‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 63 sur 980 · HISTORIQUE. — PARACELSE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — PARACELSE

résistance : avant comme après le Christ il y eut deux partis dans la nation. L’école rivale qui écrivit les Targums à Babylone professait que Dieu avait créé l’homme et la femme en deux fois. Les traces de cette division persistent jusqu’en 365, alors que l’empereur Julien, faisant allusion à cette opinion, avance qu’à plusieurs reprises il dut y avoir des créations distinctes d’hommes et de femmes, car, ajoute-t-il, il n’est pas plus difficile de créer plusieurs couples qu’un seul.

La doctrine à la fois juive et chrétienne de l’unité d’origine des hommes ne fut définitivement fixée qu’en 415. A cette époque saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, la convertit en un dogme. Répondant aux diverses hérésies scientifiques qui s’agitaient, il dit : « Aucun fidèle ne saurait mettre en doute que tous les hommes, quels que soient leur couleur, leur stature, leur voix, leur proportion ou tout autre caractère naturel, sont sortis d’un même protoplasme. Aucun ne doit croire aux antipodes, c’est-à-dire à des continents desséchés et habités par des hommes au point opposé de la terre que nous foulons, où le soleil se lève lorsqu’il se couche pour nous. Aucun ne doit croire que le monde a existé des milliers d’années, avant les 6000 ans que l’Écriture nous enseigne (1). »

Le silence se fit pendant mille ans, non sans quelques protestations isolées. Sous le règne de Justinien, suivant Knox, un concile discuta pour savoir si les nègres descendaient d’Adam et avaient le droit d’être chrétiens. En 748, un moine du nom de Yirgilius fut livré aux canons de l’Église par le pape Zacharie, pour avoir dit qu’il existait un autre monde terrestre et d’autres hommes à l’opposé de nous. En 1110, un philosophe, Guillaume de Gonches, fut censuré pour avoir écrit qu’il est possible qu’Ève n’ait pas été la seule femme créée et que des antipodes existent séparés de nous par les flots de l’Océan. En 1450, un infortuné Juif, Samuel Sarsa, fut brûlé comme hérétique pour avoir affirmé la haute antiquité du monde, sinon aussi de l’homme.

Mais le réveil approchait, Christophe Colomb donnait un démenti aux dogmes en découvrant l’Amérique et les Indiens qui l’habitaient, sans communication avec l’ancien monde. En vain le pape décréta, en 1512, que les Indiens descendaient d’Adam et d’Ève. Dès l’année 1520, la doctrine polygéniste reparaissait avec le célèbre médecin suisse, Théophraste Paracelse. On ne peut admettre, dit-il, que les habitants des îles récemment découvertes soient les fils d’Adam et qu’ils soient de même sang et de même chair que nous. Moïse était théologien et non physicien ; de nos jours, aucun physicien ne peut admettre la création suivant le récit de Moïse, il ne peut y avoir une foi consentante, et l’on ne saurait se fier qu’aux preuves et au témoignage de l’expérience (2).

En 1591, Bruno ajoutait « qu’aucune personne sensée ne rapportera

(1) Saint Augustin, De civitate Dei , lib. XVI, c. vin, et lib. XII, c. x.

(2) Bendyshe, Histoire de l'Anthropologie , in Mem. Anthrop. Soc. of London,

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