CHAPITRE VIII
se répétant sur un certain nombre de sujets, crânes ou vivants, de même provenance implique, admet-on, leur parenté. Cette parenté actuelle présume une descendance commune, une parenté dans le passé. Lorsgu’aucun renseignement ne s’oppose à cette hypothèse, elle est acceptée pour bonne. On ne se demande pas si le hasard a présidé à la rencontre de ces quelques caractères sur les mêmes sujets, et quelle est la part du milieu commun auquel ils ont été soumis. La race du Néanderthal est dans ce cas ; il n’existe de prouvé qu’un type du Néanderthal, le petit nombre de pièces sur lesquelles il repose dans une même partie du globe ne permet pas d’aller au delà. On agit comme font les archéologues pour les pièces frustes, on émet une hypothèse, sauf à la rejeter le lendemain. La plupart des sciences en sont là. On fait ce que l’on peut avec ce que l’on a. Faute d’avoir les deux éléments qui constituent la race, on procède avec un seul.
La démonstration de la race comporte un troisième problème qui se rattache au précédent, mais dont la solution nous échappe davantage encore la plupart du temps. C’est la recherche de ses origines.
Dans l’art vétérinaire, chez les animaux domestiques, ce qu’on demande c’est le premier accouplement entre deux sujets quelconques, lorsque dans la suite les unions ont continué dans le sein même de la famille produite ou qu’il y a eu peu d’infractions à la règle; dans ce cas, en effet, la famille en se multipliant est devenue race. Mais dans l’humanité rien de pareil ne se produit, les unions ne sont jamais dirigées, les fameuses races de rois elles-mêmes s’alliaient avec l’étranger, les unions exclusivement au sein d’une même tribu ou d’une même religion ne sont qu’apparentes. Si le noyau de race qui s’est produit en 75 ans dans l’îlot de Pitcairn en Polynésie, ainsi que le raconte M. de Quatrefages, n’avait pas été dispersé, il aurait fourni un bel exemple de ce que produisent le mariage in and in de quelques hommes et de quelques femmes de races différentes et les mariages successifs entre leurs enfants et petits-enfants.
Dans l’art vétérinaire et chez les animaux domestiques on poursuit quelquefois la filiation d’une race jusqu’à une cause connue : un accident, comme chez le bœuf gnatos de l’Amérique du Nord, le mouton ancon ou le mouton de Meauchamp, ou jusqu’à une influence déterminée des milieux. La difficulté de tout à l’heure se représente pour l’humanité. Le défaut d’isolement des individus et de direction dans les croisements détruit promptement les effets du hasard qui auraient pu engendrer une race.
Quant à l’influence des milieux, la question est considérable, nous en parlerons à propos de chaque caractère. Qu’il nous suffise de dire qu’on n’a jamais surpris de race humaine en flagrant délit de formation par l’action des milieux, qu’il n’a jamais été prouvé que les caractères, ou prétendus caractères acquis de cette façon, ne disparaissent pas totalement en une ou deux générations ou plus par le retour à d’autres con-
ditions. Le mode d’origine que l’on surprend le plus aisément chez l’homme est celui par mélange corps à corps de deux peuples différents ou de deux races différentes. Un produit intermédiaire se forme qui, aidé de l’action des milieux, efficace dans ce cas, devient réellement une race nouvelle, non pas seulement mipartie, mais différant peut-être par quelque point de celle rigoureusement intermédiaire entre les deux races mères.
En définitive la recherche des origines dans les races humaines, sauf pour les races croisées, n’aboutit à aucun résultat jusqu’à présent. On se rend compte de la filiation des éléments constituants des peuples, on retrouve ces éléments formant d’autres combinaisons dans le passé et on les perd de vue : la nuit se fait, que ne dissipent pas encore les efforts des prébistoriciens. Nos lumières dans les temps éloignés ne viennent que de l’analyse des caractères anatomiques des séries successives de crânes que les fouilles archéologiques mettent entre nos mains.
Et cependant les races existent à l’état diffus et sont les éléments constituants des agglomérations humaines présentes et passées. Ce ne sont pas d’une manière générale des hypothèses, ce sont des réalités et leur histoire dans son ensemble est à faire.
Je ne puis esquisser ici les nombreux et intéressants aperçus auxquels donne lieu cette histoire; montrer par exemple les diverses façons dont les races prennent naissance, la manière dont elles meurent et sont remplacées ; et faire voir que ce n’est pas par races qu’il faut compter dans le cours du temps, mais par couches de races, que nos observations ne portent guère que sur la dernière de ces couches, que le nombre des races définies et positives, considérables à l’origine, va en diminuant, et que l’avenir est à l’unité de type dans toute l’humanité. Auparavant il y a à déterminer les races à admettre, tout d’abord les types se divisant en généraux et particuliers, primitifs, secondaires et tertiaires, et auparavant encore à connaître les caractères sur lesquels ces types reposent.
Un seul mot cependant. L’un des traits les plus curieux de l’histoire des races, c’est la facilité avec laquelle elles se dissocient et se modifient, bien que permanentes dans leurs traits généraux. Cette dissociation porte sur les éléments constituants des types qui s’écartent et se rapprochent sous l’influence d’unions en sens divers. Je m’explique par une comparaison.
Soit trois faisceaux de fils représentant des caractères, trois races primitives : l’un blanc, l’autre rouge et le troisième bleu. Faisceaux et fils s’allongent dans le temps.
Deux faisceaux vont s’adosser, échangent quelques fils et donnent naissance à un faisceau mixte. Le troisième faisceau plus loin envoie quelques fils aux deux premiers ou au quatrième formé. Des faisceaux secondaires apparaissent contenant des fils de deux ou de trois couleurs en diverses proportions. Si bien qu’à un moment donné on se trouve en