HISTORIQUE, — VÉSALE
d’hui, en donne l’explication. Mundinus conseillait pour étudier les tendons de faire dessécher le corps au soleil et de les examiner au bout de trois ans, et pour les nerfs de faire macérer le corps dans l’eau courante.
Le livre de Mundinus, malgré son insuffisance, rendit de grands services. Il répandit le goût des recherches anatomiques directes, resta le vade mecum de l’étudiant pendant deux siècles etpréparala brillante époque qui allait suivre. Galien cependant était toujours l’autorité suprême. En présence du cadavre, le doute finit pourtant par se produire : ce n’était pas ce qu’on avait sous les yeux. On expliqua d’abord les contradictions par les variations naturelles qu’on rencontre d’un sujet à l’autre; quelques-uns allèrent jusqu’à prétendre que le corps humainavait changé depuis Galien. Alors parut Yésale au seizième siècle, l’une des phases les plus critiques de l’histoire de l’humanité.
La fin du quinzième avait donné Gutenberg et Christophe Colomb ; le seizième fut celui de Léon X, de Luther et de Rabelais, le précurseur de Voltaire. Le monde civilisé s’éveillait; un souffle de rénovation se répandait, semblable à celui qui, plus tard, préluda à la Révolution française. La foi religieuse et la foi scientifique allaient traverser de rudes épreuves.
André vésale naquit à Bruxelles en 1513 et mourut en 1564. Professeur d’anatomie à Padoue, à Bologne, à Pise, et médecin de Maximilien d’Autriche, de Charles-Quint et de Philippe II, sa gloire est d’avoir secoué le joug qui pesait si lourdement sur la médecine, en démontrant que l’anatomie de Galien n’était exacte qu’à la condition de la suivre sur le cadavre du singe. On avait eu l’anatomie de Galien, l’anatomie de Mundinus, on eut l’anatomie de Vésale.
Le sort de l’anatomiste de Pergame fut celui de toutes les grandes figures de l’histoire qui, démesurément surfaites par les contemporains ou les successeurs, finissent par s’écrouler. Galien venu après l’école d’Alexandrie, répondit à un besoin, fut l’homme d’une époque, et pendant mille ans un demi-dieu. L’heure de la réaction vint, et la chute fut bruyante. Mais la reconnaissance de la postérité lui est acquise, il a marqué Tune des étapes du progrès.
Dans son grand ouvrage sur Yanatomie du corps humain , publié en 1543, Vésale dut refaire la science, fibre à fibre, le scalpel à la main. Un tableau célèbre le représente réfugié dans une chambre dont les volets sont fermés avec soin, un cadavre est devant lui sur lequel repose sa main. Voici la vérité sur cette histoire.
Un gentilhomme espagnol qu’il soignait étant mort d’une maladie mal connue, il obtint l’autorisation d’en faire l’autopsie. S’étant trop hâté, il toucha de la pointe de son scalpel le cœur qui, assure-t-on, se contracta. Accusé d’avoir disséqué un homme vivant, traîné par ses ennemis devant le saint tribunal de l’Inquisition, il allait être condamné lorsque Philippe II le sauva en obtenant qu’il fît un pèlerinage en Terre-Sainte. Au retour, il périt dans un naufrage.