CHAPITRE XIV
C’est un peu vrai. Mais ces matériaux roulant sur des chiffres considérables, les erreurs se corrigent les unes les autres et, avec de la méthode, on en tire un excellent parti. Trois procédés principalement sont employés à cet effet :
Le premier est emprunté à la moyenne ou à la médiane générale de tout le contingent, après soustraction des exemptés pour taille au-dessous de lm,56. Dans ces conditions, la moyenne est sans valeur, puisque les petites tailles ont disparu; mais la médiane la remplace. On se souvient que les deux se confondent sensiblement, et que, sauf pour certaines études spéciales, il y a peu d’inconvénient à les prendre l’une pour l’autre.
Or, dans la liste par années, de 1836 à 1865, publiée par Broca, cette médiane, qu’il appelle la taille probable, varie de 1647mm,6 à 1650mm,6 et pour les 29 années, sur un total de plus de 2,000,000 d’hommes, est de 1649miu. Ce qui est bien voisin de la moyenne de 1644mm, donnée deux années de suite, en 1880 et en 1881, par le contingent pris à part de la Ville de Paris. La différence entre Paris et la France entière, dans laquelle dominent les campagnes, n’est pas assez grande, entre parenthèse, pour qu’on puisse y voir la preuve d’un abaissement de la taille dans les villes. On se souvient que, dans les statistiques américaines de Baxter et de Gould, il reste à 21 ans encore 12 millimètres pour atteindre le terme de la croissance, et que ce terme est un peu moins reculé dans les races européennes que dans les races américaines. Il suffit donc, d’une manière générale, d’ajouter en nombre rond 1 centimètre à la taille ci-dessus de 20 à 21 ans environ (voir page 429) pour avoir la taille définitive. Ce qui donne I659mm.
Ainsi moins de lm,65 à 20 ans et sensiblement lm,66 à 30 ans, telle serait la stature moyenne des Français.
Le second procédé concerne encore la méthode de la mise en série, et en montre l’une des plus belles applications. L’administration dispose ou disposait, dans ses registres, les tailles par groupes, de 27 en 27 millimètres (le pouce de l’ancien régime), les centres de ces divisions se succédant comme il suit dans celles du milieu : IA 583, lm,611, lm,638, lm,671, im,692, lm,719, etc. C’étaient de véritables sériations que Boudin publia en i 863 , pour les 86 départements. Elles jettent un premier jour sur la répartition des races d’après la taille, en France, par l’emplacement du maximum dans chacune des séries départementales, et la pré-
nistrative des tailles répondant à chaque arme et de l’autre la proportion qu’elles ont donnée pour 100 conscrits en 1861-64.
Infanterie. , Chasseurs.
Dragons . . , Cuirassiers.
Carabiniers
Taille
1.560 à 1.678 1.679 1.705 1.706 1.732 1.733 1.760 1.761 à plus.
Proportion pour 100 conscrits.
TAILLE EN FRANGE
sence quelquefois plus loin du second maximum, donné par M. Lagneau comme indiquant à côté de la race principale une autre race, non fusionnée encore et différente par la taille (1).
Les deux maximum ou sommets, dirions-nous avec une courbe graphique, se sont présentés 21 fois dans toute la France: 13 fois franchement, et 8 fois peu accentués. Ces 13 cas sont l’Ain, l’Aisne, les Ardennes, l’Auhe, la Haute-Saône, le Jura; le Calvados, Eure-et-Loir, la Loire-Inférieure, et surtout le Doubs, l’Oise et le Nord. Ces deux maximum sont à lm,638 et à lm,692. Aucun de ces départements à deux maximum ne se rencontre dans la zone que Broca a appelée celtique, et les 13 cités sont de la zone kymrique. On en doit conclure que l’unité de race est plus grande dans la zone celtique, c’est-à-dire dans les départements du centre que dans la zone kymri, c’est-à-dire dans les départements du Nord et de l’Est. Le Celte, dans ces derniers, résiste encore à l’absorption par le Kymri (notre Gaulois conquérant de tout à l’heure). C’est dans le Doubs, l’Oise et le Nord que l’élément grand se détache le mieux ; la fusion en sa faveur est rare, on ne peut guère citer que Seine-et-Marne. Dans la Seine à côté, la fusion est faite aussi, mais en faveur de l’élément celtique (en 1836-40). Dans 34 départements, en comprenant la Seine, il n’y a qu’un maximum appartenant en majorité au Celte.
La statistique ne permet pas de distinguer jusqu’ici les tailles petites du pays aquitain, exhaussées par le mélange avec les conquérants de hautes taille, qui passaient occasionnellement de France en Espagne par la passe de Saint-Sébastien, des tailles naturellement un peu plus élevées de la Celtique de César. Mais, parmi ceux que dégagent les listes de Boudin, s’en remarque un dans lequel on ne peut songer à cet élément aquitain ou ibère, et qui me paraît désigner le département qu’il convient de considérer comme le plus celtique de l’ancienne France. Ce sont les Hautes-Alpes, dont le maximum unique est à 1 m , 6 1 1 . Je renvoie à ma discussion sur ce sujet avec M. Lagneau, à la Société d’anthropologie en 1880, séance du 8 janvier, p. 33 et 46»
Le troisième procédé consiste à écarter les hautes tailles au-dessus ou les petites au-dessous d’un certain chiffre, et à en établir la proportion au total du contingent ou des examinés. Ce dernier terme demande quelques explications. Toutes les années, avant le dernier empire, l’administration demandait tant d’hommes ayant accompli leur vingtième année, soit 100,000 hommes. Une année, 300,000, je suppose, atteignent l’âge exigé; dans le nombre, les uns déjà ont contracté des engagements avec l’Etat, et font partie soit de la marine (inscription maritime), soit de l’armée, les autres sont dans le cas d’exemption légale, tels que les fils aînés de veuve, les aînés de plusieurs orphelins, les employés de l’instruction publique et du culte. Le reste, mettons 200,000 hommes, passe
(1) Voir p. 238.
Topinard. — Anthropologie.