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CHAPITRE PREMIER

la fréquentation des autres nations. » Ce passage et les précédents sont extraits de la traduction des œuvres d’Hippocrate par Ch. Daremberg. Le même est ainsi libellé dans la traduction de Littré : « Mais aujourd’hui cela n’arrive plus comme autrefois, la coutume s’étant perdue par la négligence des hommes. »

Pour moi, cette dernière phrase d’Hippocrate ne contredit pas son opinion précédente d’une façon absolue, ainsi que l’a pensé Blumenbach ; cependant elle laisse un doute.

Hippocrate se trompe lorsqu’il dit que la coutume s’est perdue ; elle a persisté au contraire à travers les siècles dans le Caucase, où M. Smirnow et M. Chantre l’ont retrouvée à l’époque actuelle sur le vivant, semblable à celle que présentent les crânes anciens de l’époque du fer et du bronze recueillis en Crimée et au Caucase, et à celle que certaines migrations regardées comme cimmériennes ont transportée jusqu’en Occident. Les crânes déformés de la Crimée et ceux qu’on a rencontrés en Suisse, sur les bords du Rhin, dans le Jura, sont, en somme, ceux des Macrocéphales d’Hippocrate ou de leurs descendants.

A côté de cette grande doctrine de l’influence des milieux et de l’hérédité des caractères acquis dont nous voyons ainsi l’origine, il y a deux mille ans passés, se trouvent, dans le même livre Des airs, des eaux et des lieux , d’excellentes descriptions de peuples à signaler: celle des Phasiens qui, toujours adroite du levant d’été, bâtissent leurs habitations au milieu des eaux, à la façon sans doute des habitations lacustres anciennes de la Suisse; celle des Scythes nomades, qui complètent les descriptions d’Hérodote et confirment ce que nous en avons dit. Petits, trapus, gros, basanés, manquant de poils, les Scythes étaient bien des Mongols; c’est parmi eux que se trouvaient ces Enarées aux formes efféminées ( eunuchi , ad coïlum impotentes ), dont Broca a retracé l’histoire quelques mois avant sa mort (1).

Hippocrate, en somme, est le fondateur de la doctrine de l’influence des milieux dans la production des caractères physiques, physiologiques et pathologiques des hommes. Il est le précurseur de Buffon sur un autre ' point encore : sa notion de ressemblance entre eux des individus d’un même groupe, soumis à des conditions extérieures communes; personne n’a été plus affirmatif dans cette voie depuis; il ne lui a manqué que de prononcer le mot de race.

Aristote fut presque le contemporain d’Hérodote. Né à Stagyre, sur les confins de la Macédoine, il vécut de 384 à 322 avant notre ère, et fut le premier, peut-être le plus extraordinaire des encyclopédistes. La longue influence qu’il exerça est absolument légitime.

Sa conduite à l’aurore de la science ne saurait trop être notée. « L’expérience par les sens, dit-il, est la source première de toutes nos con-

(I) Broca, Bull. Soc. anth., 5 février 1879.

HISTORIQUE. — ARISTOTE

naissances ; il faut ajouter plus de foi aux phénomènes qu’aux principes rationnels; ceux-ci ne peuvent donner la même certitude que les faits sensibles. » Peu conséquent, il est vrai, il accepte que « la nature ne fait rien en vain », et il s’égare parfois dans la recherche des causes finales.

En histoire naturelle, la seule partie de ses immenses productions où nous ayons à le suivre, il écrivit trente- six livres dont vingt-cinq nous sont parvenus. Les huit plus importants comprennent son Histoire des animaux , etc., dans laquelle la zoologie est comprise dans son entier.

Aristote n’eut que de pâles précurseurs : Alcmæon de Grotone, vers 520 avant J.-C. ; Empédocle et Anaxagore vers 440; Démocrite vers 350. 11 semble avoir directement puisé dans le grand livre de la nature, grâce à la libéralité de son élève et ami Alexandre le Grand. Son œuvre diffère essentiellement de celles qui l’ont suivie. Buffon s’est attaché aux mœurs des animaux et à leurs fonctions, et en a tracé une série de tableaux charmants; Cuvier s’est préoccupé de la morphologie en vue de la classification ; Aristote considère l’animalité dans son ensemble et en indique les formes les plus frappantes, planant sur les faits et les effleurant tout à la fois, insistant sur les points de contact et ne perdant jamais de vue la synthèse.

Il part de l’homme et rapporte tout à l’homme comme étant l’animal le plus complet dans toutes ses parties, celui qui, à juste titre, nous intéresse davantage, et parce que, « de tous les animaux, c’est celui que nous connaissons le mieux ».

Cette dénomination d'animal , qui est le point de départ de l’anthropologie, sa pensée fondamentale, il la répète à satiété, naïvement, sans songer qu’on puisse émettre un doute à cet égard, et qu’un jour elle froisserait quelques-uns de ceux qui en sont l’objet. En plaçant ainsi, d’emblée et résolument, l’étude de l’homme sur son véritable terrain et n’en faisant pas une exception, Aristote était en avance de vingt siècles sur l’humanité.

Aristote a fait plus. Du premier coup, et parce que son cerveau sur ce point n’était pashion plus obscurci par les dogmes, il a reconnu et parfaitement précisé les caractères essentiels qui distinguent le premier des animaux du suivant, l’homme de la brute; son parallèle a été repris, augmenté, développé, mais on n’y a rien ajouté de saillant.

« Le cerveau de l’homme, dit-il, est beaucoup plus gros que celui des autres animaux proportionnellement à la masse du corps. » C’est le caractère anatomique fondamental que nous considérons aujourd’hui comme le seul creusant une apparence d’abîme entre l’homme et les animaux. « L’homme seul a deux pieds, avec les oiseaux. » C’est le second caractère anatomique admis de nos jours. Vingt autres caractères lui sont subordonnés, mais tous renfermés dans le mot de bipède. Continuons : « Un seul animal est capable de délibérer et de réfléchir, c’est l’homme. » C’est ce que, vingt siècles plus tard, Linné, cherchant un caractère distinctif absolu entre l’homme et la brute, a dit, ce que

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