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CHAPITRE PREMIER

ques, suivant l’expression de Hœckel, et centraliserons nos premières investigations autour du bassin de la Méditerranée.

Divisions de i’iiistorique. — L’histoire de l’anthropologie peut se partager, pour la facilité de l’exposition, entrois périodes : 1° l’antiquité jusqu’à l’année 1230 de notre ère, date de la renaissance de l’anatomie humaine; 2° de 1230 à 1800, époque où l’anthropologie, à la suite deBuffon, de Blumenbach, de Semmering et de Wliite, s’affirme; 3° de 1800 à 1860, époque où trois événements considérables se produisent : la fondation de la Société d’anthropologie de Paris qui a servi de modèle àtoutesles autres, la démonstration de la très haute antiquité de l’homme à la suite de la découverte de la mâchoire d’Abbeville par Boucher de Perthes, et la restauration par Charles Darwin de la doctrine du transformisme. Dans les deux premières années de mon cours, je divisais la troisième période en deux, à la date de 1839 correspondant à la fondation de la Société d’ethnologie de Paris. J’y ai renoncé : cette Société n’a pas marqué autant que je l’avais cru, et cette date interromprait inutilement un certain mouvement qui s’est continué après comme il avait existé auparavant.

Plus tard, d’autres ajouteront peut-être, de 1859 à 1880, une quatrième période, répondant à la puissante personnalité de Broca, à l’impulsion qu’il imprima à certaines parties de l’anthropologie, aux premiers travaux delà Société d’anthropologie et de celles qui vinrent à sa suite, et à l’extension du préhistorique et de la doctrine de l’évolution. A notre avis, elle sera un jour regardée comme une phase de transition ou de préparation à la période actuelle de l’anthropologie, qui nous semble entrée définitivement dans la pleine possession d’elle-même.

Première période. Antiquité. — Il est difficile, lorsqu’on se reporte à l’antiquité grecque, de se mettre exactement dans la position où se trouvaient les savants d’alors lorsqu’ils envisageaient le passé. Assurément ils touchaient de près à l’âge de la pierre indiqué pour le moins dans Hérodote par les silex taillés dont étaient armés les Éthiopiens; à l’âge des palafittes que le même historien laisse entrevoir chez les Phasiens du Palus Méotide ; à l’âge des dolmens en pleine floraison dans l’Afrique septentrionale. Mais connaissaient-ils les événements de l’Inde dont les livres sanscrits donnent un si vague aperçu ; ceux de l’Euphrate révélés par l’antique bibliothèque sur tuiles du roi assyrien Saryoukin, où la date la plus ancienne mentionnée avec quelque précision est l’an 2280 avant notre ère, lorsque Koudour Nakhounta, roi de Suse, mit fin au premier empire chaldéen (1) ; ceux que les hiéroglyphes égyptiens nous apprennent avec plus de netteté, où la date approximative la plus ancienne ne remonte guère qu’à 1450, lorsque Menephtha,

(I) Maspero, Hist. anc. des peuples de l’Orient , 1870. Paris, 2e édition, p. 108.

HISTORIQUE. — ANTIQUITÉ. 5

de la dix-neuvième dynastie, refoula les Tamahou (hommes du Nord), les Sardes et les Étrusques? Les légendes dont leur mythologie était le reflet principal sont confuses. L’origine des Hellènes succédant, en Grèce, aux Thraces superposés eux-mêmes aux Pélasges (1), faisait partie de ces traditions. La plus ancienne, à en juger par ce qui nous a été transmis, était celle que Platon rapporte d’après Solon qui la tenait des prêtres égyptiens, d’un continent atlantide submergé quelque dix mille ans auparavant (2). Les traditions de la guerre de Troie vers l’an 1000 avant notre ère, à la fin de l’époque du bronze, de l’expédition une ou multiple d’Hercule en Europe et de celle des Argonautes au Caucase étaient relativement récentes. Au contraire, les grandes pyramides de Chéops et de Chéphren, de la quatrième dynastie égyptienne, qu’ils connaissaient parfaitement, devait représenter pour eux une civilisation considérable très éloignée. Aristote naquit, en effet, il y a 2250 ans, et les grandes pyramides remontent à 5850 ans ; plus de temps s’est donc écoulé entre Aristote et les pyramides qu’entre nous et Aristote.

Tout cela fait présumer la possibilité de connaissances, de la part des premiers savants grecs, plus grandes qu’on ne le croit en général. Nous ne savons d’eux, en réalité, que ce que le hasard a bien voulu nous laisser sous la forme de manuscrits échappés à l’incendie ou à la moisissure, et de récits mythiques.

C’est ainsi que les Phéniciens nous apparaissent dans les brumes d’un passé médiocrement lointain, comme de hardis navigateurs entraînés par l’instinct commercial particulier à la race sémite, au delà de la Méditerranée, par la mer Rouge vers le pays de Koush et les Indes, et par les colonnes d’Hercule sur les rives de l’océan Atlantique (3).

La première relation authentique d’un de ces voyages est celle de Mannon, chargé par Carthage, à une époque que l’on estime à l’an 1000 environ, de transporter un convoi de colons sur les côtes de Libye, au sud du cap Soloïs. L’intérêt de ce voyage, pour l’anthropologiste, est dans la curieuse aventure ci-après (4) :

Hannon, après avoir franchi les colonnes d’Hercule avec soixante voiles, prit au sud et atteignit, après dix ou douze jours de navigation, nie de Cerné « située à la même distance des colonnes d’Hercule que celles-ci étaient de Carthage», y déposa ses colons et reprit sa route vers le Midi.

(1) Vanderkindere, Sur les caractères physiques des anciens Grecs, in Bull. Soc. antb. de Bruxelles, 1883, p. 8.

(2) Les dragages profonds, dans la zone répondant à la région supposée de cette Atlantide, rendent cet affaissement très probable. Le fond y est volcanique ; les Açores, les Canaries, les îles du cap Vert seraient le reste de la chaîne principale de volcans qui l’occupait. Mais le phénomène serait très éloigné et peut-être contemporain du soulèvement du Sahara.

(3) Pour les dates les plus anciennes de l'Europe occidentale, voir Lagneau, De quelques dates reculées, in Revue d’Anthrop., 1880, p. 441.

(4) Ed. Charton, Voyages anciens et modernes , t. I, pages 2-5. Paris, 2 vol. in-4, 1854.

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