CHAPITRE XVII
Chaque jour nous voyons à notre laboratoire des personnes ayant publié des listes de cubages du crâne plus ou moins importantes, qui nous assurent avoir suivi exactement la méthode de Broca et qui l’impriment. Nous les prions de cuber un crâne sous nos yeux. Leur conduite diffère de la méthode de Broca autant que celles de Hamilton et de Tiedemann. Le plomb, se sont-elles dit, ah! c’est bien; le bourrage, très bien, et tout le reste à l’avenant. Aussi entre les cubages pratiqués par Broca et les élèves qu’il a formés et ceux pratiqués par certaines autres personnes, y a-t-il des différences pouvant atteindre et même dépasser pour le même crâne 100 centimètres cubes. La mensuration de la capacité du crâne est l’opération la plus délicate de la craniométrie. Les erreurs qu'elle donne sont égales aux différences moyennes que donnent les races entre elles. Il ne faut pas l’abandonner cependant, elle aboutit à l’un des caractères les plus importants de l’anthropologie.
Aucune mensuration craniométrique n’est livrée à une plus complète anarchie. Nous pourrions indiquer dix et vingt systèmes d’habitudes différentes employées ou publiées par des autorités en craniologie, presque tous conçus empiriquement, dans l’ignorance complète des lois de l’écoulement des corps solides granuleux à travers les orifices, et de leur tassement dans les cavités et mesures de capacité. Nous en décrirons les principaux types, en nous servant à leur égard du mot méthode dans un sens large.
Méthodes diverses. — Le premier type n’est représenté que par la méthode de Bush. C’est ce que j’appellerai le procédé de la douceur ou du minimum de tassement.
M. Bush, le vétéran de la craniométrie anglaise, opère comme il suit : il se sert de la graine de moutarde, cherche à obtenir le minimum du tassement, à la fois dans le jaugeage comme dans le cubage, en se contentant dans la première opération de répartir la graine partout, à l’aide de très légères inclinaisons du crâne, à droite, à gauche, en avant, en arrière, sans secousse. Pour introduire la graine dans le trou occipital, il se sert d’un entonnoir quelconque; à mon avis, pour rester dans ses propres idées, il doit employer un entonnoir à goulot large, soit de 20 millimètres. Dans le cubage il verse le plus rapidement possible, aplatit d’une façon imperceptible la surface avec un disque en bois, plutôt pour le niveler. 11 se sert pour cette seconde opération d’un cube spécial en verre gradué, qu’on peut remplacer par une éprouvette de 1000 centimètres cubes.
Les résultats obtenus diffèrent peu de ceux de M. Flower et sont constants à 10 centimètres cubes près en moyenne entre les mêmes mains et entre celles d’opérateurs différents, mais familiers avec la méthode ; autrement les différences s’élèvent et peuvent devenir considérables. La méthode demande une main très légère; la moindre secousse, le moindre mouvement brusque, est pernicieux. Elle convient merveilleusement aux crânes