‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 227 sur 980 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

du maxillaire très avancée à ce même âge. Broca dans ses registres avait renoncé à indiquer l’âge probable du crâne et n’inscrivait que l’âge de tel et tel caractère. Sur le vivant les cheveux blanchissent parfois à 25 ans, tandis que les facultés génitales persistent jusqu’à 90 et plus, ce qui montre qu’on a des âges différents dans les diverses parties du corps. Les contradictions ci-dessus sont la répétition sur le crâne des mêmes phénomènes. De même dans les sexes y a-t-il des anomalies que rien ne permet de prévoir en l’absence de renseignements. Un crâne réellement masculin aura des attributs féminins et réciproquement; absolument comme sur le vivant un homme est imberbe, a la voix féminine et est peu enclin aux plaisirs sexuels de son sexe. Lorsque dans une série de crânes le crâniologiste met d’une part tous ceux qui lui paraissent décidément masculins, de l’autre tous ceux franchement féminins et dans une troisième les incertains, il peut y avoir des erreurs. Mais elles ont moins d’inconvénients qu’on ne pourrait le croire, les crânes méconnus étant réellement masculins ou féminins pour la morphologie comme les sujets devaient l’être à un degré quelconque sur le vivant pour la physiologie.

La troisième chose est de reconnaître si un crâne est normal et ne doit pas être écarté d’une série. La quatrième est d’en décrire les particularités dignes d’intérêt. Dans les deux cas, rien ne remplace l’expérience; il faut avoir manié des masses de crânes, les avoir retournés sur toutes leurs faces, pris et repris. Assurément avec les Instructions de la Société d’anthropologie il est facile de donner un numéro à tel degré de complication ou de soudure des sutures, à tel relief de la glabelle ou de l’inion, à telle grandeur d’os wormiens, mais le premier venu peut le faire. Pour reconnaître qu’une particularité est à remarquer et dire en quoi elle consiste et diffère des dispositions ordinaires dans telle ou telle race, il faut plus, il faut mettre de sa personnalité, de son intelligence et de son savoir, il faut posséder la langue scientifique voulue, celle qui est si claire et si précise dans les manuels d’anatomie et défie toute fantaisie. A la rigueur on peut sans grandes connaissances mesurer un crâne, il suffit de savoir ses points de repère et d’opérer aveuglément. Mais pour la crâniologie descriptive rien ne remplace le laboratoire et le temps.

Crâniométrie. — Après la crâniologie descriptive vient la crâniométrie, très facile lorsqu’on se borne à prendre des mesures, à les additionner, à en calculer les moyennes et à les ajouter à la fin d’un mémoire où peu vont les contrôler; très difficile lorsqu’on veut en tirer parti et en extraire des idées. La crâniométrie n’est qu’un moyen, on l’oublie trop ! Lorsqu’on a pris patiemment les mesures les plus appropriées sur un nombre suffisant de crânes, le principal reste à faire: les traiter par les méthodes que nous avons dites, les comparer à une, deux, dix autres séries de crânes mesurées de même, les interpréter et en tirer des vérités certaines.

MÉTHODES GÉNÉRALES. — GRANIOMÉTRIE. 255

On croit, en général, et j’ai contribué pour ma part à répandre cette idée, afin de ne pas effrayer les nouveaux venus, que la crâniométrie est une chose aisée. A mon grand regret je suis obligé de réagir contre cette croyance qui a dépassé son but. Être crâniologiste, pour beaucoup c’est avoii le dioit de se dire anthropologiste ; on conquiert ses galons en commettant un mémoire bien bourré de chiffres. Aussi voit-on les personnes les moins préparées, beaucoup qui ne le sont pas du tout, acheter des instruments, prendre le manuel trop concis que l’on sait,' immédiatement enfanter un travail de crâniologie, allant jusqu’à modifier les procédés admis, et demander que ce travail pèse à l’égal de ceux des maîtres de la science, à l’égal du Crania ethnie a. Quant à nous, nous voudrions que nul ne se croie apte à entreprendre un travail de crâniométrie sans avoir passé par l’un des deux laboratoires de Paris, pour ne parler que de ceux-là.

Ces réflexions s’adressent aux novices qui ne sont ni médecins, ni naturalistes, mais elles s’appliquent aussi dans une certaine mesure à quelques-uns de ces derniers. Je citerai un exemple qui concerne l’anthropométrie. Un jour un médecin d’hôpital militaire se met à ma disposition pour mesurer cent sujets dans son cabinet afin d’avoir un étalon de comparaison européen que nous ne possédions pas. J’accepte avec reconnaissance, remettant au printemps le début de mes opérations. A cette époque je lui rappelle sa proposition et lui dis que j'irai, sous ses yeux, mesurer les premiers sujets pour lui donner la méthode, qu’il en mesurerait quelques-uns devant moi et qu’alors je le laisserais continuer seul; sur ce il se fâche, s’étonne que je n’aie pas de confiance en lui et déclare n’avoir besoin de personne et avoir l’âge suffisant pour savoir mesurer. Je le saluai.

Eh bien, ce cas est commun. La plupart des médecins et naturalistes sont trop intelligents pour ignorer que les choses les plus simples doivent s’apprendre, ils mettent donc du temps et du soin à se préparer quand ils ne peuvent venir demander des conseils. Ceux-là rendent des services à la science; il faut peut-être encore regarder de près à leurs premières mesures, mais ils arrivent à faire bien. On peut se former seul en crâniométrie; j’en ai des exemples éloquents. Mais à côté combien y en a-t-il qui ne doutent de rien et ont à peine touché un instrument qu’ils se croient en droit d’agir à leur guise, s’imaginent voir ce que nul n’a vu avant eux et critiquent, qu’on me permette cette expression, à tort et à travers. Il n’y a pas de science peut-être après la philosophie où chacun ne se croie plus rapidement en mesure de critiquer et d’affirmer. Or précisément il n’en est pas où il faille plus de prudence et d’observation personnelle.

On parle du nombre colossal de mesures que préconisent quelques crâniologistes. Il faut les réduire, dit-on. Sans aucun doute, mais on oublie que jusqu’ici la crâniologie a été dans une période de préparation, qu’on

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