DEVELOPPEMENT
premières semaines chez le fœtus ; la couche cornée n’apparaît, comme de raison, que beaucoup plus tard. A la naissance, toutes les parties de la peau sont entièrement constituées dans toutes les races, mais le pigment chez celles qui doivent en avoir beaucoup est encore peu abondant. Chez l’Européen, la peau est d’un rose vif à ce moment, comme soufflée et exubérante de santé ; les capillaires sont très injectés; cependant elle est jaunâtre en dessous (Bouchut). L’excès de coloration sanguine disparaît au bout de un à trois jours, et l’enfant devient terreux. Chez le nègre, la coloration initiale a été l’objet de discussions. Buffon, le premier, a écrit qu’il naissait blanc, devenait jaune-basané au deuxième et au troisième jour, et n’était noir partout qu’au bout de huit jours. Camper, y regardant de plus près, vit que le bord des ongles et le mamelon sont déjà noirs à la naissance et que, trois jours après, le pigment est abondant au scrotum (1). M. Giraud, du Sénégal, constata ensuite que le pigment de la surface du corps apparaît vers cette époque, d’abord à la nuque, aux aisselles et aux aines. Broca admettait que la teinte véritable du nègre n’est acquise qu’à la fin de la première semaine, mais qu’elle fonce pendant une année et davantage.
J’ai recueilli de nombreux renseignements des médecins dans les pays des nègres et vu plusieurs fœtus de cette race. La vérité est que le nègre n’est pas noir à la naissance, mais d’un rouge sombre ou livide très différent du rose vif de l’Européen et qu’entre plusieurs nouveau-nés gisant sur une table tout le monde distinguera, sans jamais s’y tromper, les négrillons des petits blancs. Cependant on ne peut dire qu’il soit encore noir. Le pigment n’est visible qu’au pourtour des ongles, à l’origine du cordon et au mamelon; peu à peu et incontestablement, sous l’influence de l’excitant naturel de la fonction du réseau de Malpighi, l’air et la lumière, il se développe, apparaît habituellement dans l’ordre indiqué par Camper et Giraud, et n’atteint non son maximum, mais un degré suffisant pour qu’on puisse classer l’enfant définitivement comme un nègre par la peau, qu’au bout de la semaine. Les mêmes faits se reproduisent, moins sensibles, dans les races jaunes. Les Botocudos seraient jaunes à la naissance et deviennent bruns plus tard (prince de Neuwied). Les Américains du Sud n’acquerraient toute leur coloration qu’à vingt ans (d’Orbigny). Peschel dit que les Australiens sont blancs ou jaune sale à la naissance; Darwin, que le pigment des yeux et des cheveux est en retard comme celui de la peau chez les nègres, et que leurs yeux sont clairs ou bleus et leurs cheveux marrons.
La matière pigmentaire augmente de l’enfance à l’âge adulte, les cheveux de blonds deviennent châtains, de châtains, noirs ; et les yeux tendent à foncer: ce qui fait que, dans toute statistique sur les enfants européens, la proportion des blonds, et ici j’entends l’association à la fois
(1) P. Camper, Mémoire sur l'origine et la couleur des nègres... OEuvres d’hist. nat., 3 vol. Paris, 1803. — Buffon, tiist. nat. de l'homme, édit, in-12, Impr. roy., 1779, t. V, p. 227.