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CHAPITRE PREMIER

La lutte entre les galénistes et les anti-galénistes fut ardente. Yésale, activement soutenu par son émule Eustachi et ses disciples Fallope et Colombo, fut violemment combattu par Sylvius. Le bruit s’en répandit au loin et attira en Italie de nombreux élèves qui à leur tour répandirent en Europe la connaissance de l’anatomie nouvelle, et imprimèrent à toutes les sciences collatérales une vive impulsion : ce furent Spiegel et Fabrice d’Aquapendente en Italie, Dulaurens à Montpellier, Marescot à Paris, Félix Plater et Gaspard Bauhin à Bâle, Fushs à Tubingen, Alberti en Saxe, Bontius et Paw en Hollande, Bartholin en Danemark, et plus tard Harvey en Angleterre. Le mouvement aboutit à la séparation des sciences en deux branches qui s’écartèrent peu à peu : les sciences médicales et les sciences naturelles, parmi lesquelles la zoologie dont nous devons à présent suivre le développement spécial.

Voyages du douzième au dix-lluitième siècle. — Qu’il s’agisse de l’homme, des animaux ou des plantes, le développement des sciences naturelles dépend des matériaux en plus ou moins grand nombre mis aux mains des travailleurs. Au commencement de ce siècle une Société pour l’étude de 1 homme naquit et mourut faute d’aliments pendant le blocus continental. La connaissance des voyages qui s’accomplirent du douzième au dix-huitième siècle et précédèrent le mouvement zoologique est donc indispensable. Nous ne nous y arrêterons que le temps nécessaire.

Le premier voyageur se rapportant à notre civilisation occidentale, dans la période où nous sommes, fut Marco Polo (1273 à 1295), un noble vénitien qui pénétra en Perse, franchit l’Himalaya, où il découvrit au nœud de l’Hindou Kho les populations blondes aujourd’hui connues sous le nom de Sia Poshs ou de Kaffirs, visita le Thibet, la Chine, les Indes, et fit à son retour des récits merveilleux des splendeurs qu’il avait rencontrées, qui excitèrent toutes les convoitises. Le commerce des mers était alors au pouvoir des républiques italiennes, des villes hanséatiques et des Portugais. Chacune de ces puissances voulut se frayer une voie vers les Indes.

On n’entrevoyait d’autre chemin par mer qu’en contournant l’Afrique. Jean de Bethencourt, gentilhomme français, parti de Granville, débuta en s’emparant des îles Canaries habitées par les Guanches (1402-1405). Les Portugais continuèrent en découvrant les Açores (1432), le Sénégal (1445), les côtes de Sierra Léone (1457), puis le cap de Bonne-Espérance (1486) avec Barthélemi Diaz, etCalicutsur la côte de Malabar (1498) avec Yasco de Gama. Pendant ce dernier temps, Christophe Colomb, de Gênes, reprenant une idée émise par Aristote, que la terre est ronde, et pensant que la route de l’Inde est plus courte par l’ouest, découvrit, pour le compte des Espagnols, les Antilles en Amérique (1492).

A partir de ce moment la fièvre s’empara de l’Europe, chacun voulut avoir sa part de gloire, de richesses et de territoires nouveaux. En moins

HISTORIQUE. — VOYAGEURS DU XIIe AU XVIIIe SIÈCLE. 21

d’un siècle, le Brésil était atteint par Cabrai et Pinson (1499), la pointe méridionale de l’Amérique doublée par Magellan (1519), le Mexique conquis par Fernand Cortès (1519 à 1547), le Pérou par Pizarre (1524 à 1541), le Canada par Jacques Cartier (1534), les îles Salomon, la Nouvelle-Guinée, les Nouvelles-Hébrides et les Marquises découvertes par Mendana etQuiros (1568 à 1614). On tombait de surprise en surprise : le Hottentot au teint couleur cuir vieux, l’Hindou au teint noir et anx cheveux droits, les Américains rouge brique, les Polynésiens cuivrés, les Mélanésiens aussi laids que les nègres d’Afrique, tout cela jetait les esprits dans une profonde stupéfaction.

L’émulation était égale sur terre comme sur mer. Sur mer se succédèrent le Hollandais Tasinan, qui a donné son nom à l’île ••Van-Diemen (1642 et 1644) ; les Anglais Dampier, qui le premier a dépeint les Australiens (1673 à 1711), Drake (1577 à 1580), Anson (1741), Byron (en 1742 et 1764) et Cook assassiné aux îles Sandwich (1769 à 1779) ; les Français Bougainville, dont la description poétique de Taïti ou de la Nouvelle- Cythère eut tant de retentissement (1766 à 1769), et Lapeyrouse (1785 à 1788), qui périt à l’île Yanikoro. Sur terre c’était Tavernier et Chardin en Perse (1670), Bosman à la côte de Guinée (1705), Golberry au Sénégal (1785 à 1787), Bruce en Abyssinie (1768 à 1772), Pallas en Sibérie (1768 à 1774), Shaw dans la Berbérie et l’Aurès (1736), Nieburh en Arabie (1770), Volney en Égypte et en Syrie (1783 à 1785), Kolbe et Levaillant à la colonie du Cap v!719 et 1790), Mongo-Park à Tombouctou (1795 à 1 797), etc.

La surface connue de la terre habitable triplait ou quadruplait d’étendue. Des séries entières d’animaux jusque-là ignorées surgissaient, tels que les Didelphes. Des races d’hommes, les plus différentes, apparaissaient plus sauvages que tout ce qu’on avait imaginé, comme les Australiens ; quelques-uns, des géants, comme les Patagons, d’autres presque des nains, comme les Boschimans. On tombait d’étonnement en étonnement. C’était un renouvellement complet des ressources de la science. Les naturalistes étaient pris de vertige. Mais les circonstances font naître les hommes, et ceux-ci ne firent pas défaut : ils se succédèrent nombreux, comme on va le voir.

Développement des sciences naturelles. — Les moines lettrés du moyen âge, en ramenant d’Occident les connaissances médicales, ramenèrent avec elles les sciences naturelles qui leur sont étroitement unies.

Du treizième au quatorzième siècle, dit Victor Carus (1), il ne se produisit aucun nom dans les sciences qui ne fût dominicain ou franciscain. De ce nombre furent Thomas de Gantimpré (1186 à 1263), Vincent de Beauvais (vers 1264) et Albert le Grand (1193 à 1280). La première traduction de Y Histoire des animaux , d’Aristote, fut, par

(1) Victor Carus, Histoire de la zoologie depuis l'antiquité jusqu'au dix-neuvième siècle , 1 vol. in-8, trad. franç. Paris, 1880.

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