HISTORIQUE. — LA PEYRÈRE
placer sur le même rang que Solon, Lycurgue et Numa. Il adapta le récit de la création et du déluge à l'intelligence de ceux auxquels il s’adressait, et il n’y a aucun crime, à moins que l’on ne soit Juif, d’en commenter les parties (I). L’auteur examine alors les arguments que l’on peut invoquer en faveur d’une migration des hommes et des animaux de l’Asie, de l’Europe ou de l’Afrique en Amérique, à une époque plus ou moins reculée, et conclut que les Américains sont autochtones. En second lieu, il démontre que les nègres, aussi loin qu’on les suit dans le passé, se présentent toujours avec les caractères qu’on leur connaîtde son temps. Ni le soleil ni la malédiction de Dieu n’expliquent leur couleur ; on rencontre des blancs, ou du moins des sujets peu colorés, sous la zone torride ; la malédiction de Dieu aurait été une bien faible punition si elle n’avait eu pour résultat que de changer la couleur, car d’être noir ne constitue ni une laideur ni une disgrâce. Cette couleur n’a pu se produire par hasard, car elle ne serait pas transmissible à la postérité. Les caractères particuliers à chacun des groupes humains différents remontent donc à leur origine même chez les Américains aussi bien que chez les nègres. Ni les uns ni les autres ne descendent des fils de Noé ou, en remontant au delà, des fils d’Adam.
Ilvade soi que lespolygénistes n’eurent pas seuls la parole. Nous venons devoir que trente-neuf monogénistes s’étaient levés contre LaPeyrère, ils ne manquèrent pas de continuer et de prendre la défense du dogme attaqué; les uns par conviction, les autres par habitude ou intérêt. Citons dans le nombre sir Mathews Haie (2) enl677, auquel j’aiempruntéunepartie démon aperçu sur les opinions des philosophes anciens, etFabricius qui, en 1721, publia à Hambourg un travail sur Les habitants humains de notre globe qui sont d'une même et seule espèce et origine (3). Ce travail, quoique très intéressant lorsqu’on veut reconstituer l’histoire de l’anthropologie avant cette date, et le plus important qui ait paru avant Buffon, ne mérite pas d’être résumé. Une grande part y est faite aux histoires qui avaient cours sur les hommes monstrueux. Le seul passage à remarquer est celui en faveur de la coloration de la peau par le soleil tiré du séjour des Juifs depuis mille ans à Cochin sur la côte de Malabar aux Indes occidentales. « La plupart y sont devenus, dit-il, aussi noirs que des Ethiopiens. » Cet argument célèbre s’est perpétué parmi les monogénistes et n’a été complètement réfuté que dans ces derniers temps. Nous y reviendrons. Il est donné pour la première fois ici d’après un certain Phil. Baidœus.
(1) Two essays, sent in a letter front Oxford to anobleman in London, by LP., M. A. — London, 1695.
(2) Haie (sir Mathews), The primitive origination of mankind considered and examined according to the light of Nature. London, 1677.
(3) Dissei'tatio critica de huminibus or bis nostri incolis , specie et ortu avito inter se non differentibus quarn in auditorio gymnasii , Hamb. ad D., vm April., Præside Jo Alberto Fabricio, SS. 1721 .