CHAPITRE XVI
Il en résulte qu’à toutes les périodes, la moyenne est plus élevée chez les hommes les plus intelligents et les plus érudits, d’une quantité variant de 84 à 162 grammes, c’est-à-dire de 6,5 à 11,8 p. 100. C’est moins que pour Thurnam et Welcker, mais considérable encore. On pourrait objecter que dans la période de 60 à 69, les deux cerveaux de Cuvier (1) et d’Abercrombie eussent dû être maintenus; ce serait alors 9 cas, dont la moyenne s’élevant de à 1,467 1,542, porterait le surplus de la moyenne normale correspondante à 247 grammes. Nous dirons tout à l’heure pourquoi il est plus sage de considérer ces deux cas comme anormaux.
Il est une remarque curieuse à faire dans ce tableau, c’est que l’avantage en faveur des savants qui en forment la majorité est plus marqué de 50 à 80 ans, que de 40 ou de 30 à 50, comme si le volume plus grand de l’encéphale acquis par le travail devenait une condition favorable de survie. Cela ne voudrait-il pas dire que l’organisme résiste mieux à la fatigue intellectuelle lorsque la substance cérébrale s hypertrophie que lorsqu’elle conserve son volume ordinaire ?
Attendons de nouvelles observations et contentons-nous du fait général : les savants ou hommes célèbres ont un cerveau plus volumineux. L’excès, en tenant compte de l’âge et restant modéré, est en moyenne de 161 grammes dans nos 34 cas, soit en nombre rond de 150 grammes.
Il y a un an que cette proposition ne souffrait aucune objection; on l’eût trouvée au-dessous de la vérité. Mais depuis, s’est passé un événement dans l’histoire du poids de l’encéphale. Un homme à la puissante envergure qui a sauvé la France et la République, un profond politique, l’un de nos grands orateurs, Gambetta, est mort. Son cerveau, pesé de suite, mais après qu’un liquide astringent avait été poussé dans ses artères pour l’embaumer, n’a donné que 1,160 grammes. Quel était son poids réel? De toute façon, c’est un chiffre faible qui porte atteinte à la proposition précédente. Mais la surface du cerveau, en revanche, avait les plus merveilleuses circonvolutions qu’on puisse voir, certaines en particulier; fines, flexueuses, elles ont confirmé ce que Desmoulins et Parchappe pensaient du rôle du développement des circonvolutions sur la somme d’intelligence et ce que Broca admettait ; elles ont
(1) Le poids du cerveau de Cuvier nous est connu par deux personnes. La première est P. Bérard qui tenait la balance, mais pesait pour la première fois un cerveau ; il fit un rapport sur cette autopsie dans le n° du 19 mai 1832 de la Gazette médicale et y donne 1829.9 (3 livres, 10 onces et 4 gros et demi). A titre de comparaison, il pèse le cerveau d’un homme ordinaire qui donne 1,380, chiffre plutôt élevé, faisant présumer qu’il a dû laisser les membranes ou donner à peine le temps d’égoutter. Lélut n’accordait qu’une médiocre confiance à cette pesée. « J’ai eu à ce sujet plusieurs conversations avec feu Bérard, écrit-il, je lui ai fait part de mes doutes et il est résulté pour moi de ses réponses que l’opération a été mal faite et que le résultat n’en saurait être accepté. »
La seconde personne qui nous a transmis le poids du cerveau de Cuvier est Emmanuel Rousseau, présent à l’autopsie et qui en fit un rapport dans la Lancette française , le 2G mai 1832. Or il a indiqué le chiffre de 1,861 grammes, celui que Wagner a reproduit et que Gratiolet citait dans la célèbre discussion de 1861 à la Société d’anthropologie, tandis que Broca tenait pour 1829.9, le chiffre de Bérard ou, en nombres ronds, 1,830.
POIDS DE L’ENCEPHALE.