CHAPITRE PREMIER
tous répètent en l’amplifiant. « Les quadrupèdes ont des voix différentes, mais aucun ne possède la faculté d’articuler, cette faculté est particulière à l’homme... Certaines perdrix disent tri, tri, d’autres cac, cac, mais ce ne sont ni des syllabes ni des sons articulés. » C’est la fameuse caractéristique moderne tirée du langage, celle qui, suivant les préhistoriens, établirait la ligne de démarcation entre l’homme vrai et son précurseur anthropomorphe.
Ces quatre caractères, deux anatomiques et deux physiologiques, résument tout ce que l’anthropologie moderne enseigne sur la distinction réelle entre l’homme et les animaux.
Ceux qu’Aristote indique à leur suite, çà et là, ont un moindre intérêt.
L’homme est le seul des animaux qui ait un visage, le seul dont l’oreille soit immobile, le seul dont la couleur des yeux varie considérablement d’un sujet à l’autre (ce qui, par parenthèse, prouve que les races étaient déjà mélangées dans les groupes sur lesquels observait Aristote), celui dont les yeux sont le plus rapprochés, le seul, à part quelques singes, qui ait des cils aux paupières, etc.
(( L’homme a le cœur placé plus à gauche qu’à droite, tandis que les autres animaux l’ont exactement au milieu de la poitrine ; » ce qui est vrai d’une manière générale, sauf chez les singes anthropoïdes qui par là sont semblables à l’homme. « Tous les animaux ont la poitrine étroite (resserrée d’un côté à l’autre), l’homme l’a large; » ce qui est exact sauf pour les anthropoïdes qui, par là encore, sont construits sur le modèle de l’homme, etc.
De l’homme, Aristote passe aux singes, aux quadrupèdes, aux amphibies, aux reptiles, aux oiseaux, aux poissons, aux mollusques, aux polypes et aux insectes, ne tentant aucune classification, mais posant les bases de celles que les naturalistes ont adoptées depuis avec une justesse parfaite (Cuvier). Partout perce l’idée de gradation : la nature ne fait pas de sauts. D’une part « le passage des êtres inanimés aux animaux se fait peu à peu, la continuité des gradations couvre les limites qui séparent ces deux classes d’êtres et soustrait à l’œil le point qui les divise. » De l’autre « il y a des animaux comme les singes, les cébes et les cynocéphales qui, par leur nature ambiguë, tiennent à la fois de l’homme et du quadrupède. » Dans son parallèle précédent entre les deux, ce groupe intermédiaire avait, en effet, été mis de côté; ici, reprenant les mêmes caractères, il les montre tenant à la fois de l’homme et du singe : « Les singes ont des pieds et des mains, mais les pieds peuvent leur servir de mains. » Une proposition, plus bas, est curieuse à noter : « Le bras du singe est court par comparaison avec l’avant-bras, la cuisse par comparaison avec la jambe. » Deux mille ans plus tard, White, reprenant cette proposition, en démontrait l’exactitude, et l’étendant aux nègres, établissait que sous ce rapport ils sont intermédiaires à l’homme blanc et aux singes.
HISTORIQUE