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CHAPITRE IX

décimales, avec lesquels on obtient ensuite à volonté des moyennes, des ordinations, des rapports avec une autre mesure prise comme terme de comparaison, des courbes graphiques, etc. Leur valeur et leurs relations se saisissent en quelque sorte avec la vue parfois et l’on comprend la grande faveur dont ils jouissent partout.

La première condition d’une bonne mesure est d’être nette, précise et rigoureusement réglée dans tout ce qui concourt à lui assurer cette précision. Rien absolument ne doit y être laissé à l’arbitraire, et tous les anthropologistes désireux d’entrer en communication avec leurs collègues et de contribuer à l’œuvre commune sont tenus, une fois la conduite à suivre décidée, de s’y conformer exactement.

Quoi que l’on fasse il persiste cependant, dans une même mesure prise par différents opérateurs et même prise par le même à diverses reprises, des divergences minimes, dont il faut se défier dans certains cas. Je veux parler de l’erreur individuelle.

L’erreur ou l'écart individuel, qu’on admet en astronomie comme en anthropométrie, tient à plusieurs causes inévitables, telles que la manière dont la lumière tombe sur les divisions du compas, la difficulté de voir à un demi-millimètre ou à un millimètre près, la tendance à prendre le millimètre plein, l’imperfection de l’instrument, etc. J’ai voulu me rendre compte de l’étendue de cet écart personnel en prenant une mesure typique, le crâne où les causes de divergence sont moindres que sur le vivant, le même instrument, la même table éclairée de même, etc. Les opérateurs étaient au nombre de quatre : M. Chudzinski, premier préparateur au laboratoire Broca, M. Manouvrier second préparateur, M. Goldstein et moi-même. Les mensurations ont porté sur cent crânes parisiens. Yoici le résultat sur les diamètres antéro-postérieur maximum et transverse maximum. La différence indiquée est l’écart total observé entre les quatre opérateurs.

Ecart individuel sur 100 crânes parisiens.

Divergences extrêmes.

Nulles.

Diamètre ant. - post.

13 fois.

Diamètre

transr.

8 fois.

de 1 mill.

C’est-à-dire que la divergence moyenne totale qui s’est produite entre les quatre opérateurs a été de lmm,26 sur le diamètre antéro-postérieur et de lmm,44 sur le transverse, autrement dit de 0,63 et 0,72 dans l’un ou l’autre sens. Un certain nombre de fois l’identité a été absolue entre les quatre personnes. Dans le cas unique de 5 millimètres d’écart le

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maximum tombait en arrière sur un inion très développé ; la règle, dans ce cas, est de prendre la base de l’inion, mais, dans la détermination de celle-ci il y a de l’appréciation personnelle; une fossette profonde peut se trouver à sa place, comment l’éviter? On remarquera qu’il s’agit de divergences entre quatre personnes et non entre deux, ce qui triple les chances d’écart. Broca était dans le vrai lorsqu’il portait l’erreur individuelle acceptable en crâniologie à 1 millimètre avec les mesures ordinaires. Sur le vivant elle est nécessairement plus grande. Si les instruments ou les méthodes laissent à désirer, si les divers opérateurs ne s’entendent pas sur les points de repère, si ces points sont laissés à l’appréciation personnelle les divergences s’accroissent encore et peuvent atteindre des proportions désespérantes.

La seconde condition d’une bonne mesure est de répondre à une idée, autrement dit d’avoir été choisie judicieusement de façon à donner un caractère réel. Ces idées varient, elles sont morphologiques, c’est-à-dire purement anatomiques, ou bien physiologiques, parfois zoologiques, ailleurs philosophiques ou esthétiques. Ainsi les yeux découvrent une différence marquée entre deux groupes d’individus ou de crânes, ou même entre deux individus; il s’agit de trouver la mesure ou les mesures qui isolées ou associées rendront exactement l’impression éprouvée. Si les chiffres obtenus sur une succession de cas, ne se disposent pas en série tels que les’ yeux les voient, en tenant compte des causes connues d’illusion, c’est que la mesure ou le rapport choisi est mauvais. Il faut le rejeter et en chercher d’autres jusqu’à ce qu’il soit bien établi que l’impression était une erreur d’optique, ou qu’on ait trouvé l’expression juste.

L’anthropométrie repose sur des bases anatomique et physiologique, mais elle ne récompense pas toujours, il ne faut pas se le dissimuler, de la peine qu’elle donne. Avant de mettre la main sur une bonne mesure il faut parfois en essayer vingt, et l’on ne sait si elle est bonne qu’après un long travail sur un nombre suffisant, c’est-à-dire considérable, de sujets. En anthropométrie la pratique prime tout. Les crâniologistes les plus clairvoyants imaginent des mesures logiques, les tiennent pour bonnes pendant des années et ne reconnaissent que tardivement qu’elles ne valent rien. Je pourrais citer une suite de mesures que j’ai prises, confrontées, expérimentées sur des quinze cents crânes et que j’ai dû abandonner. Quelque logique que l’on apporte dans ses conceptions premières, les déceptions sont fréquentes ; il n’y a que ceux qui se bornent à mesurer de petits nombres de crânes qui n’en éprouvent pas. 11 y a des difficultés invincibles, comme la mensuration sur le crâne ou sur le vivant de la largeur et de la hauteur des pommettes, et la détermination exacte du point où commence la cuisse sur le vivant. Malgré tout les mensurations ont une telle supériorité, de tels avantages, que fatalement elles sont et seront toujours l’objectif constant des anthropologistes désireux d’éviter les illusions des sens et de l’esprit et de corn-

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