CHAPITRE PREMIER
forêts dont parle le Rcimayana et que M. de Quatrefages considère comme des Négritos.
Mais arrivons à la part des médecins, à fliippocrate qui à ce moment les résume tous. Il florissait vers l’an 400 avant notre ère et fournil un premier exemple de la façon dont les hommes de génie sont, pour une bonne part, la résultante des milieux et le produit des circonstances.
Les malades qui s’adressaient aux prêtres dépositaires de la tradition médicale étaient dans l’usage de suspendre aux colonnes du temple l’histoire de leurs maux et des moyens qui les avaient guéris. L’un de ces temples était dans l’île de Gos, où la famille des Asclépiades se vouait de génération en génération au culte d’Esculape. Hippocrate était le deuxième de ce nom dans cette famille ; il sut profiter des documents amassés et écrivit une dizaine de livres dont deux intéressent l’anthropologie.
Le premier, intitulé De la nature de /’ homme, commence par ces remarquables paroles qui impliquent toute une méthode, celle de l’observation, par opposition avec celle de l’intuition et du raisonnement des philosophes : « Ceux qui sont accoutumés à entendre parler de la nature de l’homme à des personnes qui veulent la connaître par des moyens étrangers à la médecine, ne trouveront rien dans cet ouvrage qui les satisfera. » Or, qu’on étudie l’homme pour le connaître simplement ou pour le guérir, la méthode est forcément la même.
Le second a pour titre Les airs, les eaux et les lieux. Il y soutient pour la première fois la doctrine si controversée depuis de l’influence des milieux sur l’homme, ses caractères physiques et moraux aussi bien que ses maladies. Tout d’abord il constate les différences physiques que présensent les hommes qui habitent des climats différents, sans prononcer le mot de race qu’on ne retrouve nulle part dans l’antiquité. Ils se ressemblent entre eux, dit-il, autant qu’ils diffèrent des peuples voisins. Ces différences sont déterminées par les conditions des lieux, l’humidité ou la sécheresse, etc. Ainsi les montagnes élevées et pourvues d’eaux courantes produisent des hommes de haute taille et vigoureux ; les plaines couvertes de pâturages, des sujets de petite taille, trapus, chargés de graisse et aux cheveux noirs, comme les Scythes nomades ; les pays secs et dénudés, des gens nerveux et secs, plutôt blonds: et les pays chauds, humides, marécageux et boisés, des hommes de haute taille, au teint jaune, comme les Phasiens. Buffon ne s’exprima pas autrement vingt siècles plus tard.
Mais dans quelle mesure les milieux agissent-ils ? Leur action se limite-t-elle â l’individu, ou, en se prolongeant sur une suite de générations, transforme-t-elle le groupe entier ? L’histoire des Macrocéphales y répond.
Les Macrocéphales sont l’un des peuples qui étaient situés en Asie, « à la droite du levant d’été jusqu’au Palus Méotide qui sépare l’Asie de l’Europe». Ce nom leur vient de la forme particulière qu’ils donnaient à leur