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CHAPITRE XX

une synostose des sutures transverses. Nous ne parlerons ici que des plagiocéphalies dues à cette dernière cause.

Le cas le plus ordinaire est celui d’une synostose de la suture coronale en totalité d’un seul côté : nous en avons 6 exemples sous les yeux, les autres sutures sont ouvertes ; les uns présentent des soulèvements d’os, des chevauchements légers de sutures, les autres un peu d’acrocéphalie, chez les six la plagiocéphalie est très acce ntuée. Un second cas est celui où une partie seulement de la suture coronale d’un côté est soudée, généralement vers son tiers moyen, auprès du stéphanion ou plus en dedans (t), le musée Broca en possède beaucoup, et en y regardant de près on en trouverait davantage ; la plagiocéphalie y est de règle. Mais dans les deux cas se voient de nombreuses exceptions: ainsi j’ai 7 crânes en

main dans lesquels quelques troubles secondaires de forme s’observent, mais où il n’y a pas de plagiocéphalie positive, ce qui est singulier et ne s’explique que par l’époque tardive où se serait produite la synostose. Cependant dans ces 7 cas la synostose est complète, parfaite et ancienne. A plus forte raison dans le second genre à synostoses très circonscrites rencontre-t-on des exceptions à la règle. Elles sont fréquentes surtout pour les synostoses du ptérion, fait d’autant plus important à remarquer que c’est l’explication naturelle qui se présente de la sténo-crotaphie des Allemands.il n’est pas de problème plus difficile en craniologie, en effet, que celui des circonstances où une synostose produit ou non une déformation et de la nature de cette déformation.

lie crâne réniforme est une variété de plagiocéphalie qui me paraît digne d’être mise de côté. Son nom en indique le caractère. La voûte du

(1) P. Topinard, Sur la plagiocéphalie , Bull. Soc. antlir., 1876, p. 442.

DÉFORMATIONS ETHNIQUES DU CRANE

crâne a la forme d’un rein dont le hile excavé répond à l’endroit qui s’est synostosé et a formé nœud, ses parties antérieure et postérieure s’incurvent de ce côté, la suture sagittale se déplace par l’inégalité de développement des deux pariétaux et irait aboutir, prolongée en avant, à l’une des bosses frontales, sinon en dehors. La figure 104 en donne un exemple, non moins remarquable que celui de Barkow.

Il est naturel de se demander l’influence que les déformations par synostose ont sur l’intelligence. La question reviendra pour les déformations ethniques, mais ici on peut d’emblée la résoudre en faveur du cerveau. La tête la plus acrocéphale est compatible avec l’intelligence la plus ample : Walter Scott était très acrocéphale. La plagiocéphalie est absolument indifférente. Un scaphocéphale est mort à Stettin, à l’âge de 38 ans, sans avoir présenté le moindre dérangement ou affaiblissement des facultés intellectuelles. On ne cite pas de scaphocéphale épileptique. Sur les 600 crânes d’aliénés de la collection Esquirol, les déformations que nous avons décrites ne sont pas plus fréquentes que sur un même nombre de crânes des catacombes, et ne renferment pas un seul scaphocéphale.

C’est que l’encéphale s’accommode merveilleusement à tous les changements ne portant que sur sa forme, à la condition que ces changements soient sollicités lentement et doucement.

Cependant la capacité moyenne de 42 acrocéphales parisiens du sexe masculin cubés par la méthode Broca s’est trouvée de 1473 centimètres cubes, c’est-à-dire beaucoup plus faible que celle des Parisiens normaux ( 1 559cc, page 611).

Les synostoses prématurées et les déformations qu’elles entraînent s’observent dans toutes les races. M. Pommerol les croit plus fréquentes dans les races inférieures ; je ne crois pas qu’on puisse encore avancer cette proposition (1).

Les déformations ethniques ainsi appelées, comme l’indique l’étymologie (sôvoç, peuple), parce qu’elles sont l’attribut de certains peuples, le résultat de coutumes, d’habitudes héréditaires, sont de trois ordres au point de vue de leur origine : les premières sont voulues, et obtenues à l’aide de pressions appliquées après la naissance pendant des mois et des années; les secondes sont produites inconsciemment par des coiffures dont l’origine et la tradition se perdent dans le passé et que l’on doit classer dans la catégorie des « survivances » de M. Tylor; les troisièmes sont accidentelles, inconscientes aussi, et produites par des façons vicieuses

(1) Aux indications bibliographiques déjà données j’ajoute les suivantes : Minchin, Contributions to craniology. Dublin, quart. Journ. of med. 1856, p. 361. — H. Welcker, Untersuchunchen über Wachsthum und Bau des Menschlichen Schâdel v, 1 86*2. Leipzig, p. 1 17-120. — B. Davis, On synostotic crania , among a boriginnl races of'man. Haarlem, 1 865. — Fr. Poramerol, Sur la synostose des os du crâne. Paris, 1869. — Broca, Crâne scaphocéphale d’une négresse du Sénégal , Bull. Soc. anthr., 1874, p. 349. Sur la scaphocéphalie , Bull. Soc. anthr., 1875, p. 23. — Hamy, Genèse de la scaphocéphalie, Bull. Soc. anthr., 1874, p. 856.

