CHAPITRE XI
perdu leur noyau, s’épanouissent en squames et donnent lieu à la couche cornée, couche plus épaisse que la précédente et dont les parties les plus superficielles tombent sans cesse par le frottement des vêtements ou d’une serviette. Les diverses parties de l’épiderme, en un mot, se composent d’un même épithélium, cylindrique profondément, polyédrique au milieu,, pavimenteux à la surface.
Chez le nègre, les granulations pigmentaires sont déposées dans l’intérieur des cellules du réseau de Malpighi, autour du noyau, en quantité
Fig. 35. — Coupe de la peau.
a, derme et ses papilles; b , couche profonde pigmentaire du réseau do Malpighi; c, couche supérieure de ce réseau; d, couche cornée de l’épiderme (Kolliker).
plus ou moins grande : au maximum dans les cellules cylindriques, moins ; dans les polyédriques ; et par exception dans les lamelles profondes de la j couche cornée ; ces granulations sont brunes et ne paraissent noires qu’en i masse. Chez le blanc elles n’en diffèrent que par le nombre, suivant la i plupart des histologistes, et s’observent non seulement sur les parties du i corps où la coloration plus ou moins noirâtre de la peau est évidente ! comme le scrotum ou le mamelon, et chez les sujets qu’on qualifie de ! bruns, mais aussi sur les parties blanches et chez les blonds. M. Sappey \ pense autrement, il professe qu’elles ne diffèrent que par la qualité; elles • iraient, dans l’échelle des couleurs, en s’atrophiant, se déformant et per- j dant leur réfringence et finiraient dans les races blondes par ne plus être [ visibles, quoique existant encore. Dans les races intermédiaires, les gra- | nidations déposées dans les cellules présentent un état intermédiaire, en : se rapprochant tantôt du nègre, tantôt du blanc. Enfin, dans les variations que donne la couleur sur diverses parties du corps du même sujet ou sous diverses influences physiologiques et pathologiques, la visibilité : des granules augmente et diminue de même par degrés, en sorte qu’il y ,
LA COULEUR. — ANATOMIE
aurait des parties qui reproduisent en certains cas l’état anatomique du nègre ou du mulâtre, et d’autres celui du blanc, du blond ou du brun. Le noir, le jaune, le rouge, le blanc de la peau en un mot, seraient uniquement dus au degré de développement des granulations pigmentaires et à la façon dont elles décomposent et réfléchissent les rayons lumineux. Le
Fig. 36. — Cellules plus ou moins imprégnées de granulations pigmentaires,
du blanc et du nègre (Sappey).
A, face dorsale de la main du blanc; B, scrotum du blanc; C, scrotum du nègre.
1, partie extérieure de la cellule ; 2, cavité centrale ; 3, noyau central; 4 et 5, cellules et noyaux isolés; 6, granulations pigmentaires éparses.
type de la granulation est ainsi un, comme la structure de la peau est une, chez tous les hommes et dans toutes les conditions (1).
La surface du derme qui sécrète les cellules de la couche de Malpighî, dans lesquelles sont logées les granulations colorées, est donc l’organe producteur du pigment cutané. Ce qui conduit à trancher une question résolue dans des sens très divers, celle des cicatrices chez le nègre.
Lorsque la cicatrice implique une abrasion du derme, la couche sécrétante ayant disparu, la peau est plus claire que les parties environnantes
(1) Kôlliker, Elém. d’histol. humaine , trad. franç., 1856. — Sappey, Anat. descript., 2e édit., vol. III, p. 582 et 730, 1872. — Kuss et Duval, Cours de physiologie , 1876, p. 448.
— Dict. encycl. sc. méd., 1869. Articles Mélanose, de M. Robin, Mélanémie et Maladie bronzée d’Addison, de M. Bail. — Albinus (B. -S.). Dissertatio de sede et causa coloris Æthiopum , in-4°, Leyde, 1737. — Lecat, Truité des sens, nouv. édit. Amsterdam, 1744, et Traité de la peau humaine. Amsterdam, 1765. — Mitchell John, An essay upon the causes of the different colours o f people in different climates , Philos, transact., 1744. — Flourens, Recherches sur le corps muqueux , Ann. sc., nat., 2e série, Zoologie, t. VII, p. 156, 1837.
— Henle, Du pigment, Anat. générale, trad. franç., 1. 1, p. 292-308. — W.deMüller, Causes de la coloration delà peau. Stuttgart, 1853.