TAILLE EN OCÉANIE
constatée il y a cinquante ans par Garnot, Lesson et Wilkes, est très élevée (lra,8l), tandis que celle déterminée depuis par A. S. Thomson est moindre (lm,69), comme si l’élément véritablement polynésien avait diminué et qu’un autre, se ressentant du voisinage de l’île de Van Diemen, ait pris le dessus (1), Au nord, dans les îles Sandwich, la taille se maintient élevée, mais en se portant vers l’ouest par les Mariannes et les Garolines (tm,65, Ruk), elle s’abaisse, se ressentant très manifestement des approches de l’Asie et de la Malaisie.
Dans la longue suite d’îles et de continents qui s’éparpillent de la Tasmanie aux confins nord de la Malaisie, entre l’aire polynésienne et l’Asie, les moyennes de taille s’abaissent effectivement d’une manière générale, sauf sur les points où ça et là s’infiltre l’élément polynésien. Au midi, en Mélanésie, autour de l’Australie, les tailles se succèdent comme il suit: Tout en bas, aujourd’hui disparus , les Tasmaniens, au-dessous de la moyenne, à lm,62 (Robinson); à l’est, les Néo-Calédoniens, dont la taille relevée par le croisement avec les Polynésiens à portée, est au-dessus de la moyenne, à lm,67 ; faisant suite à la Nouvelle-Calédonie, dans la suite d’archipels qui rejoignent la Nouvelle-Guinée, les Mélanésiens par excellence ou Papous, avec les moyennes de lm,56 à lm,62 (Yanikoro, Nouvelle-Irlande, Amirauté, etc.); les Papous eux-mêmes de la Nouvelle-Guinée, avec des moyennes de lm,52 à lm,58 (Comrie, Meyer, etc.).
En Australie, où le nègre disparaît, c’est-à-dire les cheveux laineux, la taille est extrêmement variée et atteste mieux que tout autre caractère la présence de deux races antérieures presque fondues aujourd’hui. L’une, dont les deux tribus de Port-Jackson, lors du voyage de Freycinet, étaient de bons échantillons, est de petite taille (lm,57 àlm,60); l’autre, dispersée dans le nord-est et dans l’intérieur, est de haute taille (lm,71 à lm,73), et s’élève chez quelques individus à lm,87, lm,90 et 2m,13. Elle laisse soupçonner que les Polynésiens ou quelques-uns de leurs congénères ont pu contribuer dans la nuit des temps à la formation de cette race. Pour la deuxième édition de mon Anthropologie j’avais rassemblé un à un quarante-quatre cas de tailles d’Australiens. Depuis lors, de nouveaux documents se sont produits. Je les reproduis en ajoutant deux des séries de mon Étude sur la taille (2).
Les Australiens, en laissant de côté quelques tribus particulières reproduisant sans doute plus particulièrement des types passés, se rapprochent donc en moyenne de la taille médiane (lm,65), c’est-à-dire qu’ils sont intermédiaires entre leurs voisins les Tasmaniens et les Néo- Calédoniens.
(1) Tout récemment cependant, sur 150 Polynésiens des îles Marquises,, M. Clavel a obtenu une moyenne de 1,751 très voisine de celle de 1,76 déduite dans la deuxième édition de mon Anthropologie d’une quinzaine de moyennes que j’avais en main.
(2) Parmi les enclaves se rapportant à l’influence polynésienne on peut citer la taille de lm,727 trouvée en Nouvelle-Guinée par Alberti.
Taille des Australiens {hommes).
58 Australiens de Victoria (Brougham Smith) . 1.G77
50 — delà province occidentale (St-G. Ord.) . . 1.657
40 — de la Nouvelle-Galles du Sud (Cauvin).... 1.630
44 — divers Nord et intérieur surtout . 1.714
10 Port du roi Georges (St-G. Ord.) . . . 1.606
Deux tribus de Port Jackson (Lesson) . 1.575
En Malaisie de nouvelles races se présentent, mais petites : au nord, par Formose, la race chinoise; au midi, par la presqu’île de Malacca, la race malaise, descendue, dit-on, du massif montagneux entre le Thibet et le Yunnan par les fleuves de l’Indo-Chine et dispersée sur toutes les côtes de cette partie du monde à laquelle on a donné son nom; au centre de toutes ces îles deux races, les Alfourous aux cheveux droits et les Négritos aux cheveux laineux. Les plus grands, relativement, sont les Chinois et leurs congénères. Puis viennent les Malais dont les plus authentiques vont dans les moyennes de im,56 à lm,60 et qui s’élèvent chez les Javanais, les Timoriens, les Bugis jusqu’à lm,65. Les plus petits sont les Négritos dont les moyennes varient de lm,44 à lrn,52.
