CHAPITRE VIII
Nationalité. — Avant de quitter ce sujet il peut être utile de dire en quoi l’idée de nationalité en diffère.
Balbi, qui a agité cette question, présente trois opinions. Dans l’une la nation signifie les habitants réunis sous un même sceptre ou une même forme de gouvernement, quelles que soient leur langue et leur religion; exemple : la nation française, au temps de Napoléon, comprenant la Hollande et une partie de l’Italie jusqu’à Rome. Dans la seconde acception, la nation s’entend des habitants d’une région géographique circonscrite par des frontières naturelles; tels sont les Italiens et les Indous. Dans la troisième ce sont les habitants d’une contrée parlant la même langue ou ses divers dialectes (1). Nous renvoyons aux pages 121-123 où les objections ont été faites à ce système qui conduit au pangermanisme, au panslavisme, etc., et à toutes les savantes combinaisons politiques ayant pour but de répandre sa langue dans un pays voisin et de le réclamer un peu plus tard comme sien. Une quatrième manière surannée est celle de Schelling, de Hegel et de Fr. Muller. « L’idée de Dieu, dit Hegel, constitue la base sur laquelle repose toute nationalité (2); » exemples: les Arabes et les Juifs. Ces derniers en particulier, puisque l’occasion se présente de le dire, ne sont ni une nation, ni une race. Dans l’entraînement du langage, nous pourrons suivant l’usage nous servir de ce mot, ce sera une licence. Les Juifs ne sont qu’une fédération religieuse, un ancien peuple dispersé, très mêlé aujourd’hui comme il l’était dès l’origine. C’est l’antique smala d’Abraham venue se fixer avec tous ses serviteurs dans le pays Chananéen déjà occupé par une nombreuse population antérieure, plus ou moins autochtone, noyau qui se renforça
de tous les fuyards de l’Egypte qui, sous le commandement de Moïse et de Josué, revinrent prendre possession delà terre d’Abraham. On pourrait facilement soutenir que dès l’époque du premier chef israélite, vers 20U0 avant J.-C., il y avait dans cette partie occidentale de l’Asie des blonds et des bruns. Dès leur berceau les Juifs n’avaient donc pas le droit au titre de race.
La définition la plus juste de la nation ou nationalité est à notre avis la première. Il n’est pas douteux que ce ne soit une agglomération politique. M. Hovelacque l’a définie « une raison sociale », c’est-à-dire une association basée sur l’intérêt. Je ne suis pas de cette opinion. Les circonstances, la violence y ont la plus forte part. La preuve c’est qu’après l’ère chrétienne, lorsque tant d’empires prirent naissance, ce fut toujours à une poignée de conquérants qu’ils durent leur origine. Aujourd’hui encore le sort des nations est livré aux hasards d’une bataille, aux chances d’une politique habile.
J’en donne la définition suivante : La nation ou la nationalité est une association politique engendrée par les circonstances, favorisée par la con-
(1) Adrien Balbi. Introd. à l'Atlas ethnographique du globe , t. I, Paris, 1826.
(2) Max Muller. La science des religions. Trad. franç., 1873.