CHAPITRE XI
ses variations non moins remarquables chez les individus de toutes races, ses nombreuses anomalies pathologiques, sont défavorables à cette prétention. Il n’est pas de caractère qui se laisse si facilement modifier par les croisements; il n’a rien des allures de ce que nous avons appelé un caractère fort, qualification essentiellement applicable, au contraire, aux cheveux et au nez. Trois ou quatre types de couleur se dessinent nettement, je veux dire : se dessinent nettement dans l’esprit, c’est évident, mais entre eux se disposent une foule d’intermédiaires qui empêchent de découvrir la moindre démarcation entre eux. On répondra que c’est le sort de tous les caractères sans exception. Sans doute, mais aucun ne présente cetinconvénient àce degré. Entre les sortes de cheveux etles groupes de l’indice nasal il y avait des traces de saut. Ici, rien du tout. L’arbitraire est poussé à son comble ; tout est laissé à notre tact, à notre vision. Quelque satisfaisante que pût nous paraître notre nomenclature, il n’y était question que de types presque conventionnels; les expressions de rouge et de jaune que nous y avons introduites une fois, sans les faire suivre d’une épithète quelconque, étaient plutôt du rougeâtre ou du jaunâtre. La teinte cannelle que Morton donne aux Américains du Nord, d’une manière générale, la teinte cuivrée si souvent mentionnée dans les auteurs, la teinte écorce de citron desséché indiquée par Blumenbach, la teinte rhubarbe que Barth attribue aux Foulbes du Soudan, rentrent dans l’une ou l’autre de ces dénominations, on ne saurait dire de suite dans laquelle.
Si l’on s’en tenait à la considération de la couleur, il faudrait avouer que la légitimité des trois grandes divisions des races en blanche, jaune et noire et surtout de la quatrième, la rouge, serait assez suspecte. La division de Yirey, en blancs et noirs, s’impose cependant quoique dans la seconde soientconfondus des nègres et des noirs aux cheveux droits. Quant aux races jaunes, réunies ou non aux rouges, si nous sommes en droit de les maintenir, c’est grâce à l’indice nasal ou au cheveu, mais certainement pas à cause de leur couleur.
Cette teinte jaune n’avait pas frappé l’attention des premiers classificateurs. Les Chinois, Cochinchinois et Mongols étaient des blancs pour Bernier. Linné se sert, pour indiquer la couleur des races asiatiques, du mot fuscusy brun, dans sa seconde édition, et de celui de luridus , noirâtre, dans les suivantes. Buffon, qui rapporte les récits des voyageurs, emploie en Asie tour â tour les mots de rouge, blanc, jaune, gris cendré, brun mêlé de rouge, de blanc ou de jaune ; le mot de blanc revient aussi souvent sous sa plume que celui de jaune.
Lorsque j’examinai au Jardin d’acclimatation la première famille d’Esquimaux qui y vint, et que je voulus me rendre compte de leur véritable nuance fondamentale, fort obscurcie par les additions de pigment dues à l’action de l’air sur les parties exposées, je regardai l’avant-bras delà femme, je le trouvai « réellement blanc ». La personne qui était avec moi partageait la même opinion. Les choses ne changèrent d’aspect que lorsque