‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 411 sur 980 · TAILLE. — SEXES · texte numérisé non relu

TAILLE. — SEXES

d’autres, mais cela me paraît superflu, je me borne à donner mes conclusions d’alors.

Cette différence moyenne, à l’âge adulte, est de 12 centimètres en nombres ronds; j’étais arrivé à 121mm,3. On se souvient que, vers 14 à 15 ans, chez les enfants de Boston, la taille était égale à peu près dans les deux sexes ; passé 16 ans, la femme avait perdu 8 centimètres par rapport à l’homme, dont la croissance est la plus vigoureuse à ce moment ; à 18 ans, son déficit était déjà de 11 centimètres et demi. Il semble, donc que, de 18 ans au terme de son développement, la femme ne croisse plus sensiblement; ce qui devient un argument majeur en faveur de la nécessité de surveiller d’autant plus le travail des filles dans la période antérieure, spécialement de 11 à 14 ans (voir le tableau, page 420).

Mais cette évolution, cette différence sexuelle définitive est-elle la même dans toutes les races, ou, ce qui est plus facile à dire, dans les races de taille très opposée? D’Orbigny et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ont soutenu que les sexes étaient plus semblables sous ce rapport dans les grandes que dans les petites; Tenon auparavant avait avancé l’inverse. Ma conclusion est d’accord avec celle de Tenon : dans mes 73 séries doubles la différence absolue était de 13mm, 7 chez les premières et de 7 millimètres seulement chez les petites, en moyenne. Je me horne à citer parmi celles-ci les Boshimans mesurés par M. Fritsh, où la différence sexuelle est de 4 millimètres en plus, au contraire, chez la femme, les Esquimaux de la presqu’île de Melville mesurés par Parry dont le surplus chez l’homme n’est que de 27 millimètres, et ceux de Hogarth-Sound dont le surplus est de 56 millimètres. Il est vrai que les Boshimans et les Esquimaux, étant plus petits, la différence doit forcément être plus faible que chez les Peaux-Rouges ou les Samoa. Mais même en tenant compte de la proportion, la doctrine de Tenon reste juste. Nous extrayons de notre travail de 1876 le petit tableau ci-après dans lequel la taille de l’homme étant prise pour 100 et le rapport proportionnel de celle de la femme établi, la différence en moins chez celle-ci est indiquée dans 46 séries doubles rassemblées par moi, et 73 en y ajoutant celles de d’Orbigny portant sur l’Amérique du Sud.

Différences sexuelles 'proportionnelles.

73 séries.

46 séries.

Au-dessus de lm,70 .

De 1“,70 à lm,65 .

Au-dessous de 1 m ,50 .

Moyenne .

C’est donc 7 pour 100 de la taille ou 12 centimètres en nombre rond qu’il faut ajouter, en règle générale, à la taille de la femme pour la rendre comparable à celle de l’homme.

Parmi les statistiques que nous aurions à ajouter à celle de notre Etude serait celle de M. Mondière reproduite page 432 sur les Annamites. Les nombres y sont considérables, et les âges distingués avec soin. La différence sexuelle après 25 ans y est de lmm, 7. La race annamite étant petite (hommes 1,589), c’est bien â peu près le chiffre voulu par rapport à la différence moyenne de 12 millimètres.

Je me laisse aller cependant à reproduire deux intéressantes séries de tailles très opposées, en mettant en présence les deux sexes. L’une est la double série du major Pitt Rivers sur les indigènes de Flamborough, les plus grands en Angleterre (je ne dis pas en Grande-Bretagne), et l’autre celle de M. Mantegazza sur les Lapons:

Anglais de Flamborough.

Lapons .

Hommes.

Femmes.

Ages.

Mov.

Ages.

Moy.

Di fier

Quoique ces séries renferment des âges très écartés et se présentent dans les conditions défectueuses où les voyageurs les apportent habituellement à l’anthropologiste, les différences sexuelles y sont conformes à la règle. Cette différence est presque double chez les Anglais beaucoup plus grands.

L’enseignement essentiel qui ressort de ces aperçus, c’est que de même qu’on ne doit pas réunir certains âges, on ne doit pas réunir les deux sexes dans une même moyenne de taille. Si le nombre des cas de chaque sexe est exactement le même, il n’y a pas d’inconvénients; mais, dans le cas contraire, l’équilibre est détruit en faveur de la taille du groupe prédominant. Les exemples suivants de dix sujets se mélangeant dans les trois conditions qui se présentent en sont la preuve :

Moyennes diverses .

10 cas (3 F. de lm,50 + 7 H. de lm,65 chaque) = 1.605

J’ai à peine besoin de dire qu’il résulte de la différence de taille et je pourrais ajouter de poids et de volume, toutes choses égales, entre les sexes, qu’une partie quelconque du corps ou du squelette, une dimension ou une mesure brute, n’a pas la même valeur chez l’homme et chez la femme. La longueur absolue du bras ou de la cuisse, la grosseur de la tête, l’amplitude du thorax, le volume du foie, le poids du cerveau, les dimensions de l’œil même si elles sont appréciables, ne sont pas identiques chez les deux. Ces mêmes dimensions par rapport à la taille respective de chacun, sont au contraire en principe les mêmes, en tout cas comparables et leurs différences réelles faciles alors à constater.

TAILLE

NOMENCLATURE

Ces différences sont l’un des problèmes à se poser à propos presque de chacun des organes, de chacune des proportions du corps. Dans cette recherche il y a deux procédés : l’un où l’on prend la taille de part et d’autre, comme 100 ou 1000, et établit le rapport centésimal de la dimension ou du poids étudié sans plus s’inquiéter de leurs sexes différents ; l’autre où la mesure elle-même est prise pour 100 ou 1000 chez l’homme, et celle de la femme, rapportée à elle. Faute d’avoir suivi l’un ou l’autre, un membre est venu soutenir à la Société d’anthropologie, il y a une dizaine d’années, que la femme avait le bassin plus étroit que l’homme ; il n’avait vu que les dimensions absolues.

Page 1