CHAPITRE XV
c’est-à-dire à la période de 31 à 40 ans. C’est en sa faveur qu’avait en effet conclu Broca.
La pièce à mettre en regard est naturellement la statistique même de Broca à sa seconde période, posthume, hélas ! Le travail auquel il s’était livré sur les statistiques désordonnées de Wagner lui avait montré combien peu elles étaient rassemblées méthodiquement. Dès lors, il entreprit une série de recherches personnelles qu’il poursuivit pendant 18 ans. Ce sont ces statistiques que les circonstances m’ont mis en demeure de publier, et dont je donnerai la substance dans ce chapitre. Voici ce qui concerne la question présente.
Dans les registres de Broca les périodes couraient de 5 en 5 années; afin de grossir les nombres j’ai dû, sauf pour la première, en réunir deux (1).
Poids du cerveau suivant les âges (registre de Broca, 432 cas).
HOMMES. FEMMES
Nos
Poids
Poids
des cas.
moyen.
des cas.
moyen.
15 à 25 ans .
85 à plus .
Le maximum est de 25 à 35 ans chez les hommes et de 15 à 25 chez les femmes. Les six cas sont trop peu pour celles-ci ; le maximum pour l’homme est au contraire très probant. Dans mon mémoire sur le poids de l' encéphale, j’ai groupé mes périodes autrement, afin de contrôler ce résultat. Voici comment les moyennes s’y distribuaient chez les mêmes hommes : de 20 à 30 ans, 1,390 grammes ; de 30 à 40, 1,408 ; de 40 à 50, 1,311. C’est donc dans les 5 ans communs aux deux périodes de 25 à 35 ans et de 30 à 40 ans que tombe le maximum à accepter, c’est-à-dire la période dans laquelle le plus grand nombre atteignent le terme de leur poids cérébral. Je me crois donc autorisé à dire que Broca eût conclu avec ses propres pesées en faveur de la période de 30 à 35 ans.
Le document à consulter ensuite est le relevé de Bischoff. Voici ce qu’il donne :
Poids du cerveau suivant les âges (Bischoff, 886 cas).
HOMMES. FEMMES
N03 Poids N°* Poids
des cas. moyen. des cas. moyen.
17 à 19 ans . 17 1340 19 1242
(1) Voir mon Mémoire cité, Revue d’anthropologie , tableaux V et VII.
POIDS DE L’ENCÉPHALE, SUIVANT LES AGES. 523
La particularité que nous avons déjà rencontrée dans les tables de Boyd se rencontre cette fois chez la femme; son maximum brutal est dans la période de 15 à 19 ans. Une autre singularité s’observe chez elle ; en admettant que ce maximum soit accidentel, celui à prendre est dans la période de 40 à 49 ans, c’est-à-dire à une époque bien avancée. Dans la colonne des hommes la même singularité se répète, mais plus accusée encore. C’est de 50 à 59 qu’est le maximum palpable. Ce qui nous conduit à examiner la phase de décroissance du poids cérébral ou de sénilité.
Suivent, page 524, à titre de résumé de ce qui précède et de préface à ce qui suit, les courbes graphiques obtenues avec les tableaux de Boyd, de Broca et de Bischoff pour les hommes, auxquels dorénavant nous nous attacherons, réservant tout ce qui concerne la femme pour plus tard.
Période de déclin. — Meckel et Tenon ont dit que la tête diminue dans la vieillesse. Desmoulins en 1822, dans un mémoire à l’Institut, soutint que le cerveau lui-même s’atrophiait passé un certain âge. Sims, trois ans après, s’appuyant sur ses 253 observations personnelles, formula ainsi sa loi: le cerveau s’accroît de 1 à 20 ans, diminue de 20 à 30 ans, augmente à nouveau de 40 à 50 ans et à ce moment seulement diminue définitivement. Parchappe, l’année suivante, s’élève contre cette rétrogradation de croissance après un premier maximum, entrevoit cependant une recrudescence vers 50 à 60 ans, et conclut que le poids du cerveau ne diminue d’une manière sensible que vers 70 ans. Broca, en 1861, reconnaît, avec les chiffres épurés de Wagner, que de 15 à 20 ans il y a dans les deux sexes un phénomène de mortalité qui apporte à l’amphithéâtre les gros cerveaux de préférence, mais il se refuse à en conclure qu’il y a cessation d’accroissement à cette période ; l’augmentation continuerait au contraire jusqu’à 30 et 40 ans, de 40 à 50 ans il y aurait statu quo, et à 50 ans serait l’époque fatale de déclin.
Dans la liste épurée de Wagner, que Broca avait sous les yeux à ce moment, il n’y avait pas de trace de la recrudescence précédant le déclin définitif que Sims et Parchappe avait remarquée et que nous venons de voir sur les tables de Bischoff. S’il l’avait constatée, il l’aurait infailliblement, dans notre opinion, appréciée comme nous allons le faire. Dans les trois courbes graphiques ci-après l’une, celle de Boyd, n’indique aucune reprise, le maximum est à 35 ans et s’abaisse d’une façon continue ; je n’ose pas, en effet, donner le léger relèvement à 55 ans comme une marque certaine de cette reprise. Dans l’autre, cellede Broca,