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CHAPITRE X

brune méridionale par exemple, chez les anciens Assyriens, les Persans. La partie blanche du visage se détache chez eux et donne un bel aspect à l’ensemble de la tête. Quelques nègres d’Afrique, les Néo-Calédoniens, les Papous sont dans le même cas, la limite de leur cuir chevelu s’arrête court et forme même comme une sorte de bourrelet. D’autres fois, la chevelure et la barbe sont irrégulièrement plantées, rebelles au peigne, les poils sont hérissés, entre-croisés; c’est la chevelure et la barbe bushy des Anglais ou en broussailles; par exemple chez certains Australiens. A côté de ce genre citons la barbe offrant çà et là des solutions de continuité, des vides. Ces aspects divers difficiles à rendre et très variés constituent des caractères de famille et probablement de race.

Par les progrès de l’âge le nombre des poils visibles à la surface du corps augmente du moins dans nos races, les poils de la première et de la deuxième sorte ou période s’allongent, ceux notamment des sourcils des oreilles, des organes génitaux, tandis que rien de semblable ne se produit à la tête, le nombre au contraire y diminue.

Par les progrès «le l*â»e, d’autre part, les poils se décolorent, c’est la canitie, et tombent, c’est la calvitie , qu’il ne faut pas confondre avec l'alopécie qui est une calvitie accidentelle permettant encore aux cheveux de repousser. La canitie incomplète a été observée dans des circonstances pathologiques, c’est-à-dire que les cheveux de bruns deviennent châtains. Elle se produit aussi par l’action du soleil ou de l’air seul: les cheveux jaunissent ou rougissent, ils s’éclaircissent un peu; sur une même mèche en partie cachée par la coiffure, en partie exposée, les deux nuances sont très visibles. 11 y a aussi une canitie artificielle très importante pour l’anthropologiste et donnant lieu souvent à des erreurs : le cheveu, de noir, devient rougeâtre ou châtain par l’action des pommades et des lotions de chaux ou autres; telle est la cause ordinaire de ces prétendues chevelures blondes signalées çà et là en Polynésie, en Australie et dans l’Afrique nègre. On sait que par l’eau oxygénée le commerce européen obtient la gamme entière des nuances et des tons que l'on peut désirer. On ne confondra pas cette canitie avec celle qui est partielle sur une seule mèche ou générale, complète ou incomplète, liée à l’état général appelé albinisme dont il sera question à propos de la peau. Dans tous ces faits, il y a matière à réflexion pour la question de l’influence des milieux sur la couleur des cheveux.

La canitie physiologique ou parles progrès de l’âge se fait progressivement, en règle générale de la base à la pointe, ou par îlots çà et là qui deviennent confluents, et quelquefois de la pointe à la base comme j’en ai montré des exemples. Le cheveu se nourrit par sa papille et la matière grasse de ses glandes sébacées ; les liquides s’élèvent de proche en proche . par capillarité et évaporation à la surface du poil. Lorsque la vitalité diminue, le cheveu tend à se dessécher et des gaz prennent la place des liquides, d’où, suivant les explications de Moleschott et de Kolliker, la.

couleur blanche. Ainsi, on comprend qu’une émotion violente agissant sur la papille et les glandes sébacées puisse faire blanchir les cheveux en une nuit ou quelques heures. Les exemples en sont nombreux depuis le célèbre cas de Marie-Antoinette à la veille de monter à l’échafaud jusqu’à celui de ce Cipaye de l’armée des Indes en 1859 dont l’observation a été publiée par le Dr Parry; c’est l’analogue de l’observation de Gubler et Bordier d’une dame qui était sujette à de violentes migraines, dont les accès duraient deux ou trois jours et dont les cheveux tombaient, repoussaient blancs et reprenaient ensuite leur nuance naturelle, le châtain.

La canitie naturelle vient plus tôt dans la race blanche, plus tard dans les races nègres, plus tard aussi dans les races jaunes. Il y a quelques motifs de croire qu’elle répond assez bien sous ce rapport à ce que donne la calvitie sur laquelle on a des statistiques : celle des États-Unis pendant la guerre de la sécession portant sur plus de 10,000 blancs et 2,000 nègres et mulâtres. De 21 à 32 ans, 30 pour 1000 étaient déjà plus ou moins chauves parmi les blancs, 1 parmi les nègres et 12 parmi les mulâtres. De 33 à U ans il s’en trouvait 203 pour 1000 chez les blancs, 25 chez les nègres et 24 chez les mulâtres. A 45 et au delà où le chiffre des soldats était moindre, on constata 100 pour 1000 chez les blancs, 71 chez les nègres et 37 chez les mulâtres. La proportion à 45 et au-delà, moindre que de 32 à 45 chez les blancs, s’explique en ce que la calvitie étant, en somme, un caractère de sénilité, ceux qui la présentaient avaient moins de chance d’être acceptés comme soldats. Les nègres en définitive perdent leurs cheveux plus tard. Quant aux jaunes, il ne s’est pas trouvé un seul cas de calvitie parmi les Indiens examinés et M. Gould cite un Chippeway de 105 ans qui avait encore tous ses cheveux noirs de jais, sauf quelques stries çà et là (1).

Nous avons dit que les cheveux pouvaient changer sensiblement de couleur par des raisons pathologiques, et qu’une émotion vive les faisait blanchir en une nuit. De même peuvent-ils tomber dans des conditions analogues et inversement croître davantage sous des influences, les unes locales, les autres générales. Alibert cite une dame qui, après une fièvre puerpérale, de blonde devint brune, et une seconde qui après la même maladie eut partout le corps une poussée de poils atteignant un pouce de longueur. Graves cite cinq cas analogues : celui d’un Anglais atteint dans l’Inde de dysenterie, dont les cheveux blanchirent complètement et qui de retour dans son pays, étant redevenu fort et vigoureux, les vit repousser avec leur couleur noire primitive; un autre d’un homme de 35 ans, qui à la suite d’un typhus vit ses cheveux blanchir et tomber et, un an après, repousser d’un noir d’ébène ; un autre, d’un vieillard de 67 ans dont le système pileux était autrefois très foncé et qui sur une surface dénudée par un vésicatoire eut une poussée abondante de poils noirs, etc.

(1) B. -A. Gould, Investigations in the Military and Anlhropoiogical statistics of American soldiers. New-York, 1869, p. 5G2.

Topinard. — Anthropologie. 18

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