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CHAPITRE XI

mais sans se rendre compte de sa nature. Catlin l’a notée souvent chez les Indiens peaux-rouges de l’Amérique du Nord. Chez les Européens tous les médecins en ont vus. L’un de nos regrettés collègues de la Société d’anthropologie en était atteint. Elle se confond aisément avec le pityriasis versicolor qui est une affection parasitaire accidentelle et qu’on guérit.

Le vitiligo peut être très localisé et alors est héréditaire avec une grande ténacité. 11 y a des exemples célèbres d’une mèche blanche, solitaire au milieu delà tête, se léguant de génération en génération.

Le mélanisme est moins fréquent que l’albinisme. Sa forme partielle est la plus commune. Elle comprend surtout les èphélides ou taches de rousseur qui sont congénitales ou accidentelles, celles-ci résultant de l’exposition fréquente au soleil ou à l’air vif, ou étant dues aux progrès de l’âge ; et les nævi ou taches de naissance. Ces nævi, comme on le sait, sont des hypertrophies circonscrites de la peau sur un ou plusieurs points à la fois, dans lesquels l’élément vasculaire, l’élément pileux et l’élément pigmenteux sont isolément ou en même temps en jeu. L’un des exemples les plus frappants est celui qu’a donné Buffon. Alibert racontait qu’un Italien, séduit par le visage et les grâces d’une jeune femme, l’épousa, fut désagréablement surpris en voyant son corps presque entièrement couvert de taches noires et velues qui la faisaient ressembler à un chien barbet, et demanda le divorce, qu’il obtint, à la honte des juges.

Le mélanisme général, congénital ou spontané est rare. 11 se rencontre sur des individus isolés ou dans une même famille. La teinte est diffuse et répandue également; sur les parties découvertes et cachées, elle ne dépasse pas au maximum celle du mulâtre et n’a rien qui attire l’attention. Ses causes et son histoire sont peu connues. Quelques variétés accidentelles en sont au contraire classiques. Tels sont la maladie des vagabonds de Vogt produite par la misère et la malpropreté et le mélanisme qui accompagne le prurigo chronique du pediculus corporis : le grattage que provoque la démangeaison irrite la peau, et par contre accroît la secrétion du pigment. J’en ai donné un cas intéressant dans la Revue d'anthropologie (1).

Deux ou trois maladies générales, absolument accidentelles, se rattachent à la question présente et jettent quelque jour sur la physiologie de la sécrétion des matières colorantes.

La mélanémie est la première. Elle est connue depuis une trentaine d’années à peine, par les travaux de Meckel, Virchow et Frerichs entre autres. Elle survient habituellement dans le cours de l’intoxication paludéenne, à la suite surtout de fièvres pernicieuses. Les granulations noires se rencontrent par ordre de fréquence et d’intensité dans la rate, le foie, les ganglions lymphatiques, le cerveau, les reins ; elles circulent dans le sang et se retrouvent jusque dans les parois des vaisseaux. Au cerveau, la substance dite grise revêt une nuance ardoisée et la substance blanche,

1) P. Topinard, Du mélanisme accidentel , in Revue d’anthrop., 1878, p. 577.

LA COULEUR

MELANODERMIE.

une nuance grise; lamatière s’accumuledavantagele longdes capillaires. Lapeau a une teinte variant du cendré au jaune brun foncé, à la surface et dans toute son épaisseur, sans que le réseau de Malpighi renferme plus de granulations que d’habitude. C’est par cette coloration de la peau qu’on est mis sur la voie de la maladie ; le diagnostic se confirme par l’examen d’une gouttelette de sang dans lequel on découvre des granulations noires circulant.

Le peu de développement du pigment dans son siège habituel, opposé à sa présence partout où il y a des vaisseaux capillaires et du sang, est le fait à retenir. Les granulations sont noires, brunes ou rougeâtres, arrondies ou anguleuses, d'un volume variant de 3 à 12 millièmes de millimètre. Il dériverait de l’hématine des globules dont il serait un résidu expulsé (Bail).

La maladie d'Addison est tout autre, c’est essentiellement une mélanodermie ayant pour siège le réseau de Malpighi. Découverte par un médecin anglais il y a trente ans’à peine (1835), elle a passé longtemps pour une maladie des capsules surrénales; dans 279 cas de mélanodermie générale pathologique, 183 fois on a rencontré des lésions de ces organes. Les granulations noires se rencontrent en outre parfois çà et là, dans le péritoine, les ganglions mésentériques, la rate, les poumons, dans les capsules surrénales elles-mêmes, dans la membrane externe des veines (Recklinghausen) ; mais il est possible qu’il s’agisse d’une complication avec la mélanémie précédente. La peau et les muqueuses en sont le siège principal. Sur les muqueuses la coloration anormale se présente sous l’aspect de marbrures, de taches noirâtres comme on en voit chez beaucoup de nègres, chez les anthropoïdes et dans certaines races de chiens. A la peau elle est générale, continue, bronzée, d’autant plus foncée que la maladie est moins aiguë et plus avancée. La ligue de démarcation entre les deux couches de l’épiderme est plus accusée ; le supplément de pigment est cantonné dans la plus profonde; on ne l’a vu dépasser cette ligne et se répandre dans la couche cornée que dans deux ou trois cas. C’est bien, à ce degré, ce qu’on observe aux divers échelons de la nigritie ethnique, ou dans les mélanismes partiels . Les. causes delà maladie d’Addison sont obscures. La mélanodermie simple se rencontre dans le cours des cachexies de toutes sortes, dans la phthisie, les affections cancéreuses, les maladies du cœur.

Sous le nom de mélanose enfin, le professeur Piobin comprend toute coloration générale ou partielle d’ordre pathologique des cellules, tissus, surfaces ou tumeurs, produite par des substances métalliques ou charbonneuses venues du dehors, ou des dépôts de matières biliaires, de mélanose hématique ou de mélanose mélaïnique ou mélanique proprement dite. La mélanémie de tout à l’heure serait une variété de la mélanose hématique ; la mélanodermie d’Addison, une variété de la mélanose mélanique, de même du reste que les nævi et les éphélides (1).

(1) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Des anomalies de V organisation chez l'homme et les

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