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CHAPITRE IX

Précédemment j’ai montré à propos de l’hérédité et de sa lutte contre la dissociation que tend à produire dans une filiation de caractères les unions entre familles de types différents, que certains caractères renforcés ou affaiblis par ces unions ont une tendance comme 1, 10, 100 ou 10,000 à se reproduire chez l’enfant ou dans le cours de son existence suivant les lois de l’hérédité si bien analysées par Lucas. De là une division encore des caractères, que j’avais oubliée, en forts ou faibles . C’est un point qui laisse à désirer dans la science. Chez les individus nous nous payons d’un mot, c’est une loterie, disons-nous, une chance. Le front du Néanderthal, après 10,000 générations, dans lequel il ne s’est pas rencontré une fois, apparaîtra tout d’un coup. C’est de l’atavisme, soit. II s’agit pourtant d’un caractère singulièrement affaibli : le père, la mère, les ancêtres avaient le front droit et haut ; ce front était un caractère fort pour la famille, et cependant il ne s’est pas montré tel dans ce cas. Dans les races, pourquoi par le croisement d’une race aux cheveux laineux et au crâne dolichocéphale avec une race aux cheveux droits et au crâne brachycéphale, se produit-il tantôt une race intermédiaire par les deux caractères, tantôt une race aux cheveux laineux et brachycéphale, tantôt une race aux cheveux droits et dolichocéphale? Mais je ne puis insister sur ces remarques sans m’étendre outre mesure. Elles suffisent à montrer que l’étude de l’influence des croisements sur les caractères ne serait pas stérile.

La question de la résistance aux milieux tant intérieurs qu’extérieurs se lie plus souvent qu’il ne semblerait à celle des caractères devenus forts par addition ou accumulation dans un grand nombre de générations, et faibles dans le cas contraire. Elle se lie aussi à celle du développement du caractère en question pendant l’enfance, des causes physiologiques ou naturelles de ses variations, de ses rapports avec les autres caractères voisins, c’est-à-dire de sa nature primaire, harmonique, corrélative. Elle comprend notamment tout ce qui concerne la déformation des organes par des compressions systématiques ou inconscientes.

Après le point de vue physiologique vient le point de vue pathologique qui le complète, car la pathologie n’est qu’une déviation des lois physiologiques. La tératologie en particulier ouvre des horizons lointains.

Puis termine la répartition géographique des caractères dans le présent et dans le passé, sans se laisser distraire par la préoccupation des types et des races à reprendre ultérieurement. Chemin faisant cependant on peut discuter les motifs de telle ou telle forme de ce caractère suivant les altitudes, les latitudes, le degré d’aridité ou de richesse du terrain, la configuration du sol, etc. Ce sera l’application détaillée et la confirmation ou l’infirmation des faits précédemment établis.

Cette étude analytique poursuivie patiemment et sans idée préconçue sur ce qu’elle peut donner, est la seule manière de faire progresser la science. Après elle il ne reste plus qu’à rapprocher toutes les considé-

MÉTHODES GÉNÉRALES

rations, tous les renseignements et à conclure sur la portée et la valeur dudit caractère dans les diverses circonstances où il apparaîtra plus tard. La méthode est cent fois préférable à celle qui consiste à planer de haut sur les questions, à en embrasser toutes les parties à la fois, à prendre pour discuter par exemple l’influence des milieux, tantôt un caractère et tantôt un autre, à commencer un syllogisme avec l’un et à le terminer avec un autre, comme on le fait souvent. L’étude du caractère terminée, les questions sont résolues : on sait dans quelles limites on peut compter sur lui pour caractériser ou aider à caractériser un type, une race ; on sait dans quelles conditions il peut se transformer et dans ce cas comment il se comporte.

Méthodes générales. - — Notre intention n’est pas de nous perdre dans des généralités. C’est par des exemples que nous voulons procéder. Quelques mots d’ensemble doivent cependant trouver place ici.

En anthropologie, comme dans toutes les sciences naturelles, qu’il soit question du cadavre ou du squelette, de l’individu vivant ou d’une collectivité d’hommes, tout se résume en deux phrases : 1° beaucoup observer ; 2° bien interpréter. Les généralisations ne sont difficiles qu’avec des nombres insuffisants de faits ou avec des faits mal recueillis. C’est pour s’éviter une longue et laborieuse observation et obtenir une satisfaction immédiate sans fatigue que la méthode à priori des philosophes de la nature a été inventée.

La première indication à remplir pour une science en possession d’ellemême est donc de régulariser ses méthodes d’observation et de s’organiser de manière à n’avoir à compter qu’avec des faits certains.

Il y a deux catégories d’observations en anthropologie : celles que le voyageur prend lui-même sur le vivant, sans être installé, en allant vite, afin d’emporter avec lui une notion plus ou moins exacte du type ou des types de la population au milieu de laquelle il est. Et celles que l’homme de laboratoire prend à tête reposée, muni de tous les instruments de précision nécessaires. Je donnerai un aperçu rapide de la conduite générale que doit tenir le premier, me réservant d’entrer plus tard dans les détail sur la manière dont il doit procéder lorsqu’il sera en mesure de prendre des observations méthodiques avec les instruments voulus.

Observations en voyage. — Le plus ordinairement, sinon toujours, le voyageur se trouve en présence de populations mêlées dans lesquelles s’entre-croisent des éléments divers se dégageant plus ou moins. Précédemment, afin de montrer les différences entre les mots de type, de race et de peuple, nous avons pris les populations de l’Algérie. Nous allons les reprendre, à titre encore d’exemple, au point où nous les avons laissées (1).

(1) Voir pages 208 et 205.

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