore ; et enfin de boire sans soif, de manger sans faim et de faire l’amour en tout temps, comme a dit Beaumarchais.
Lorsqu’on ne désigne pas le genre de type dont on veut parler, c’est généralement du type physique qu’il est question, quelquefois du type mixte.
Dans la définition citée de Dupiney de Yorepierre ; le type est « un ensemble de caractères distinctifs », est un mot sur lequel nous devons insister. Il vise ce que beaucoup regardent comme le trait essentiel de la notion de type et nous conduit à d’autres définitions se rattachant à ce trait.
Le type, dit Gratiolet, est une « impression synthétique ». Le type, dit Gœthe, est « l’image abstraite et générale » que nous déduisons de l’observation des parties communes et des différences (1). « Le type d’une espèce, ajoute Isidore G. Saint-Hilaire, ne se montre jamais à nos yeux, il n’apparaît qu’à notre esprit. » « Les types humains, écrit Broca, n’ont pas une existence réelle; ce sont des conceptions abstraites, idéales, qui ressortent de la comparaison des variétés ethniques et se composent de l’ensemble des caractères communs à un certain nombre d’entre elles (2) ». Nous acquiesçons pleinement à ces manières de voir ; le type est bien un ensemble de traits, mais par rapport au groupe qu’il caractérise, c’est aussi l’ensemble de ses traits les plus accusés et se répétant le plus souvent. D’où une série de conséquences que l’anthropologiste, dans son laboratoire et au milieu des populations de l’Afrique centrale, ne doit jamais perdre de vue. « Le type, dit merveilleusement Isidore G. Saint-Hilaire, est une sorte de point fixe et de centre commun autour duquel les différences présentées sont comme autant de déviations en sens divers, et d’oscillations presque indéfiniment variées ; autour duquel la nature semble se jouer, comme disaient autrefois les anatomistes, et comme on dit encore dans les langues germaniques (3). »
Un exemple semble inutile après une peinture si parfaite. Prenons ce-
(1) Œuvres d’histoire naturelle , de Gœthe, traduit par Ch. Martins4m-8, 1857, p. 68 et 69.
(2) Mémoires de Broca, vol. I, p. 8, 1871.
(3) Hist. nat. des règnes organisés , par Isid . Geoffroy Saint-Hilaire, vol. II, 1861, p. 301-305.
CHAP1TKE VI 11.
pendant une série de crânes, une centaine dans de bonnes conditions d’homogénéité, tels, par exemple, que la première série d’Auvergnats, étudiée par Broca, qui provient d’un cimetière ancien de montagne, dans une localité écartée, en nous rappelant une fois pour toutes que les crânes représentent des individus avec cet avantage qu’on peut les manier à volonté, les mesurer et en disposer à son aise.
Au premier coup d’œil, ce qui frappe, ce sont leurs différences, il n’y en a pas deux d’absolument semblables ; après des efforts réitérés il faut se résigner: par un point ou par un autre tous différent. Cependant, à quelques exceptions près tout à fait rebelles, ils ont un air de famille qui les rapprochent entre eux, et d’autre part les éloignent par exemple d’une série de cent Basques à côté, et à plus forte raison d’une série de cent Néo- Calédoniens plus loin. Cet air de famille est même très prononcé chez certains. Si, procédant à l’analyse des caractères et les mesurant pour mieux s’en rendre compte, on y regarde de plus près, on remarque qu’il y en a de plus ou moins brachycéphales, de plus ou moins orthognathes, de plus ou moins mésorrhiniens, etc. Prenant alors les chiffres qui, dans chaque crâne, sont l’expression numérique du degré de ces caractères et les disposant en séries suivant une méthode que nous décrirons plus tard, on voit qu’un certain degré de l’indice céphalique, par exemple, se répète un plus grand nombre de fois, et que les degrés au-dessus et au-dessous vont en diminuant de fréquence. De même pour le prognathisme, la mésorrhinie, et ainsi de suite de vingt caractères. Le crâne qui présenterait réunis les degrés de chaque caractère se répétant le plus, exprimerait donc au maximum l’ensembledes caractères communs de la série, il résumerait «l’air de famille « cherché et en réaliserait le type parfait. Mais ce crâne idéal n’existe pas, la série serait de 1000 qu’il ne se rencontrerait peut-être pas davantage : 10 crânes seront semblables par le degré d’un caractère* J 10 par un autre caractère, 10 par la réunion de deux ou trois caractères, aucun ne les présentera tous à la fois, au degré typique de j développement.
