MÉTHODES GÉNÉRALES. — SORTES DE CARACTÈRES
de remplacer le langage descriptif, et de fixer la valeur des termes. Le défaut des caractères descriptifs est de se prêter outre mesure à l’appréciation personnelle, poussée si loin chez les personnes à tendance artistique accentuée. Chacun dans ces appréciations apporte son tempérament, les idées dans lesquelles il a été élevé, le milieu où il a vécu, la tournure d’esprit qui lui est propre, sans parler de son impressionnabilité du moment. M. Beddoe remarque que les Anglais, qui sont considérés comme blonds par les Français d’un ton plus foncé, sont regardés comme bruns par les Scandinaves d’un ton plus clair. Le voyageur vivant depuis longtemps au milieu de populations noires est enclin à considérer comme blancs des individus ou des peuplades qui ne sont que relativement claires. Le même voyageur, au milieu de nègres aux cheveux laineux, est disposé à voir des cheveux droits, là où il n’y a que des cheveux frisés et même laineux. Les idées préconçues exercent sur lui une grande influence; si l’on attire préalablement son attention sur un certain caractère, les yeux clairs, les pommettes saillantes, les paupières bridées ou les fesses proéminentes, malgré lui il en voit plus que de raison ; quoique résolu à ne tenir compte que de la moyenne, ces cas sollicitent son attention. La taille fournit un autre exemple de ce genre d’erreur lorsqu’au lieu de la mesurer il essaye de l’estimer; il compare les autres à lui-même; s’il est grand il trouve ceux autour de lui petits, s’il est petit il les trouve grands. La disposition du moment a aussi son action : l’un, dans des sauvages nus et errants voit des êtres disgracieux, chétifs, mal proportionnés, tandis que l’autre les trouve beaux, grands, nobles et fiers. Les mêmes femmes sont le matin attrayantes et parfaitement conformées, et le soir paraissent hideuses et voisines du singe. Je ne parle pas des impressions générales sur les types; là, les tableaux sont méconnaissables parfois d’un voyageur à l’autre. Nous reviendrons sur ces difficultés à propos de la manière d’observer.
D’où la nécessité de moyens particuliers d’enregistrement des caractères, propres à effacer la personnalité de l’observateur.
Il va sans dire que ces moyens ne valent pas des mesures, et que leur principale objection est de donner des indications en lettres ou en numéros que l’on a beaucoup de peine ensuite à manœuvrer pour en obtenir la signification moyenne sur un nombre d’individus. Tels sont les figures typiques de telle et telle forme du nez, du visage, de la paupière bridée, tel et tel degré d’enroulement des cheveux en spirale, telle et telle couleur, nuance et ton. Telles sont les reproductions de la couleur par la peinture, de la forme du visage par le dessin ou du personnage entier, suivant certaines règles, par la photographie.
Les caractères anthropométriques s’obtiennent avec des instruments de toutes sortes comme le ruban métrique, le compas, les goniomètres pour mesurer les angles directement, la balance, le dynamomètre, et concernent le vivant comme le mort, les formes extérieures comme le crâne