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CHAPITRE PREMIER

moins pileux que l’homme, se tiennent verticalement, vont sur deux pieds, et rappellent l’espèce humaine par leurs pieds et leurs mains, au point que les voyageurs moins éclairés les prennent pour une sorte d’homme... Mais il y a chez l’homme quelque chose qu’on ne voit pas, d’où résulte la connaissance de nous-même et qui est la raison. La Providence a donné à chaque animal un moyen d’attaque ou de défense ; à l’homme nu, dépourvu de toute protection et n’ayant que deux pieds pour se soutenir, elle a fait don d’une seule propriété : la raison (1). » Par là elle a fait un saut immense en sa faveur.

« Lorsque nous soumettons, dit-il enfin, le corps humain au scalpel de l’anatomiste afin de trouver dans la structure de ses organes internes quelque chose qui ne se rencontre pas dans les autres animaux , nous sommes obligés de reconnaître la vanité de nos recherches. 11 faut donc nécessairement rapporter notre prérogative à quelque chose d’absolument immatériel que le Créateur n’a donné qu’à l’homme, et qui est l’âme (2). »

D'où le nom d 'homo sapiens qu’il lui donne par opposition à Yhomo sylvestris ou singe troglodyte. Dans ses premières éditions, Linné à la suite de l’homme se bornait en guise de description à ajouter : Nosce te ipsum. Dans la dixième, cette description existe et même assez longue et curieuse. Elle est suivie d’une description parallèle non moins curieuse de son troglodyte qu’il confond avec l’orang.

Les divisions de Yhomo sapiens de Linné sont au nombre de six, mais se réduisent en réalité à quatre. Deux correspondent en effet à l 'homme paradoxal des éditions antérieures, qu’il mettait hors cadre : le férus, dans lequel sont compris ces hommes ou femmes rencontrés parfois, de son temps, dans les forêts où ils vivaient à la façon des bêtes sauvages, et le monstruosus qui concernait les anomalies de tous genres: les nains et géants, les hommes à tête difforme artificiellement, les monorchides, etc.

Ces quatre divisions sont : l’Européen , l’Américain, l’Asiatique et l’Africain ( asser , indiquant la condition servile), qu’il caractérise comme il suit :

Américain: rou x (ru fus), bilieux, droit; cheveux noirs, droits, gros; narines amples; visage tacheté, menton presque imberbe; entêté, gai ; erre en liberté ; se peint des lignes courbes rouges; est régi par des coutumes.

Européen : blanc, sanguin, ardent; cheveux blonds, abondants; yeux bleus ; léger, fin, ingénieux ; porte des vêtements étroits ; est régi par des lois.

Asiatique : basané ( luridus ), glabre, mélancolique, grave; cheveux foncés; yeux roux; sévère, fastueux, avare; porte des vêtements larges; est régi par l’opinion.

(1) Préface de Fauna Suecica, in-8°. Lugd. Bat., 1746.

(2) Préface de Muséum regis Adolphi Friderici. Upsal, 1574.

HISTORIQUE

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