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CHAPITRE XIV

tition des races de la France. On pourra en construire d’autres plus tard, mais celle-ci, portant sur une période antérieure à la phase des migrations et des mélanges que nous traversons et qui affaiblira ou effacera toutes les distinctions entre départements, restera toujours la base d’opération de toutes recherches anthropologiques sur notre pays.

Dès l’abord on y remarque que les départements blancs et rouges ayant peu de petites tailles se concentrent au nord et au nord-est, et que les départements sombres ou bleus fournissant beaucoup de petites tailles sont au centre; puis que la zone des premières est séparée delà seconde, en négligeant les départements de teinte neutre, par une ligne qui part de Saint-Malo, se porte vers Orléans, remonte la Loire et, franchissant la Drôme, se continue dans les Hautes et Basses-Alpes. Dans la première zone ou des hautes tailles, quatre départements portant les nos 1, 3, 2 et 4 répondant à la Bourgogne forment un groupe particulier au premier rang. Au deuxième rang se voit un groupe allant du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Oise vers les Ardennes en franchissant l’Aisne pour se continuer avec la Moselle et le Bas-Rhin ; il répond à la race belge de César. Enfin en basse Normandie, mais déjà de taille moindre, apparaît un troisième groupe formé par le Calvados, l’Eure et l’Orne. Les autres départements dans la même zone sont des intermédiaires avec les précédents.

Passant aux départements foncés, le plus grand nombre de petites tailles s’observent suivant une ligne qui part de la Dordogne et de la Charente, rejoint les Alpes comme il a été dit et ne se dément un peu que dans la Haute-Loire et la Drôme ; c’est la citadelle centrale actuelle de la race celtique. Tout autour la taille reste petite, quoique relevée par des causes diverses. Au sud, par l’intermédiaire du Lot et du Tarn, elle s’appuie sur les Pyrénées le long desquelles apparaît cependant un certain exhaussement dont nous donnerons tout à l’heure les motifs. Enfin, loin au nordouest, dans deux des départements bretons, est un groupe de petites tailles coupées de la masse principale.

De fréquentes interruptions dans la continuité des chiffres ou atténuations dans un sens ou un autre se produisent, bien entendu. Avec quelque attention on en trouve généralement la cause. Ainsi trois bandes principales se dessinent, qui élèvent la taille des départements par lesquels elles passent : l’une, partant du Pas-de-Calais, traverse le groupe normand que nous avons fait remarquer, élève la taille dans les départements de la Sartbe, de la Mayenne et dTlle-et-Vilaine, qui sans cela eussent relié le massif central de la France à celui de la Bretagne, descend par les Deux-Sèvres et la Charente-Inférieure pour atteindre le cours de la Garonne, sépare les Landes du massif central et vient se perdre aux abords de la passe de Saint-Sébastien pour pénétrer en Espagne. C’est la voie qu’ont suivie les émigrants et conquérants de haute taille et blonds qui, par l’Espagne, prenaient la direction de la Berbérie. La seconde bande partant de la Champagne passe par l’Yonne et Saône-et-Loire, par les

TAILLE EN FRANGE

plaines basses de l’Ain et suit la vallée du Rhône dans la direction de la province romaine. C’est la trace du va-et-vient qui se produisait entre les Gaulois de la haute Italie et ceux de la Gaule septentrionale. La bande irrégulière qui du Yar s’étend par la province romaine vers l’est et coupe les communications du massif central avec les Pyrénées, est due dans sa première partie aux mêmes Gaulois allant d’Italie en Gaule et dans sa seconde par le va-et-vient du quatrième siècle avant notre ère entre les Yolkes Arécomikes de Nîmes et les Yolkes Tectosages de Toulouse, qui étaient un peuple belge, auquel Broca rapporte la coutume qui s’est perpétuée dans ces pays de se déformer le crâne par la coiffure.

A la suite de ces aperçus généraux il y aurait à examiner les causes historiques spéciales et topographiques qui ça et là produisent des apparentes contradictions. Dans les Hautes-Pyrénées par exemple, nous verrions l’influence locale de la race aquitaine de César ou basque, dont la taille est plus petite encore que celle des Celtes, mais qui y a été altérée par les nombreux blonds de haute taille qui tourbillonnaient dans la région avant de s’épancher en Espagne. L’action des cours d’eau qui favorisent les migrations, d’une chaîne de montagnes qui les arrête, d’un éperon ou contrefort qui les éparpille, serait aussi à étudier sans parler des effets accidentels d’un marais ou d’une forêt.

En réalité, c’est la carte de France non par départements, mais par cantons qu’il faudrait. Broca réunissait des matériaux pour la construire, il n’avait encore publié que celle des trois départements extrêmes de la Bretagne. Elle porte sur la période de 1830 à 1869. On y voit les petites tailles concentrées au centre de la presqu’île auprès des montagnes d’Arrhée et des montagnes Noires. Autour, particulièrement à l’est et au sud-ouest, sont des tailles intermédiaires ; au delà, le long du littoral, çà et là, dans l’île d’Ouessant, danslestroiscantons qui forment la pointe deBrest, à Concarneau, au sud-est de Lorient, à Saint-Paul de Léon, dans les Côtes-du-Nord de Tréguier à Saint-Malo, sont les hautes tailles.

Depuis Broca, dans la Revue d anthropologie de 1881, ce travail a été repris pour la période de 1874-78, pour le département du Finistère par le Dr Amédée Chassagne. Il en diffère toutefois par deux points : la taille minimum réglementaire dans cette période était abaissée à lm, 54 ; le nombre des conscrits révisés auquel est rapporté celui des exemptés pour défaut de taille, comprend les inscrits antérieurement au service maritime qu’il considère avec raison comme ayant la taille réglementaire. Cette carte que nous donnons ci-après confirme dans sa généralité celle de Broca (fig. 52).

Il paraît que dans ce département, contrairement à ce qui se faisait auparavant, les exemptés pour défaut de taille étaient mesurés aussi bien que ceux acceptés. M. Chassagne en a profité pour dresser une seconde carte par cantons, cette fois avec la taille moyenne. Elle est d’accord dans ses traits généraux avec la précédente, le système par la proportion des

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