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CHAPITRE III

les Ethiopiens au même protoplasme que les Juifs », et ajoute que les Chinois comme les rabbins admettent trois souches humaines.

Mais l’Inquisition florissait et, en 1616, l’infortuné Vanini était condamné à avoir la langue coupée et à être brûlé vif pour avoir, dans ses Dialogues , rappelé les hypothèses de l’antiquité que nous avons rapportées sur l’origine naturelle de l’homme et « les assertions des athées qui font descendre les Éthiopiens des singes, prétendant que les premiers hommes marchaient à quatre pattes comme les brutes, et qu’il y a dans la nature une sorte de gradation s’étendant de l’être le plus humble à la créature la plus élevée (1) ».

Ce n’est, toutefois, qu’en 1655 que l’opposition à la doctrine judaïque prit corps avec Isaac «le l»eyrère, gentilhomme protestant qui publia un livre sur les Préadamites. Cet ouvrage, très' rare aujourd’hui, dont nous avons entre les mains l’exemplaire appartenant à Broca, fut brûlé à Paris en place de Grève. On se l’arrachait, dit Jean de Lannoy. La Peyrère, très croyant du reste, se plaçait sur le terrain même de la Bible et démontrait, à l’aide des textes, qu’Adam et Ève ne sont que les ancêtres du peuple juif; que parallèlement et antérieurement à eux existaient d’autres hommes, et que la terre dont la Genèse parle signifie la Terre-Sainte occupée par les Juifs.

Les Gentils auraient été créés en même temps que les animaux, le sixième jour, et Adam, celui qui allait donner naissance au peuple de Dieu, le septième jour. Seul Adam serait entré dans le paradis terrestre, tandis que les Gentils restaient dehors. A la mort d’Abel, Adam n’avait encore que deux fils, il n’eut des filles que plus tard ; cependant Caïn s’en va emmenant sa femme, portant au front un signe afin que ceux qui le rencontreraient ne le tuent pas, et bâtit une ville. Tout cela prouve que, dans la pensée même de l’auteur de la Genèse (2), les Adamites n’étaient pas seuls sur la terre et qu’il y avait alors d’autres hommes qu’eux.

Le déluge même de Noé ne serait qu’un déluge partiel. Il frappa ceux qui n’avaient pas obéi à la loi et ne porta que sur les pays habités par les Juifs.

Suivant M. de Quatrefages (3), la tentative de La Peyrère resta isolée et le dogme adamique remporta la victoire sans presque avoir combattu. Cependant, trente-six ouvrages pour le moins, dans l’espace de quarante quatre ans, d’autant d’auteurs différents, s’efforcèrent de le réfuter (4).

En 1695 parut à Londres un essai anonyme reportant la question sur le terrain scientifique, et s’attaquant spécialement aux indigènes de l’Amérique. Moïse, y est-il dit, fut un grand et sage législateur qu’il faut

(1) Vanini, Descendance de l'homme , in Revue d’Anthr., avril 1880, p. 366-368.

(2) La Peyrère (Isaac d e),Systcma theologicum ex Prœadamitarum hypothesi,pars prima, édition Elzévier, 1655.

(3) De Quatrefages, Unité de l'espèce humaine in Revue des Deux-Mondes, 1861.

(4) En voir la liste dans le Mémoire de Fabricius, 1721, traduit en anglais, in Mem. Soc. Antlir. de Londres, vol. I, p. 376-377.

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