Ce crâne virtuel, placez-le sur une table ou mieux laissez-en la place vide et disposez les autres autour par rayons ou masses divergentes, suivant leur affinité décroissante, et par nuances graduées, vous aurez ; l’image du type, de ses variations et de ses écarts, tel que le dépeint Isidore ) G. Saint-Hilaire. Les plus voisins du centre vide seront les plus typiques, les moins voisins viendront après, les plus éloignés rappelleront faiblement le groupe dont ils font partie et iront se confondre çà et là avec i ceux de la périphérie de groupements analogues d’autres séries de crânes de types différents. Quelques cas même échapperont à toute tentative de I distribution, et seront de véritables étrangers au sein du groupe.
C’est ce qu’a rendu Gassini, définissant le type en ces termes (1); « Les
( 1 : Définition reproduite dans le Dictionnaire des termes , de Jourdan, et acceptée par i\ott ; et Gliddon dans leur Types of' MnnkincL
caractères typiques sont ceux qui appartiennent à la majorité des corps naturels compris dans le groupe — ou ceux qui occupent le centre du groupe et servent en quelque sorte de type à ce groupe, — mais présentant des exceptions quand on approche des extrémités, à cause des relations et affinités naturelles qui n’admettent pas de limites précises entre les espèces. »
Pour en donner un exemple pris dans les races humaines, c’est ainsi que les anthropologistes se représentent le type des races jaunes : un ensemble de caractères, aucun ne manquant à l’appel, très fortement accusés, qui a pu exister sous cette forme idéale, mais qu’on aurait grand’peine à rencontrer dans l’un des groupes réels compris sous la dénomination de races jaunes et qu’on aurait plus de chance de retrouver, vu leur grand nombre chez des individus.
Par la mensuration des caractères crâniens et l’opération qui en donne les moyennes, Broca obtenait ce qu’il appelait le crâne moyen de la série. Mais ce crâne possédant exactement toutes les dimensions moyennes obtenues ou au moins tous les rapports moyens, et reproduisant la forme moyenne, sinon le volume moyen, est un artifice, il ne répond rigoureusement ni au crâne idéal déterminé par le procédé de la sériation de tout à l’heure, ni à un crâne réel quelconque de la série. Un hasard seul peut donner le crâne moyen ou le crâne typique.
Le type d’une série de crânes ou d’incîividus n’est donc pas une réalité palpable, mais le produit d’un travail, un désir, une espérance, une image abstraite et générale, suivant l’expression de Goethe. Le résultat serait le même, si au lieu de procéder mathématiquement, par une série de mensurations, on eût procédé par les sens et par une suite de tâtonnements, en conservant le souvenir de la physionomie de chaque crâne, rejetant les traits exceptionnels, exaltant ceux qui se répètent le plus et contrastent davantage avec ceux des autres groupes, et créant dans son esprit une résultante typique, une quintessence de caractères.
Le type d’une espèce, d’une race, d’un peuple, d’une série de crânes, autrement dit d’un groupe quelconque, est donc l’ensemble des caractères les mieux accusés, les plus constants au degré voulu et les plus frappants par rapport à ceux d’autres groupes.
Il va sans dire que ces caractères ne pèsent pas de même dans la balance, qu’il y en aura de légers et de décisifs et, pour me servir du véritable mot, de caractéristiques. Il va sans dire aussi que parfois aucun, pris isolément, n’aura une grande signification, et que leur portée résultera de leur nombre. Il y a ainsi des types bons, mauvais et indifférents, des types certains et des types douteux. Une question se pose donc : à quel nombre minimum de caractères utiles un type peut-il se réduire? Elle se pose et ne se résout pas. C’est au jugement de chacun et à la rigueur qu’exige le cas particulier à en décider. Dans la pratique, deux ou trois bons caractères physiques réunis sont souvent une bonne