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CHAPITRE PREMIER

L’indication du nombre de jours pendant lesquels il navigua est peu précise. Vers le douzième ou seizième jour, semble-t-il, il rencontra sur la côte des « sauvages, que ses interprètes appelèrent des Gorgades », mot dont on fit plus tard, par inadvertance, celui de gorille, et qu’Hannon décrit comme il suit :

« Ces sauvages étaient velus, ils fuyaient à travers les précipices avec une étonnante agilité en nous jetant des pierres. Nous réussîmes cependant à prendre trois femmes, mais comme elles brisaient leurs liens, nous mordaient et nous déchiraient avec ardeur, nous fûmes obligés de les tuer. »

Telle est la première mention que l’on possède de l’existence en Afrique de grands singes pouvant être confondus par des esprits prévenus avec l’homme. La description de Hannon semble calquée sur celle de Duchaillu, d’un jeune gorille dont il était parvenu à s’emparer. L’endroit où Hannon les rencontra n’est pas exactement déterminé, mais il devait être quelque part entre le tropique du Cancer et le Sénégal, c’est-à-dire plus au nord qu’on ne trouve actuellement le gorille et le chimpanzé.

Vers le même temps, un autre suffète de Carthage, Himilcon, dépassa les mêmes colonnes d’Hercule, tourna au nord, découvrit les îles Estrymnides (Sorlingues), et eut connaissance des îles d’Albion et d’Érin, qui ne furent visitées que quelques siècles plus tard par Pythias, lorsqu’il remonta au nord jusqu’au pays « où les nuits n’ont que deux ou trois heures de durée ».

Les noms précédents appartiennent à la période légendaire, celui d’Hérodote ouvre la période de l’histoire. Les Histoires de l’illustre médecin de Cos sont de celles que l’anthropologiste est appelé à consulter le plus souvent avec profit. Il voyageait et recueillait les récits de la bouche même des personnes les plus autorisées, habituellement des prêtres. Ses premiers livres furent communiqués aux Jeux Olympiques en 456 avant notre ère. Ses renseignements si précieux portent sur les populations de la Libye, où il ne dépassa pas la petite Syrte à l’ouest, de l’Égypte, de la Grèce, de l’Asie Mineure, de la Colchide et de la Scythie. Nous en rappellerons quelques-uns : le voyage des Nasamons, sur les frontières extrêmes de l’Algérie actuelle, au delà des Mazes ou A’Mazigs, ancêtres des Berbers-Touaregs actuels, dans un pays dont les conditions hydrographiques ont depuis changé ;

le dénombrement de l’armée de Xerxès, où les Ethiopiens armés de flèches à pointe formée par un silex aiguisé sont partagés en orientaux aux cheveux droits, et occidentaux aux cheveux crépus, division sur laquelle nous aurons souvent à revenir, qui a devancé, par conséquent, de 2350 ans la division semblable émise par Huxley; la répartition des populations au nord et à l’ouest du Pont-Euxin, où, comme à peu près partout, se découvrent dès cette époque deux genres de population : des sédentaires ici cultivateurs, probablement autoch-

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