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CHAPITRE VIII

fortune, et l’on s’en contente, lorsqu’ils sont appuyés de considérations et surtout de caractères physiologiques, historiques, etc. Mais quelquefois on en est réduit à un ou deux caractères, et l’appui des circonstances extérieures fait défaut; on tombe alors dans les hypothèses. L’idée de type disparaît définitivement lorsqu’on n’a plus qu’un caractère, quelque excellent qu’il soit et quelque pressé qu’on se trouve par la rareté des pièces ou des individus. On ne pourrait parler par exemple du type de l’époque quaternaire européenne, dit du Néanderthal, si les quelques crânes et calottes qu’on en possède n’avaient pour caractère commun que la dolicocéphalie ou qu’on soit réduit à une seule pièce. C’est dire qu’il ne faut pas confondre, comme on le fait souvent, un caractère avec un type.

Races. — Nous venons de parler entre autres des types de races, c’està-dire de l’ensemble des caractères, qu’on me permette cet euphémisme, caractéristiques d’une race. Qu’est-ce donc que la race ? Le type suffit-il à l’établir. Question majeure en anthropologie, qu’on a embrouillée comme à plaisir en la mêlant à des questions de doctrine, sur laquelle régnent des idées erronées, qui cependant sont bien simples. Dégageons-en d’abord son interprétation en histoire naturelle, nous y avons consacré une part assez large dans l’historique. Que les races humaines soient les unes des espèces et les autres des variétés de ces espèces ou que toutes soient des variétés, peu nous importe ici. Il s’agit d’en déterminer les éléments, de les déterminer elles-mêmes, d’en établir la hiérarchie, les parentés diverses, l’histoire. Leurs relations avec le groupe général humain ne sauraient même venir qu’après, se liant à celles de ce groupe avec tout le reste de l’animalité.

Les races sont des types héréditaires; non attribuables à la répétition sur une suite d’individus d’une même influence générale de milieux ; types non d’une famille, mais d’un assemblage de familles, d’un groupe plus ou moins étendu. Avant que Buffon n’ait introduit le mot de race dans l’anthropologie, il était employé en effet pour désigner tous les individus d’une même famille et leurs ascendants ou leur souche commune. Dans la zootechnie il a conservé cette signification en s’étendant un peu. La notion de race, dit M. Sanson, n’est qu’une extension de celle de famille. En horticulture il est difficile de dire aussi où finit la famille et où commence la race. En anthropologie, la race dérive le plus souvent de la famille et n’en diffère, par la pensée sous-entendue de communauté de sang, que par le nombre des individus plus grand dans la race.

Ces types héréditaires sont d’ordre physique, physiologique ou pathologique, se complétant et se confirmant mutuellement et obéissant les uns et les autres aux mêmes lois générales d’hérédité. Nous ne nous occuperons que des types physiques, les plus fixes des trois, ceux sur lesquels l’anthropologie s’appuie de préférence et qui rentrent dans le cadre que nous nous sommes tracé, c’est-à-dire des ensembles de caractères

physiques constatés à une époque dans un groupe de population, retrouvés dans un groupe antérieur et faisant naître l’idée de filiation, suivant toute vraisemblance, de l’un à l’autre ou de continuité dans l’intervalle. G est cette continuité dans le temps qui constitue le trait caractéristique de la notion de race. Ressemblance des individus entre eux et continuité de cette ressemblance dans le temps par hérédité, l’association des deux idées conduisant à celle de parenté, de communauté de sang, de lien, d’unité dans une succession d’individus plus encore que de familles : telle est en dernier ressort la pensée fondamentale renfermée dans l’expression de races.

Il en résulte que les opérations tendant à établir la réalité d’une race sont au nombre de deux : 1° la détermination du type par l’analyse suivie de la synthèse des caractères qui le composent ; 2° la preuve de sa continuité dans le temps.

Il semblerait, par ce que nous venons de dire du type, que la première offre peu de difficulté. C’est l’opinion de bien des personnes qui se servent du mot de race avec une extrême facilité. La moindre différence physique ou physiologique, la moindre apparence de filiation leur suffit. G est un véritable abus qui cause un grand préjudice à la science, une invasion du langage courant dans le langage scientifique contre laquelle il faut réagir. Non, le type n’est pas facile à déterminer, pas plus dans les laboratoires sur des crânes, que dans les forêts de l’Amérique ou les steppes de l’Asie sur un groupe d’individus. Nulle part il n’apparaît tout préparé et évident. Je vois des personnes qui se proposent d’envoyer des types de telle race, ils veulent dire des photographies d’individus pris dans une certaine population. La détermination de l’individu qui, dans un pays, représente approximativement bien le type de cette population et à plus forte raison celui de l’une des races qui entrent dans sa composition, est une opération très laborieuse exigeant une dose énorme d’observation, de sagacité et d’expérience.

Entrez dans un village quelconque de Bretagne, par exemple, vous y verrez des blonds, des bruns, des châtains, des grands, des petits, des moyens, des visages allongés, des visages aplatis. Prenez un caractère particulier, les yeux bleus, vous les trouverez associés à des cheveux bruns ou châtains, à des tailles hautes ou petites, à des formes trapues ou sveltes. Où est le type? Passez à un second, à un troisième villftge, ce sera la même chose. Les traits vous paraîtront répartis sans ordre, comme affoles et affectant toutes les combinaisons qu’on obtiendrait si, mettant vingt caractères dans un sac, on les tirait par séries. C’est qu’en Bretagne, l’un des pays de France cependant où les races passent pour s’être le mieux conservées, il y a des types multiples, l’un prédominant dans une localité, l’autre prédominant dans une autre, ailleurs également mélangés, mais partout représentés et comme éparpillés à doses diverses dans chaque individu. Pour s’y reconnaître dans ce dédale et en dégager les types

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