BUFFON
les fleurs et les fruits. On s’inspire deses descriptions, de ses méthodes, de ses idées. C’est le chef dont se réclament les monogénistes jusque dans ces derniers temps, c’est celui que doivent invoquer aujourd’hui les transformistes. A ces divers titres nous devons insister sur les idées de Buffon.
Notre grand naturaliste naquit à Dijon, en 1707, la même année que son rival Linné, et mourut en 1788. A 26 ans, il fut élu membre de l’Académie des sciences, n’ayant encore écrit que sur la physique et la géométrie. A 32 ans, il était nommé intendant du jardin du roi ou Jardin des plantes médicinales. A partir de ce moment il dirige toute son attention sur l’histoire naturelle. Dix ans après commence la publication de son Histoire naturelle générale et particulière des animaux , avec l’assistance de Daubenton et dans l’ordre suivant :
1° En 1749, les trois premiers volumes sur la Méthode en histoire naturelle, la Théorie de la terre et Y Homme.
2° De 1733 à 1767, les volumes sur les Quadrupèdes.
3° En 1778, les Epoques de la Nature.
4° De 1770 à 1783, Y Histoire des oiseaux.
3° De 1774 à 1789, le Supplément.
Les jugements les plus contradictoires et les moins impartiaux ont été portés sur Buffon. De son propre temps, on a dit qu’il avait détourné l’histoire naturelle de sa véritable voie et retardé ses progrès. Il a été accusé d’inconstance,, ne sachant pas se fixer ou dire toute sa pensée. Quelques-uns n’ont rendu justice qu’à son Histoire des quadrupèdes , comme Cuvier. Le grand nombre, comme Camper, Gœthe, Etienne et Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, l’ont considéré comme le plus grand naturaliste des temps modernes, l’Aristote français. Le public, lui, n’hésita pas ; dans Y Histoire naturelle des animaux il sentit un souffle nouveau, vit un pressentiment de l’avenir. La libre pensée était dans l’air, 89 approchait; fœuvre de Buffon, comme Y Encyclopédie, Voltaire, Rousseau et Bougainville, contribua à la Révolution française.
Cependant Buffon se renfermait dans son sujet, il était homme du monde, grand seigneur; sa propre définition : « Le style, c’est l’homme », le caractérisait ; il n’éprouvait aucun besoin d’entrer en guerre avec la société. Une aventure lui arriva dès la publication de ses premiers livres d’histoire naturelle qui contribua sans doute à le rendre circonspect.
La première série de son Histoire naturelle avait paru, la partie concernant l’histoire de la terre avait spécialement été remarquée lorsque, le 15 janvier 1751, l’éminent naturaliste du Muséum et membre de l’Institut reçut de MM. les syndics et députés de la Faculté de théologie l’avis que son livre avait été livré à la censure, « comme renfermant des principes et des maximes qui ne sont pas conformes à ceux delà Religion », et que les propositions qu’il renfermait «avaient été jugées répréhensibles» et devaient être retirées. Sans mot dire, Buffon, le 12 mars, comme Galilée, Topinard. — Anthropologie. 3