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CHAPITRE XI

comme des sauvages, cachés dans les bois, vivant par familles isolées, n’ayant pas de maison, ne communiquant avec personne et descendant sans doute de naufragés européens. A la même époque cependant, de Paw écrivait que personne n’avait jamais vu dix Albinos réunis sur le même point. Il est probable pourtant que dans certaines populations et dans certaines conditions de milieu, ils se présentent en très grand nombre : ainsi chez les Monbouttous de Scheinfurth. On pense que les Leucétbiopiens de Ptolémée pourraient bien avoir été une peuplade de ce genre. L’albinisme, comme le vitiligo du reste, se rencontre dans toutes les races ; mais il échappe moins à l’attention chez les nègres, puis dans les races jaunes, et a d’autant plus de chance de se produire que le réseau muqueux de Malpighi fonctionne davantage, par conséquen t dans les races colorées.

L’albinisme parfait et général se reconnaît aux traits suivants : la peau est décolorée, d’un blanc de lait, feuille morte ou craie blanche et laisse voir ses vaisseaux capillaires superficiels. Les yeux, et surtout leur partie centrale, ont l’aspect d’un globe dépoli de lampe ; une couleur rouge diffuse y remplace la coloration normale de l'iris et de la pupille. Le duvet, les cils, les sourcils, les cheveux, sont d’un blanc de lin. Le reflet lumineux du globe oculaire tient à ce que les rayons qui pénètrent dans son intérieur ne sont plus absorbés par le pigment absent de la choroïde, après avoir impressionné la rétine. Il en résulte des caractères physiologiques qui sont le critérium de la maladie. La lumière fait mal aux yeux, obscurcit la vue, le sujet la fuit, il baisse la tête, cligne des yeux, met sa main en abat-jour au-dessus des arcades sourcilières et y voit mieux la nuit, symptômes qui portent le nom de photophobie et de nyctalopie. Il semble myope, est strabique et son globe oculaire, incessamment agité, est atteint de nystagmus. La santé des Albinos est généralement mauvaise, iis sont chétifs, anémiques, misanthropes et n’atteignent guère la vieillesse.

L’union d’un Albinos avec un sujet ordinaire est féconde et les rejetons sont simplement prédisposés soit à la forme parfaite et générale de l’albinisme, soit à ses formes partielles et imparfaites. On ignore ce qui se produirait entre deux albinos. L’albinisme est un cas tératologique au même titre que le bec de lièvre ou la polydactylie, et se prête aux mêmes raisonnements relativement à la possibilité de saperpétuation dans un groupe isolé. On en a cité des cas cependant, dans lesquels la maladie s'est amoindrie par les progrès de l’âge.

Si l’albinisme parfaites! intéressant pour l’anthropologiste, l’albinisme imparfait l’est davantage à cause des erreurs auxquelles il donne lieu, si l’on n’a pas le soin d’examiner avec soin les phénomènes physiologiques que présente la vision. Dans toutes les races nègres, en effet, on a signalé des contradictions singulières avec les autres individus de la même population, des nègres à la peau plus ou moins claire, café au lait, cuivrée,

LA COULEUR. — VITILÏGO. 323

aux yeux bleus, verts, aux cheveux jaunâtres ou rougeâtres sinon blonds. En outre, on conçoit que l’un des trois organes soit seul atteint à ce degré; s’il s’agit des yeux, le diagnostic est facile à cause des symptômes physiologiques; autrement il n’y a aucun moyen de contrôle. On ne confondra pas les chevelures incomplètement décolorées par ce fait avec les chevelures teintes ou décolorées à l’aide de lotions diverses, les renseignements venant en aide; mais, en l’absence de ceux-ci, on est égaré. Notons donc cette proposition si grave, c’est qu’au sein d’une population aux yeux noirs, aux cheveux noirs et au teint foncé, on peut avoir des affaiblissements de la couleur provenant de l’albinisme imparfait.

L érythrisme , c est-à-dire la présence d’un roux au milieu d’une population différente, alors que rien dans la double lignée ancestrale ne l’explique, est peut-être de cette nature. C’est sur l’apparition accidentelle possible dans toutes les races de chevelures rousses qu’Eusèbe de Salles se basait pour prétendre qu’Adam* était roux. Une théorie plus anthropologique et s’appliquant aux races du continent européo-asiatique est la suivante. Ce seraient des cas d’atavisme d’une race aux cheveux roux et aux yeux gris ou verts qui aurait existé jadis dans l’ancien continent du Pacifique à l’Atlantique, et se serait éteinte; les annales de la Chine antétieures à 1ère chrétienne en font mention, et certaines considérations portent à l’admettre en Europe, aux âges préhistoriques.

La foi me paitielie de 1 alninisme ou vitiligo est le plus souvent congénitale, mais quelquefois accidentelle et alors progressive. Elle est plus fiéquente dans les races très pigmentées, pour les motifs que nous avons dits. Elle a été remarquée d’abord dans ce qu’on a appelé les nègres pies, dont Buffon a donné une observation pour la variété congénitale et une autre pour la variété accidentelle. Dans ce dernier cas, c’était une négresse du plus beau noir qui, vers quinze ans, vit apparaître au pourtour de ses ongles, puis sur les côtés de sa bouche et sur divers autres endroits, des taches blanches qui allèrent en grandissant de proche en proche, d une façon irrégulière, et devinrent çà et là confluentes. A qualante ans, les quatre cinquièmes de son corps offraient « une peau blanche, douce et transparente comme celle d’une Européenne, laissant voir agréablement les vaisseaux sanguins.» En 1879, le Dr Smester a publié un cas analogue dans la Revue d anthropologie : à quarante-cinq ans, les neuf dixièmes du corps étaient blancs, il ne restait que quelques lambeaux de noir; les seins étaient d’un blanc mat ; l’alvéole était rosée; les cils, les sourcils étaient à peu près blancs, ainsi que les cheveux. Nous n’avons pas besoin d ajouter que, dans les cas de ce genre, les cheveux, quelque blancs qu ils soient, restent aussi laineux qu’auparavant.

La même affection se rencontre fréquemment dans les races jaunes. Le Dr Fusier a exposé en 1878 une photographie dans laquelle les marbrures et îlots de décoloration occupaient presque tout le corps. D’Orbigny en a signalé la fréquence chezles Yuracarès des forêts sombres des Andes,

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