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CHAPITRE VIII

pies seuls sont des réalités. On parle des races arabe, hottentote, kanake, chinoise, il n’y a rien de pareil (1), ce ne sont que des peuples, comme le peuple chinois, le peuple arabe; aucun n’offre la moindre apparence d’unité. Ce ne sont que des agglomérations de provenance multiple, dans lesquelles on retrouve quelquefois un type prédominant, le mélange en proportion égale de deux ou trois types ne s’observant guère (2).

Dans nos musées ils sont remplacés par des séries de crânes qui offrent les mêmes chances de discordance. Toute la différence, c’est que dans les crânes nous ne nous occupons que des caractères physiques, tandis que chez les peuples nous leur associons les caractères physiologiques et nous aidons des renseignements sur la façon dont les éléments entrevus sont entrés au contact et sur les relations qu’ils ont affectées.

Prenons un exemple qui permette de mettre en relief les différences entre le peuple et la race, car on ne saurait trop insister sur ce point capital. Revenons à l’Algérie :

La population actuelle s’y compose d’Européens fournis par les divers peuples de notre continent : des Français, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Juifs. Le reste, sous le nom d’indigènes, comprend les Berbers, les Maures et les Arabes, que le vulgaire réunit sous une même dénomination : le peuple arabe. On accorde cependant que les Maures sont la population indigène des villes, un ramassis de toutes provenances que nous laissons de côté, quoiqu’il prouve au plus haut degré ce que nous voulons démontrer, c’est-à-dire que l’anthropologie, partout, se trouve en présence de peuples et non de races. Reste la population indigène des campagnes. De quoi se compose-t-elle, d’après les renseignements de toutes sortes auxquels nous puisons ?

L’Atlantide, ce continent légendaire dont les prêtres de l’Egypte ont parlé à Solon, ne paraît pas avoir existé à une époque contemporaine de l’homme (3). Les Canaries elles-mêmes ne semblent pas avoir été rattachées à l’Afrique à la même époque. Le plus loin qu’on remonte, on entrevoit l’Algérie formant avec le Maroc et la Tunisie une presqu’île allongée entourée d’eau au nord, à l’ouest et au sud, et reliée à la Sardaigne et à la Sicile par deux langues de terre.

L’homme y apparaît cependant contemporain d’espèces animales aujourd’hui éteintes, fabriquant des silex taillés du type du Moustier. On le retrouve à l’age delà pierre polie, caractérisé par des ateliers de taille jusque dans les oasis algériens et par des monuments mégalithiques en quantité

(1) P. Topinard, De la notion de race , en Anthropologie , Revue d’anthr., 1S79. — Des métis humains; leçon à l’École d’anthr. Gazette des hôpitaux, 1879.

Ç2) J’accepte cependant les mots de races française, allemande, américaine dans le langage courant, mais en songeant h l’avenir. La fusion do leurs types divers tend à se faire; dans un avenir lointain, les circonstances aidant, elles peuvent devenir des races. Mais aujourd’hui elles n’ont aucune unité anthropologique, ce ne sont que des composés de races, des assemblages politiques.

(3) Voir page 5.

considérable, qui se continuent dans la période du bronze, dans la première périodedufer, sinon jusque dansles époques carthaginoise etromaine.

Les premiers renseignements historiques nous sont donnés par les monuments égyptiens et notamment par les listes de Manethou. En 4500, date la plus rapprochée dans les estimations, un peuple à l’ouest des Egyptiens appelé Lebou ou Lybiens est rendu tributaire par Mènes de la première dynastie. En 4000 environ, le même peuple sous Nékhérôphès, de la troisième dynastie, est battu, à la faveur d’une éclipse de lune qui avait plongé les combattants dans la terreur. Plus tard, un nouveau peuple apparaît, à l’ouest encore, un nouveau nom du moins, les Tamahou , signalés vers 3000 sous la douzième dynastie. Il revient en 1400 environ, sous la dix-neuvième dynastie, en compagnie des Mashouash, les deux à partir de ce moment prenant une part importante dans l’histoire de l’Egypte. Or la linguistique rapproche ces Tamahou, des mots tamahoug , tamahag , tamachek qui désignent encore la langue des Touaregs du Sahara et assimile les Mashouash aux Maces d’Herodote et aux Mazigs, A’Mazigs, sous lesquels noms se désignent aujourd’hui les Touaregs, congénères par la langue des Kabyles actuels et autres Berbers. D’autre part les Tamahou sont figurés sur les monuments égyptiens comme de haute taille, blonds, avec des yeux bleus et de longs cheveux ondulés. Cette époque des Tamahou serait contemporaine des dolmens de la pierre polie. Suivant le général Faidherbe, le mot Tamahou voudrait dire les hommes du nord ; d’où la doctrine soutenue par lui et par d’autres anthropologistes que les Tamahou sont venus du Nord, apportant avec eux la coutume des monuments mégalithiques, et qu’ils appartiennent à ce groupe de guerriers turbulents, grands et blonds aussi, que nous voyons avec certitude se mouvoir en Europe dès le seizième siècle avant Jésus-Christ, à nouveau au huitième siècle et enfin au quatrième siècle, cette fois sous les dénominations bien connues de Kymris, de Gimbres, de Bretons, de Belges, etc.

Dans tout cela que découvrons-nous jusqu’ici? un peuple lybien, probablement autochtone, un peuple tamahou et mashouash, et un rapprochement de ce peuple tamahou avec un autre peuple européen et constructeur de monuments mégalithiques. En fait de race? Une hypothèse vraisemblable de la filiation du type peint sur les monuments égyptiens avec le type de ceux que nous voyons apparaître plus loin sous le nom de Kymris, etc. Quant au fait que la tribu des Denhadjas, comptant aujourd’hui parmi les tribus berbères, dresse encore des menhirs, tient sa djemma dans un cromlech et raconte qu’elle descend de ceux qui ont élevé les sépultures mégalithiques de Roknia et autres lieux, il témoigne simplement que la population de l’époque de la pierre polie en Algérie, ou du moins l’un de ses éléments, s’y est maintenu, non par son type, c’est là une question délicate à discuter en faisant intervenir diverses sortes de documents, mais par ses coutumes et ses traditions.

Topinard. — Anthropologie. i4

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