CHAPITRE XIX
autre, semble en effet facile. Mais dans la pratique, les objections se pressent : le contenant ne répond pas exactement au contenu, les points de repère dont on aurait besoin font défaut, les procédés sont rebelles, la région n’a ni la même forme, ni la même masse sans que cela réponde sûrement à une supériorité ou une infériorité de l’encéphale; le brachycéphale ou l’hypsicéphale l’a différente du dolichocéphale ou du platycéphale sans que cela tire à conséquence autrement que pour la morphologie.
La crâniométrie a des points de vue divers à associer; elle ne peut s’attacher exclusivement à la correspondance brutale de l’extérieur avec l’intérieur, elle ne verrait pas ses efforts suffisamment récompensés; elle se contente du possible en ce qui concerne l’organe encéphalique et se préoccupe autant ou plus de différencier les formes chez les individus et les races. On ne s’étonnera donc pas que sur le vivant, elle se résigne à ne pas obtenir tout ce qu’elle voudrait.
Céphalométrie cérébrale. — Nous avons traité successivement du poids de l’encéphale, en vue de son volume, de la capacité crânienne et des mesures extérieures du crâne conduisant le mieux à la connaissance de ce volume. Nous arrivons au dernier terme de cette série dont les éléments de certitude vont en diminuant par rapport à son but essentiel admis. Qu’on se représente le cuir chevelu comme une cinquième enveloppe musculo-cutanée de l’encéphale et qu’on en suppose une sixième artificielle par-dessus, il faudra bien se résigner à reconnaître que les correspondances deviendront plus que douteuses cette fois. 11 n’en est pas de ces zones successives comme des boîtes chinoises incluses les unes dans les autres, dans lesquelles la plus externe reproduit la forme de la première.
Les mesures céphalométriques, à l’aide desquelles les anthropologistes poursuivent sur le vivant le problème toujours attrayant du volume et de la forme du crâne pour préjuger de ceux de l’encéphale, seraient pour la plupart les mesures craniométriques elles-mêmes que nous venons de passer en revue, si dans les parties du crâne sensibles à travers les téguments, les points de repère offraient assez de précision. C’est ainsi que le diamètre frontal supérieur, soit stéphanique, soit maximum, ne saurait, malgré son vif intérêt, être mesuré sur le vivant et qu’il faut l’abandonner. C’est ainsi que les diamètres biastérique ou occipital maximum et les diamètres transverses de la base sont, d’autre part, hors de cause; que les divisions de la circonférence antéro-postérieure sont condamnées comme nous le verrons ; que les circonférences horizontales et transverses sont compromises. Les diamètres généraux seuls résistent, peut-être avec le biauriculaire et le frontal inférieur et quelques rayons auriculaires.
Les premiers essais de céphalométrie cérébrale, c’est-à-dire de mensuration concernant la portion cérébrale de la tête, remontent aux premiers
VIVANT
— CÉPHALOMÉTRIE CÉRÉBRALE.
essais d’anthropométrie générale, par Rollin, en 1786. 11 prit la circonférence, la longueur et la largeur de la tête.
Les premières séries mesurées avec méthode dans le dessein de comparer les dimensions extérieures de la tête avec les dimensions intérieures du crâne et de l’encéphale, le furent par Parchappe et Lélut. Leurs recherches portaient sur des aliénés, des criminels et des sujets sains de diverses catégories. Je ne rappellerai que l’une des études de Parchappe. Ayant pris 10 hommes distingués et 10 manouvriers, et leur ayant appliqué le système de mesures que nous avons indiqué page 132, il constata que toutes les dimensions étaient plus fortes chez les hommes distingués; mais le nombre des sujets était bien faible.
En 1861, au moment même où se continuait à la Société d’anthropologie la discussion sur le poids du cerveau avec Gratiolet, Broca à l’hôpital de Bicêtre reprit ces expériences en y apportant cette correction de méthode qu’il mettait à toutes choses. Il prit 18 internes des hôpitaux et 20 infirmiers, et obtint le même résultat que Parchappe. Toutes proportions gardées, l’excès de développement chez ces derniers portait surtout sur la partie frontale. Suivent ses chiffres qui montrent en même temps les mesures qu’il jugeait à propos, à cette époque, d’appliquer au vivant. Nous ajoutons la taille dont il faut tenir compte, la tête comme le crâne, comme l’encéphale étant, toutes choses égales, plus grosse chez les sujets grands :
Céphcilométrie cérébrale (Broca, 1861).
Différence chez les internes.
Age moyen . . . — 13 ans.
Taille . + 46mm,
Diamètre antéro-postérieur maximum . + 4 ,8
— - — iniaque . +5 ,8
— transverse maximum . + 2
Indice céplialométrique . — 0,55
Courbe inio-frontale, partie antérieure. . + 9mm,2
— — postérieure . +0 ,6
horizontale, partie antérieure . — f- 10 ,9
— — postérieure . . +5 ,1
— transversale sus-auriculaire . +13 ,9
— — bi-auriculaire . +11 ,7
Le diamètre antéro-postérieur iniaque s’étend de la glabelle à l’inion. Nous n’en avons pas parlé sur le crâne, parce que, quoiqu’il l’ait mesuré sur 1500 crânes, Broca n’y attachait plus d’importance à la fin de sa vie. Ce tableau paraît décisif en faveur de l’influence de l’éducation et de la classe sociale sur le volume de la tête.
Ces recherches ont été reprises çà et là. Les plus importantes nous viennent de la grande république américaine. Les mesures adoptées y sont toutes des courbes ou circonférences, savoir: une circonférence dite hori-