CHAPITRE IX
Première photographie rigoureusement de face, seconde rigoureusement de profil dans la même attitude.
Dans ces conditions la photographie est excellente. Un œil exercé peut même retrouver des points de repère suffisants et prendre quelques mesures. En tout cas elles sont utiles pour l’anthropologie plastique au juger.
Mais les photographies du crâne, de la tête à part, du corps nu ont un défaut commun. C’est de ne pas être des projections orthogonales telles que les exige l’anthropométrie, mais des projections centrales, c’est-à-dire avec perspective, dans lesquelles les objets placés plus en avant sont vus par rapport à ceux situés en arrière, plus gros et réciproquement. De même les objets placés soit au-dessus, soit au-dessous du centre de la figure (axe de l’objectif et de l’oculaire de l’appareil photographique) sont-ils vus et paraissent-ils à la mensuration plus petits? Je ne crois pas qu’on puisse jamais remédier à cette défectuosité et par conséquent remplacer les mensurations sur le vivant par des photographies comme quelques enthousiastes le voudraient. L’objection de la grosseur de l’image se réfute : nous tenons aux mesures relatives plus qu’aux mesures absolues. Mais la précédente est grave.
Quant au procédé de quelques photographes de placer à côté du personnage un mètre vertical, je le considère comme absolument enfantin et sans la moindre utilité. Qu’on inscrive à côté la taille du sujet, cela suffit. Si les mesures rapportées au mètre photographié sont bonnes, celles prises sur l’image directement avec la glissière et rapportées à la taille prise pour 1000 le seront bien davantage.
J’ai admis que le corps et la tête étaient bien campés, fermes, symétriques. En réalité, il n’en est à peu près jamais ainsi et c’est la pire des objections à la photographie. La moindre inclinaison du bassin, le moindre exhaussement d’une épaule aux dépens de l’autre, la moindre rotation de la tête fausse une partie des résultats qu’on pouvait en espérer. A plus forte raison lorsqu’on laisse le sujet libre de prendre des poses forcées ou fantaisistes.
Quant aux photographies avec costume, elles regardent l’ethnographie. De même qu’un visage de trois quarts, des deux tiers ou mal orienté, donne lieu à toute sorte d’illusions qui font voir les pommettes, par exemple, absolument semblables sur deux sujets alors qu’elles sont différentes dans la réalité, de même un visage ombragé ou encadré par une coiffure quelconque prend un caractère particulier. Combien ne reconnaissent un Juif, un Chinois qu’à son vêtement ou à sa coiffure. Au congrès d’Algérie on aimait à se faire photographier avec le capuchon et le burnous de l’Arabe, beaucoup de ceux ayant de la barbe ressemblaient à des Arabes. En les regardant au naturel on ne s’y trompait pas, sur la photographie on s’y laissait prendre.
Dans l’état actuel des choses la photographie appliquée à l’anthropo-
logie rend des services, mais elle n’a aucun caractère de précision. Pour qu’elle acquière cette qualité, il faut qu’on en règle les moindres détails, jusqu’à la manière dont le jour doit frapper, avec le même soin que doit se régler le cubage du crâne ou la mensuration du vivant. C’est pour les caractères .descriptifs surtout qu’elle sera utile et qu’elle l’est même aujourd’hui sous les réserves ci-dessus.
Cet aperçu général des diverses sortes de caractères cherchés en anthropologie, du plan à suivre pour l’étude de chacun, des principales méthodes générales qu’elle emploie et en particulier de l’anthropométrie, avec ses méthodes des moyennes et de la sériation, et de la crâniologie, serait absolument insuffisant si nous ne le faisions suivre d’exemples qui nous permettront d’entrer plus avant dans le sujet. Ce sera l’objet des chapitres suivants.