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CHAPITRE IX

a cherché et que pour savoir qu’une 'mesure donne de bons résultats il faut l’avoir expérimentée sur des centaines et plus de crânes. Chacun cherche avec ses idées propres. On ne peut donc faire un crime à la science de cet encombrement. Oui, il faut réduire au strict nécessaire les mesures à prendre par une personne qui parcourt les musées lointains et les rapporte pour être ajoutées à d’autres dans un laboratoire donné. Mais surplace, à un chercheur, il n’est pas interdit de multiplier les tentatives.

Du reste pour exprimer un caractère, une seule mesure suffit rarement, la règle est d’en avoir deux, comme pour l’indice céphalique. Certains caractères en exigent plusieurs. Telle est la forme du visage qui demande : 1° une hauteur à laquelle seront rapportées les largeurs; 2° une largeur en haut, soit biorbitaire externe; 3° une largeur au milieu, soit bizygomatique maximum ; 4° une largeur en bas, soit biangulaire de la mâchoire. Telle est la forme de la voûte palatine qui en veut quatre aussi. Ce qu’il faut demander donc, ce n’est pas la limitation du nombre des mesures dont chacun doit rester le maître, mais une entente parfaite sur un petit nombre répondant aux caractères ayant fait leurs preuves. C’est à obtenir cette entente que j’ai travaillé depuis quelques années ; elle semble près de se réaliser entre l’Allemagne, l’Angleterre, la Russie, l’Italie, etc., et nous (1).

Nataire des mesures. — Les mesures crâniométriques sont des lignes droites, des courbes ou circonférences, des angles, des projections et des capacités que l’on prend avec des instruments divers. Elles peuvent se réduire en trois groupes : les capacités de cavités crânienne ou faciale, les projections dans lesquelles le crâne est placé dans l’attitude que l’on suppose qu’il présente sur le vivant, et les mesures courantes dans lesquelles on mesure le crâne dans n’importe quelle position comme un corps quelconque.

La méthode des projections est absolument indiquée dans certains cas lorsqu’on veut comparer avec le vivant et que l’attitude importe réellement à l’expression du caractère; elle est superflue dans d’autres. Elle repose sur la détermination et l’exactitude d’une ligne, ou d’un plan, d’après laquelle on oriente le crâne, et qui doit réunir trois qualités : 1° être en moyenne conforme à l’idée qu’on s’en fait, c’est-à-dire être horizontale ; 2° ne présenter que de légères variations individuelles dans cette horizontalité ; 3° être commode dans la pratique, c’est-à-dire permettre la suspension du crâne, en même temps que les instruments tenus par l’opérateur circulent librement autour.

Les projections n’ont de valeur, en effet, qu’à la condition d’être prises directement et avec une extrême attention et non comme on le fait parfois sur des dessins plus ou moins corrects, obtenus à grand’peine. Les

(1) Depuis que j’ai écrit ces pages, un document a paru en Allemagne qui fait tomber cette espérance. Non, les Allemands ne sont pas prêts à s’unir à nous sur le terrain scientifique; ils n'admettent aucune concession.

MÉTHODES GÉNÉRALES. — CRÂNIOMÉTRIE. 257

dessins stéréographiques dont nous parlerons, quelle que soit la précision de 1 instrument, et nous possédons aux laboratoires les meilleurs d’après trois systèmes différents, quelle que soit l’habileté manuelle de l’opérateur, ne valent rien pour la crâniométrie et ne sont bons que pour la crâniologie descriptive ; ils ne 'permettent pas de prendre les mesures directement sur eux , ils ne sont jamais assez rigoureux. La méthode des projections, si précieuse à propos et la première née en crâniométrie, ne saurait donc devenir une méthode courante de travail, elle est à réserver pour certaines recherches entre les mains de personnes expérimentées, familières avec les difficultés et les illusions de la crâniologie. Jamais elle ne contribuera comme l’autre méthode à la diffusion de la crâniométrie. On ne peut la vulgariser sans danger. Elle ne permet pas lorsqu’on la suit sérieusement, comme elle doit l’être, de procéder rapidement sur un grand nombre de crânes, ce qui est la première de toutes les indications à remplir afin d’effacer dans la recherche des types les variations individuelles et de corriger aussi ses propres écarts de mensuration. Pour aboutir à ce nombre il faut en appeler à toutes les bonnes volontés et non pas seulement à des spécialistes. Une méthode aussi délicate que celle des projections ne peut donc être proposée pour les mesures fondamentales ouvertes à tous ou mieux exigées de tous. Les quelques mesures crâniométriques communes et internationales sur lesquelles les anthropologistes sont appelés à se prononcer doivent être simples, sans prétention, rapides à prendre et n’exigeant que des instruments ordinaires comme le compas d’épaisseur ou le compas glissière.

Les qualités d’une bonne mesure crâniométrique, en dehors de l’idée scientifique qui y préside, se résument en effet en un mot: l’identité entre les mains de tous les opérateurs les plus distants ayant ou non passé par les laboratoires d’enseignement. Ce qui dépend essentiellement de la netteté des points de repère qui la déterminent et de l’aisance avec laquelle on leur applique les pointes de l’instrument. Un point de repère pour être bon doit être mathématique, c’est-à-dire ne rien laisser à l’interprétation personnelle, rien au juger, rien à la sagacité ou à l’habileté de l’opérateur. Le crâniologiste qui poursuit une recherche personnelle a, certes, le droit d’inventer de nouvelles mesures, de modifier celles des autres et d’avoir des points de repère personnels dont il se rend compte et qui sont dans sa pensée. Mais s’il veut être enlendu ensuite et compris et ne pas être isolé, s’il veut que ses mesures vivent après lui, comme les conclusions qu’il en tire, il doit mettre chacun en mesure de les contrôler, c’est-à-dire avoir des points de repère se formulant, fixes, aisés à retrouver, à l’abri de tout reproche d’arbitraiie.

La pensée qui domine toute la vie de crâniologiste de Broca, c’est cette nécessité de faire de la crâniométrie avec piécision, ou pas du tout. Sa grande discussion avec Pruner Bey roule au fond sur celte question de principe o Notre regretté collègue de la Société d’anthropologie se faisait Topinard. — Anthropologie» 17

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