CHAPITRE XI
demment à un fonctionnement plus grand inaccoutumé du foie. Nous verrons plus tard qu’il y a des nègres dont la nuance tourne au jaune ou à l’olivâtre; on signale souvent, dans les autopsies de nègres, une teinte jaune du sang et des muscles. C’est à se demander si c’est par l’intervention de la matière biliaire ou par le pigment seul.
Il serait intéressant de savoir ce qu’est le foie, d’une part dans les races nègres, de l’autre dans les pays chauds. Est-il à l’état physiologique, alors plus gros, plus lourd? En tous cas on ne saurait lui attribuer la coloration jaunâtre, dernier indice de métissage entre noirs et blancs, qu’on observe sur la limite des ongles, à l’angle interne de la sclérotique, dans le sillon naso-buccal, à la voûte palatine et qui, aux États-Unis, signale un préjugé persistant, la présence dans les ancêtres de sang noir (1).
La seconde matière colorante de l’organisme avec laquelle il faut compter, mais cette fois largement, est Yhématine des globules du sang. Chacun sait qu’il n’est pas une partie du corps où, surtout au visage, une aiguille fine puisse pénétrer sans blesser un vaisseau et donner du sang. Suivant M. Hayem, il y a 5 millions de globules sanguins par millimètre carré. Ils circulent partout, et passent en s’allongeant jusque dans des capillaires de moins de 7 millièmes de millimètre. Ils prennent une part à la coloration cutanée, bien plus grande qu’on ne le croit dans les races dites rouges, la part principale dans la race blanche, spécialement chez les blonds, et sont seuls en cause chez les albinos complets et parfaits.
Le sang est visible au visage dans les émotions, dans toutes les races lorsqu’il n’est pas masqué parle pigment noir. Les Esquimaudes et Fuégiennes du Jardin d’acclimalation rougissaient manifestement. Le sang contenu dans le système vasculaire de la face, associé à une petite quantité de pigment, joue son rôle dans les races américaines à nuance briquetée, surtout après une longue exposition à l’air; mais leur couleur rouge sombre habituelle empêche les émotions d'y ajouter leur rougeur propre ; : d’où la placidité proverbiale du visage du Peau-Rouge. Chez le nègre foncé, la rougeur des joues n’est aussi que masquée.
La troisième matière coloranle se présente sous forme d’une substance grenue, amorphe, jaune, rouge ou noire, disait-on jadis, qui en masse : porte le nom de pigment. Elle se rencontre normalement ou anormale- • ment en quantité variable, suivant l’âge, le sexe, la race et les individus, à la peau, dans les yeux (choroïde et uvée), dans les cheveux, à la muqueuse visible des lèvres, des gencives, du palais, de l’anus, des parties \ génitales sous forme de plaques irrégulières ou disséminées, à la con- j jonctive sous forme de taches ou d’un cercle autour de la cornée, dans ! l’intestin, les bronches, les poumons, dans le péritoine, dans les centres jj nerveux (Gubler, 1862 , et jusque dans le sang peut-être.
Les granulations pigmentaires très régulièrement sphériques chez le i
(1) Kôllikcr parle de dépôts de matière colorante de la bile dans la couche muqueuse de 1 Malpighi, chez les Européens dits bruns.
LA COULEUR. — ANATOMIE
nègre, un peu inégales de volume, groupées autour du noyau, suspendues dans un liquide épais, sont déposées dans trois ordres de cellules : des cellules épithéliales, des cellules fibro-plastiques, fusiformes ou étoilées comme celles de la choroïde, et des chromoblastes semblables à ceux des animaux. Leur partie essentielle est la mélanine , qui est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, et soluble dans la potasse.
Attachons-nous à la peau où la couleur nous intéresse davantage, en
a, derme et ses vaisseaux ; b , réseau muqueux de Malpighi plongeant entre les papilles du derme; c, couche cornée de l’épiderme; cl, conduits excréteurs des glandes (Latteux).
commençant par la structure de celle-ci, qui est la même dans toutes les races.
s>« pigment cutané, anatomie. — La peau présente une surface profonde creusée d’alvéoles en rapport avec le tissu adipeux dans lequel viennent plonger les glandes sudoripares et les follicules tubuleux des poils développés ; et une surface libre pourvue de plis, de papilles et d’orifices donnant passage aux poils et aux canaux excréteurs des glandes sudoripares. Elle se partage en deux parties : le derme toujours incolore, et l’épiderme divisé à son tour en une couche superficielle cornée, sorte de vernis inerte et translucide, et une couche profonde, molle, connue depuis 1664 sous le nom de réseau muqueux de Malpighi. Ces deux couches représentent les deux étapes de la vie de l’épiderme, la vieillesse d’une part, l’enfance et l’âge adulte de l’autre.
Le réseau de Malpighi tapisse le derme et ses reliefs et intervalles papillaires, comme dans la figure ci-contre et est formé : 1° d’une couche de cellules cylindriques, perpendiculaires, à noyau ovale; 2° d’une masse de cellules sphériques ou polyédriques serrées les unes contre les autres; 3° de cellules tendant à la forme aplatie. Brusquement une ligne horizontale apparaît au-dessus de ce réseau; ce sont les cellules vieillies qui ont