LA COULEUR. — ALBINISME
eczémas, les brûlures et ulcères n’ayant pas détruit le derme, laissent après eux des cicatrices superficielles ou de simples maculatures foncées dans toutes les races. Je ne parle pas des traînées violacées qui surmontent les veines variqueuses anciennes, elles émanent non du pigment, mais de l’hématine extravasée du sang. Toutes les causes qui activent la production des poils augmentent aussi le pigment, comme la phlébartérie, certaines lésions nerveuses.
Dans toutes ces actions sur l’individu, la nuance même de la peau est généralement respectée ; on la retrouve intacte sur les parties du corps bien protégées. On a dit pourtant que ces parties, de même que les cheveux et les yeux, pouvaient s’éclaircir ou se foncer dans une limite quelconque soit par action réflexe ou solidarité, soit par la réaction de quelque organe interne. Il n’y aurait rien là qui ne soit très physiologique ; mais il faudrait des faits précis.
A la suite d’atteintes répétées, après que les causes ont cessé de se faire sentir, la peau souvent conserve des traces. Le vieux soldat, le marin, le laboureur aux champs se débarrasse difficilement de son teint brûlé ou hâlé, bien que dans ces traces on ne puisse reconnaître le soldat qui a guerroyé au Sénégal, en Algérie ou en Espagne. Mais la règle est que les effets dont nous venons de parler disparaissent avec la facilité qu’elles ont mise à se produire.
Variations pathologiques. — Elles sont plus profondes, tendent la plupart à augmenter avec les progrès de l’âge, ne rétrogradent guère et portent sur les parties cachées aussi bien que sur les parties découvertes, sur les yeux et les cheveux aussi bien que sur la peau, ce qui témoigne d’une cause ou prédisposition générale interne et tout au moins d’une solidarité de système.
Elles sont congénitales ou accidentelles ; par défaut (albinisme), par excès (mélanisme) ou par perversion (érythrisme). L’albinisme est général (albinisme proprement dit) ou partiel (vitiligo), parfait ou imparfait sur les points atteints, suivant la distinction d’Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire. Le mélanisme est de même général (mélanisme proprement dit ou négritie) ou partiel (nævus, éphélides, masque des femmes enceintes, etc.) et plus ou moins intense.
L’albinisme congénital et général a le plus exercé l’imagination des premiers anthropologistes. Les Albinos étaient pour les uns un retour des nègres vers leurs formes antérieures blanches, ce que nous appellerions aujourd’hui un cas d’atavisme, et pour les autres la preuve du procédé par lequel, un beau jour, aurait pris naissance l’homme blanc aux dépens de son précurseur le nègre. On citait comme formant de véritables peuplades les étranges individus connus sous le nom d 'Albinos dans l’Amérique centrale, de Yeux de lune dans l’Amérique du Sud, de Dondos au Congo, de Beddas à Ceylan, de Kakrelas à Java, de Blafards , de Nègres blancs. Buffon dans ses premiers volumes représentait les Beddas de Ceylan Topinard. — Anthropologie. 21