CHAPITRE VIII
accusés principaux, au nombre de deux dans ce cas, il faut une certaine méthode dont nous parlerons ailleurs.
C’est le moment de se rappeler que le type est une conception abstraite, une image qu’on se crée. Tout à l’heure, dans cette série soi-disant homogène et pure, nous avons supposé une chose qui n’existe pas, une série ne fournissant qu’un seul type. La réalité est que dans toute série de crânes, qu’elle soit d’Auvergne, de Bretagne, de la Nouvelle-Calédonie ou de l’Australie, on rencontre à côté du type principal, sinon de deux types principaux, des traces de types secondaires, plus ou moins accusés. Il en est de même des collections d’individus vivants observés dans un marché, dans une caserne ou toute autre réunion publique. Aussi bien dans l’Afrique australe, dernier refuge de toutes les populations du Nord repoussées par les conquérants, qu’en Asie centrale où les mouvements de races les plus compliqués sont notés encore par l’histoire, du deuxième siècle avant au deuxième siècle après J.-C., en Amérique centrale où le même va-et-vient s’est produit, se superposant au reste des populations quaternaires, et en Océanie où l’homogénéité ne se rencontre pas même dans les endroits les plus solitaires, les plus favorables à l’isolement, où l’on est le plus en droit de croire à l’unité; comme l’île de Van Diemen où le type tasmanien se mêle parfois à des vestiges d’autres types inconnus, les îles Andaman où le type négrito présente deux variantes très accentuées, et les régions polaires où le type esquimau change de l’est à l’ouest.
Nulle part, l’ensemble des caractères communs dont il s’agit d’extraire les traits les plus saillants pour en constituer le type ne se présentent à l’état de pureté. Partout on ne découvre que des prédominances de caractères aboutissant à des prédominances de types enchevêtrés avec d’autres. Les prétendues races, dont on parle avec tant de prodigalité en s’appuyant sur la crâniologie ou l’étude du vivant, ne sont que les populations brutes elles-mêmes, telles que le hasard des événements les a faites à l’heure de notre observation. Le point de départ de la notion de race, l’association de certains caractères au milieu desquels un point central virtuel représente le type autour duquel oscillent les variations individuelles est un mythe qui échappe au toucher. Nous montrerons cependant que par la patience et la persévérance on en vient à bout et quels importants résultats la science a déjà obtenus. Mais le fait subsiste, la race n’est pas immédiatement sensible, il ne suffît pas d’ouvrir les yeux ou de prendre un instrument de crâniométrie pour en parler comme beaucoup se l’imaginent.
Le second problème à élucider est la recherche de la continuité de la race dans le temps, c’est-à-dire des preuves qu’il ne s’agit pas d’un type accidentel de courte durée, produit par les milieux ou des circonstances de passage.
Le moyen direct est la recherche de la filiation à l’aide même du corps
de délit, c’est-à-dire des crânes et ossements des époques antérieures, duement datés par l’ensemble des renseignements; de dessins et de reproductions conservés dans des archives quelconques ou sur les monuments; ou enfin de descriptions laissées par les historiens.
Mais on compte les séries, comme celles des grottes préhistoriques de la Lozère ou des Reihengraèber , dans lesquelles le type est assez homogène pour qu’on puisse le rapporter positivement à une race déterminée; les séries incertaines de provenance exacte ou insuffisantes de nombre dominent dans nos collections. Un ou plusieurs crânes trouvés dans un tombeau ne prouvent pas qu’ils soient de la race dont la civilisation a présidé à la construction de ce tombeau. Les ossements recueillis dans une localité et répondant à une époque peuvent être d’une race étrangère au pays et à cette époque. Partout il faut distinguer la classe aristocrate, qui le plus souvent est étrangère à la population véritable du pays plus ou moins ancienne et plus ou moins liée au sol.
Mais si la distinction des types est une opération difficile dans le présent et par nous-mêmes, quelle idée se faire des descriptions et figures insuffisantes qui nous sont transmises par des auteurs qui s’intéressaient médiocrement à ces choses ? S’agit-il de comparer la ressemblance des types sémites de nos jours avec ceux des monuments égyptiens et assyriens (nous disons des types sémites en général, et non de l’un ou l’autre de ces types), les indications utiles se bornent à deux ou trois caractères plus ou moins bien tracés, sur la valeur desquels on discute aujourd’hui encore? S’agit-il de connaître la ressemblance des types normand, germanique, anglo-saxon, belge actuels, avec ceux de leurs ancêtres, les indications sont encore plus rares. On possède quelques bas-reliefs de Gaulois et de Normands; des autres on n’a que trois ou quatre mentions de taille et de couleur des yeux et des cheveux, qui ne permettent nullement d’établir les distinctions nécessaires entre les diverses races de la grande race générale blonde que nous avons désignée du nom de kymri. Les crânes et ossements sont, à vrai dire, la principale ressource.
Ce n’est donc pas par la comparaison directe des types physiques, anciens et modernes, qu’on poursuit le plus habituellement le problème de la continuité et de la dérivation des types de races. Le système des inductions, tirées de l’analyse des caractères dont se composent les types crâniologiques, morphologiques du vivant et physiologiques est bien plus employé; il est l’analogue du système des linguistes établissant la parenté des langues actuelles et anciennes et reconstituant même des langues n’ayant laissé aucune trace. Mais c’est surtout par la connaissance des peuples qu’on y arrive, à l’aide de considérations de toute nature tirées de l’histoire, de l’archéologie, des mœurs et coutumes, des langues, religions, littératures, de ce que M. Tylor appelle des survivances, etc.
De fait dans la pratique on ne se préoccupe pas assez du second élément nécessaire de la notion de race. L’association de certains caractères