La considération de la taille est donc en opposition avec la doctrine qui fait dériver les Polynésiens des Malais, parce qu’ils parlent des langues dérivées et que les traditions font venir en Polynésie un élément civilisateur, dont le point de départ appréciable fut l’île de Bourou à l’angle sud-est de la Malaisie, quelques siècles après notre ère. Ces traditions prétendent que les îles de la Polynésie étaient désertes lorsque l’élément actuel y vint. C’est la thèse de tous les dominateurs : l’Armorique était dénuée d’habitants lorsque les Bretons y abordèrent, la terre n’était pas habitée lorsque commence le peuple juif. Une poignée d’hommes suffit pour faire naître la vie, des traditions, une histoire, une religion, une langue nouvelle dans un pays très habité, mais où jusque-là tout était silence... pour nous, la postérité. Par les caractères tirés de la taille, soutenus par d’autres, un abîme sépare la race malaise de la race polynésienne, tandis que celle-ci se confond par là avec l’une des races américaines.
En Amérique, en effet, par la taille seule on distingue deux races principales très opposées, sinon trois en comptant les Esquimaux.
Partout on les retrouve par groupes séparés et entremêlés à la façon d’une mosaïque, comme en Patagonie, sur les rives de l’Amazone, au Mexique, dans les îles Vancoover, de la Princesse-Charlotte ; ou croisés, donnant lieu à des intermédiaires. La grande race varierait dans les moyennes de lm,85, comme nous l’avons vu, à lm,70 (33 Chippeways, Oliver); les 517 Iroquois des statistiques américaines ont lm,73. La petite, de lm,52 chez les Pueblos du Mexique (Bankroft) ; lm,59 chez les Galibis de la Guyane (Maurel); lm,60 chez les Aymaras (Forbes) ; lm,61 chez certaines tribus de l’île Vancoover (Wilson); lm,62 chez les Botocudos
TAILLE EN ASIE
(d’Orbigny); lm,64 chez les Apaches du Mexique et les Californiens du Sud (Bankroft), elc. Quel lien peut-il y avoir entre celle petite race et celle des Esquimaux relégués dans leurs glaces du pôle Nord, nous l’ignorons; constatons seulement que, croisés avec le Peau-Rouge, ils ont une taille moyenne qui croît de l’Est à l’Ouest, de lm,50 environ à im,70 (Beecliey).
L’étude de la taille ne permet donc pas d’accepter la théorie de la migration des races américaines d’Asie en Amérique; elle n’admet la migration que d’une seule, la petite. D’une manière générale, en effet, les tailles sont petites en Asie, non pas comme les Négritos ou les Boshimans, mais au-dessous de la moyenne, à part quelques exceptions très clairsemées.
L’Asie se partage au point de vue anthropologique en quatre régions. L’une tenant à l’Europe par l’Asie Mineure, le Caucase, la Perse et venant se perdre dans les ïndes au delà du Pendjab ; l’autre allant de la Sibérie à l'Indo-Ghine d’où elle envoie une poussée à l’est dans l’Hindoustan; une troisième intermédiaire comprenant le Turkestan, et les versants nord et ouest du Pamir; une quatrième qui répond à la moitié méridionale des Indes ou Dekkan. La taille est petite, vers 1 m , 6 0 d’une manière générale dans la première sauf au centre où, au Japon et en Chine^ elle s’élève. Elle est également petite dans la quatrième. Elle s’élève au-dessus de la moyenne dans les deux autres, mais sans pouvoir arriver aux hautes tailles.
Le chiffre le plus faible de l’Asie est celui des Qrotchys du bassin de l’Amour que Lapeyrouse rencontra d’un côté du détroit de Tarrakaï, lm,38, tandis qu’en face, dans l’île Saghalien, les habitants avaient lm,67. En Sibérie, les renseignements laissent à désirer ; au lieu de chiffres, on parle le plus souvent de tailles moyennes, hautes, petites. Sachant combien chaque voyageur varie d’appréciation à ce sujet, suivant le milieu dans lequel il a vécu et vit, dès qu’il ne s’astreint pas à une règle, nous ne pouvons nous arrêter à cette source de renseignements. A l’ouest de la Sibérie, 17 Samoyèdes mesurés par M. Zograff ont lm,595 et 95 Ostiakes lm,56. A l’est, 12 Ghiliaks du sexe masculin ont lm;62, et 8 femmes lm,50 (Seeland).
Au Japon, trois races pour le moins concourent à former la population actuelle ; les deux plus connues sont les Japonais et les Aïnos. La taille des premiers est de tm,57 suivant M. Junke; de lm,66 suivant M. Mohnike et de lm ,598 suivant Mad. Ayrton. Ce dernier chiffre porte sur 135 hommes au-dessus de 20 ans et ne saurait guère varier.
Les moyennes des Aïnos sont très contradictoires ; celle de M. Anoutchine est de lm,40, celle deM. Saint-John de lm,60, tandis que M. Duchateau assure qu’ils sont grands. M. Rosny explique ces dissidences en admettant deux types, l’un de lm,60, l’autre pouvant atteindre lm,72. Ce dernier, s’il existe réellement, n’a d’analogue dans cette région que dans la direction de la Polynésie. Le chiffre de M. Anoutchine n’est pas admissible d’autre part: il dit lm,40 au-dessous de la moyenne, or lm,40, loin d’être synonyme