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CHAPITRE II

se rétracta (1). Certes, il eût été plus noble de résister, mais ce n’était pas dans son caractère.

Les points principaux à passer en revue dans l’œuvre de Buffon sont les suivants:

lo L’espèce, son existence et ses variations ;

2° Le système général de la nature et en particulier du règne animal ;

3° Les classifications et la nomenclature ;

4° Les rapports entre l’homme et les animaux;

5° Les races humaines.

L’espèce, suivant Buffon, est une succession d’individus semblables qui se perpétuent ; elle descend d’un prototype dont le moule se conserve. Des variations notables se produisent dans son sein, lesquelles, persistantes, portent le nom de races. La conservation en est sauvegardée par la fécondité des unions entre individus de même espèce, tandis que les unions entre individus d’espèces différentes sont directement ou indirectement stériles.

Beprenons les éléments de cet ensemble.

Buffon commence sa publication, en 1749, par un discours préliminaire sur la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle. Quoiqu’il y parle des classifications, des classes, des ordres et des genres, il n’y dit rien de l’espèce. Ce n’est que plus tard, après avoir terminé ce qui concerne la terre et avant de commencer l’histoire particulière de l’homme, qu’il aborde cette grave question dans ses généralités sur l’histoire des animaux, premier chapitre, ou « De la comparaison des animaux et des végétaux», chapitre assez court du reste.

«Ce n’est pas dans l’individu, s’écrie-t-il, qu’est la plus grande merveille de la nature, c’est dans la succession, dans le renouvellement et dans la durée des espèces (2). »

(1) Voici un ou deux passages de cette rétractation, les huit autres sont dans le môme goût.

« Réponse de M. de Buffon à MM. les Députés et Syndics de la Faculté de théologie.

« Je déclare :

« 1° Que je n'ai eu aucune intention de contredire le texte de l’Écriture; que je crois très fermement tout ce qui est rapporté sur la création, soit pour l’ordre des temps, soit pour les circonstances des faits ; et que j’abandonne ce qui, dans mon livre, regarde la formation de la terre, et en général tout ce qui pourrait être contraire à la narration de Moïse, n’ayant présenté mon hypothèse sur la formation des planètes que comme une pure supposition philosophique ;

« 2° Que les objets de notre foi sont très certains, sans être évidents, et que Dieu qui les a révélés et que la raison même m’apprend ne pouvoir me tromper, m’en garantit la vérité et la certitude; que ces objets sont pour moi des vérités de premier ordre, soit qu’ils regardent le dogme, soit qu’ils regardent la pratique dans la morale; ordre de vérités dont j’ai dit expressément que je ne parlerais point, parce que mon sujet ne le demandait pas.

« Signé : Buffon. »

(2) Histoire naturelle générale et particulière des animaux , par M. de Buffon. Paris, 1769, 13 vol. in-12; imprimerie Royale, éditeur Panckoucke ; volume III, p. 3.

J’ai entre les mains deux éditions des œuvres de Buffon. Celle-ci d’abord, dans laquelle les articles sont disposés dans l’ordre où ils ont paru, et qui est du temps; et une autre, plus belle, grand in-8, imprimée à Paris, en 1804, en dix volumes, dans laquelle les

« On doit regarder comme la même espèce celle qui, au moyen de la copulation, se perpétue et conserve la similitude de cette espèce, et comme des espèces différentes, celles qui, par les mêmes moyens, ne peuvent rien produire ensemble. Le renard et le chien sont d’espèces différentes, parce que de leur copulation il ne résulte rien; mais quand même il en résulterait un animal mi-parti, une espèce de mulet, comme ce mulet ne produirait pas, cela suffirait pour établir que le renard et le chien ne sont pas de la même espèce (1). »

Il est difficile d’être plus clair. L’espèce est une similitude perpétuée. Mais varie-t-elle, ou, comme le voulait Linné, est-elle immuable? Il n’en est pas question. Les deux caractères hors cause, de ressemblance et de succession, étant mis à part, le seul restant, celui qui préside à la perpétuation et assure la similitude, c’est la fécondité dans le sein de l’espèce. Mais il ne le donne pas comme un critérium; ce n’est qu’un moyen applicable aux animaux et même qu’une hypothèse à vérifier. « Nous avons supposé que pour constituer une espèce, il fallait une production continue, perpétuelle, invariable.» Cette hypothèse, concernant le règne animal, la ressource en fait défaut dans le règne végétal, parce que « la production des plantes s’y fait de plusieurs autres façons, où les sexes n’ont point de part; et ce n’est que sur une analogie mal entendue qu’on a prétendu que cette méthode sexuelle devait nous faire distinguer toutes les espèces différentes de plantes (2). »

Telle est ce qu’on a appelé la première manière de Buffon, celle où il aurait considéré l’espèce comme immuable et invariable. Mais il ne touche pas à cette question, il ne s’y engage pas. Il est visible qu’il cherche encore et n’est pas fixé. Peut-on lui en faire un crime, lorsqu’on sait que les expériences qu’il avait commencées en vue d’élucider la question du critérium de l’espèce par la fécondité, n’étaient pas terminées au jour de sa mort, et que sa célèbre expérience du croisement entre le loup et le chien en est restée à sa quatrième génération.

La seconde fois que Buffon aborde la question de l’espèce, c’est en 1753, dans le volume des Animaux domestiques, chapitre de l’Ane. Cette fois, rien n’est laissé dans l’ombre.

« Il y a dans la nature, dit-il, un prototype général dans chaque espèce, sur lequel chaque individu est modelé, mais qui semble en se réalisant s’altérer ou se perfectionner par les circonstances ; en sorte que, relativement à de certaines qualités, il y a une variation, bizarre sous certaine apparence, dans la succession des individus et, en même temps, une

matières sont disposées dans l’ordre logique. Les Epoques de la Nature , l’une des publications les plus tardives de Buffon, parue en 1778, se trouvent dans le cinquième volume de celle-ci ; tandis que les Généralités , où est la première définition de l’espèce et qui ont paru en 1753, se trouvent dans le dixième volume. C’est à la première de ces éditions que je donne la préférence et à laquelle je renverrai le plus souvent.

(1) Ibid., vol. III, p. 15-16.

(2) Ibid., vol. III, p. 15-16. Voir aussi p. 25.

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