CHAPITRE PREMIER
des ordres, et surtout de deux termes inférieurs de la série hiérarchique, le genre et l’espèce.
A cet effet, Linné imagina deux noms en latin afin que les naturalistes de tous les pays pussent les accepter, comparables au double nom que chacun de nous possède, l’un l’analogue de notre nom de famille répondant au genre, l’autre celui de notre nom patronymique répondant à l’espèce. Le blé ordinaire, par exemple, porte le double nom de triticum sativum , blé cultivé, pomme il eût dit de lui-même Linné Charles. Telle est la nomenclature biliaire qui fut immédiatement acceptée par tous et s’est perpétuée jusqu’à nous.
Par là, Linné a rendu un service incalculable. Sans ce classement propre à faciliter les recherches, sans ces dénominations précises, l’histoire naturelle était menacée de s’enrayer par excès de richesses. Les espèces se comptaient déjà par centaines de mille, dit Isidore Geoffroy- Saint-Hilaire.
Ces explications étaient nécessaires. Elles font comprendre toute l’injustice des attaques qu’eut à subir la méthode de classification dont Linné est resté le représentant, par les savants les plus considérables de son propre temps.
On objecta, entre autres, à cette classification de n’être qu’un range ment d’objets de la façon la plus commode, de même que dans une biblitbèque on classe les livres d’après leur format, leur reliure, leur couleur, et non d’après les idées générales qu’ils renferment. Il y a quelque chose de fondé dans cet argument. Mais Linné ne le récusait pas, il savait fort bien que sa classification n’était qu’un premier essai, modifiable, perfectible, et que les relations de parenté, réelles entre les espèces, sont l’objectif ultime de toutes les classifications. Tout en choisissant les caractères les plus appropriés pour permettre des divisions dichotomiques, il ne perdait pas de vue ces relations, et s’efforçait d’obéir à leurs indications. Il était si bien partisan d’un autre genre plus avancé de classification, que le premier il publia dans ses Fragmenta methodi naturalis un travail sur la manière de classer d’une façon naturelle les végétaux. Son seul tort peutêtre est d’avoir appelé son rangement une classification. Ce n’est en effet qu’un catalogue, mais raisonné et approchant le plus près possible alors d’une classification par parenté, sans perdre de vue l’indication immédiate et urgente à remplir: faciliter l’étude.
Si Linné a été attaqué pour sa classification, il l’a été bien davantage pour y avoir donné place à l’homme, et avoir ainsi repris l’idée d’Aristote et de Galien au point où le christianisme l’avait laissée.
Cette classification est ainsi conçue pour la partie qui nous intéresse : Dans les neuf premières éditions du Systema naturæ, les animaux se partagent en six classes, les quadrupèdes formant la première et se répartissant en cinq ordres, le premier constitué par les anthropomorphes. Dans la dixième, le mot de quadrupèdes est remplacé par celui de mam-
HISTORIQUE