CHAPITRE XI
les mêmes acquisitions se répéteront d’individu en individu, la race n’y gagne visiblement rien,iln’ya pas d’accumulation appréciable pour nous. Le fils, le petit-fils et tous les descendants continueront à ressembler en naissant à leurs ancêtres non soumis à ces influences. S’ils cessent d’être soumis auxdits milieux, la forme nouvelle du caractère paraissant acquise disparaîtra, les choses seront comme si rien ne s’était passé. Les taches de rousseur, le masque gagnés par les Anglais qui vont aux Indes, la chaude teinte bronzée prise par nos méridionaux en Algérie ou au Sénégal, ne se communiquent pas aux enfants. Lamélanémie, la mélanose mélanique, pas plus que le vitiligo des Yuracarès de d’Orbigny, ou l’albinisme des Beddas de Buffon ne se perpétuent dans la famille ; il n’en reste qu’une prédisposition qui finit par s’éteindre dans les conditions naturelles d’expérimentation que nous livre la réalité.
Les demoiselles créoles sont blanches et, faisant un voyage à Paris, ne se distinguent dans les salons que par une perfection de teint égale à tous. Les Brésiliens qui viennent habiter l’Europe ont, s’ils ne présentent aucun mélange avec l’élément indien, des enfants semblables aux Portugais de Lisbonne. Pinkard a connu aux Barbades une famille anglaise qui au bout de six générations avait conservé le teint de la mère patrie.
Les célèbres Juifs de la ville de Cochin, après mille ans de séjour dans l’Inde, ont individuellement la nuance que leurs ancêtres de Jérusalem possédaient, avec l’addition individuelle de pigment que le climat produit chez les races brunes de nos pays. Mais leurs filles sont absolument blanches, tant qu’elles se conservent à l’abri du grand air et du soleil (l).Les Parsee de Bombay, qui habitentl’Inde depuis mille ans aussi, ont le même teint que leurs ancêtres de la Perse. Les nègres transportés depuis trois siècles de la côte de Guinée aux Etats-Unis sont aussi foncés que ceux de leurs congénères qui n’ont pas quitté l’Afrique.
On a parlé des Felashas noirs de l’Abyssinie, des Juifsnoirsindigènes de l’intérieur, non loin de Cochin ! mais ce sont des juifs de religion et non de race, ce sont des convertis. La couleur de la peau et à plus forte raison celle des yeux et des cheveux est donc inaltérable dans ce qui en fait la caractéristique de la suite des familles qui constitue la race, et que j’ai appelé le pigment nécessaire. Elle est permanente tant que les croisements n’interviennent pas pour en détruire l’équilibre et introduire des éléments étrangers.
On cite habituellement en faveur de cette thèse un argument que l’on regarde comme décisif. Les Egyptiens, dit-on, ont représenté il y a quatre ou cinq mille ans, sur leurs monuments, des personnages de couleurs rouge, jaune, basanée, blanche, noire, asssociées à des cheveux laineux, ou à des yeux bleus, et à de longues chevelures comme celles des blonds, dont on retrouve des échantillons aujourd’hui encore, dans le
(1) Fabricius, ouvrage cité, p. 53. — Nott et Gliddon, Types of Mankind , p. 119. — Discussion à la Soc. d’anthrop. Bull. S. A., 1863, p. 139.