CHAPITKE XX.

de coucher et de porter les enfants. L’étude des deux premières est à réunir; nous dirons quelques mots âpart de la dernière.

Les déformations artificielles du crâne, involontaires et venant d’une attitude vicieuse de l’enfant dans les premières années, ont été signalées par Yésale et reprises récemment par Gueniot et Broca. Elles sont dues, tantôt à l’habitude de la nourrice de tenir son enfant la tête appuyée toujours sur le même bras, tantôt à la pression même sur le plancher du berceau , de la tête qui s’aplatit elle-même par son propre poids sur l’un des côtés de la nuque. Cette déformation peut exister sur la ligne médiane, mais la tête s’inclinant naturellement sur le côté, l’aplatissement est généralement situé sur le milieu de l’une des branches de la suture lambdoïde. On dirait l’empreinte qu’aurait produite la pression de la paume de la

Fig. 105. — Traits pleins : crâne plagiocéphale ou oblique ovalaire. Ligne ponctuée, le même, rendu normal. D, aplatissement primitif ; BM' et CN, voussures de compensation.

main en ce point sur le crâne mou. Cette empreinte forme un plan plutôt oblique en bas et en avant que vertical.

Cet aplatissement latéral de l’occiput tenant à une façon vicieuse de coucher les enfants est si commun dans quelques groupes de population, qu’il y devient un caractère de valeur pour aider à les reconnaître : ainsi chez les Auvergnats de Saint-Nectaire-le-Haut, si bien étudiés par Broca. 11 ne se confondra pas avec un autre aplatissement médian, symétrique, dont le centre est au lambda ou au-dessus, qui est plus étendu, et à l’inverse du précédent, plutôt oblique en bas et en arrière que vertical, et constitue l’un des caractères crâniens les plus constants de la grande race Gello-Slave.

On le confondra encore moins avec un certain aplatissement vertical et médian, plus étendu encore que celui des Celto-Slaves, qui rentre dans la catégorie des déformations ethniques volontaires, bien qu’il soit produit

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aussi par la simple pression de la nuque contre un plan postérieur : ainsi dans la race malaise.

Cet aplatissement latéral par le berceau ou par le bras de la nourrice aurait peu d’intérêt s’il n’entraînait à sa suite des voussures de compensation qui transforment l’effet local en effet général et amènent la plagiocéphalie. Soit l’ovale primitif d’un crâne, ponctué sur la figure 104 avec son axe antéro-postérieur médian EF. Yers son extrémité postéro-latérale D, l’aplatissement en question se produit. Du même côté en avant vers B, une voussure de compensation naît; de 1 autre côté en arrièie vers C, une semblable se forme. Par contraste, la région antéro-latérale vers A paraîtra atrophiée. En fin de compte, le grand axe du crâne devient oblique, et les deux moitiés du crâne, par rapport à l’axe normal et même à cet axe nouveau, ne sont plus symétriques. Le crâne plagiocéphale est la déformation la plus fréquente dans nos pays et, ainsi que le montre son mécanisme, est l’accompagnement du plus grand nombre des déformations artificielles volontaires.

Les déformations ethniques volontaires ont de tout temps attiré 1 attention des voyageurs par leur étrangeté, et sollicité les descriptions des anthropologistes depuis Hippocrate parlant des Macrocéphales « à la droite du Levant d’été au fond de la mer Noire », jusqu’à Yésale, Hunault, Blumenbach, Morton, de Baer, Foville et Gosse. Leurs variétés sont en apparence très nombreuses et ont été l’objet d’essais de classifications.

Morton n’en admettait que quatre : « l’allongée horizontalement ou cylindrique (ex. : les Aymaras), la conique ou en pain de sucre (ex. : les Natchez et les figures de Palenqué), l’aplatissement simple du front laissant le reste libre de s’étendre latéralement et en arrière (ex. : les Glnnooks),

etla simple élévation verticale de l’occiput donnant en général à la tête une forme carrée et inéquilatérale. »

Gosse en élève le nombre à seize, plus deux variétés; je cite les puncipales et les plus authentiques : la tête cunéiforme qu il partage en couchée 'côtes N. -O. de l’Amérique du Nord, Govalitsk, Caraïbes), et relevée (Natchez du Mississipi, Omaguas du Brésil, Taïtiens de la Polynésie); la symétrique allongée en cylindre (Aymaras du Pérou) ou en cône (mendiants de Pékin); l’irrégulièrement comprimée et dilatée; la quadrangulaire dont il ne parle que par ouï-dire; la trilobée de l’île de Sacrificios, dans le golfe du Mexique; la comprimée au front dont il cite des exemples en France surtout; l’aplatie sur les côtés qu’il attribue aux Macrocéphales d’Hippocrate; la comprimée sur le front et les côtés (Philippines) ; la sphérique produite par un lien circulaire à la base ( 1 urcs) , l’annulaire de Foville; la bilobée; la comprimée par derrière; la conique

tronquée, etc. r

M. Lunier, dont le nom ainsi que celui de Foville s’attache aux uetor-

mations françaises, tout en simplifiant la classification de Gosse, admet encore dix espèces.

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