‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 646 sur 980 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Enfin Broca réduit ce nombre à cinq : la déformation simple, l’annulaire, la frontale simple, la relevée et la couchée, que j’accepterais volontiers, n’était une objection que j’adresse aux deux dernières (1).

Mon point de départ est du reste différent. Broca s’appuyait essentiellement sur le mode de compression appliquée; je me borne aux effets obtenus, tels qu’on les constate sur le crâne. Les voyageurs, en effet, n’ont jamais manqué d’indiquer les procédés suivis ; néanmoins ils ne nous édifient que dans un petit nombre de cas. Une tribu, une famille même, opère d’une manière; la tribu, la famille à côté d’une autre quelquefois. Le changement le plus imperceptible apporte des résultats tout

Fig. 106. — Déformation cunéiforme relevée de Gosse, type extrême ; fronto-occipitale dressée pour moi; provenant des Indiens natcliez (Morton).

autres. Les crânes qui nous arrivent et auxquels aboutissent nos études sont de tribus indéterminées, ne correspondant que par hasard ou par exception aux procédés publiés. Ma classification ne porte donc que sur les formes elles-mêmes.

Dans la division de Broca, les formes couchées et relevées sont sujettes à caution. Sur les figures qu’on en donne elles dépendent de l’attitude du crâne, qu’on place involontairement de façon à exagérer l’impression

(l) Morton, Observations on tlie Ethnography and Archeology of the American Aborigènes. Amer. Journ. scienc. New Haven, 1846. — L.-A. Gosse, E*sai sur les déformations artificielles du crâne. Paris, 1855. — Dissertation sur les races du Pérou. Mém. Soc. antlir. Paris, 1861, série 1, t. I. — Lunier, Déformations artificielles du crâne. Article du Dict. méd. et chir. de Jaccoud, t. X, 1869. — Broca, Instructions craniologiques, 1875.

DÉFORMATIONS ETHNIQUES DU CRANE

qu’on veut rendre. Les deux figures 105 et 106 extraites des mémoires de Gosse, qui les a prises à Morton, en sont la preuve.

Sans vouloir indiquer quelle est la vraie ligne d’orientation à adopter, je dirai la conduite que tout lecteur doit tenir pour trouver la position à donner à une figure de crâne, et éviter ainsi d’être induit en erreur par le dessinateur. Son premier point de repère est l’orbite vue de profil, la ligne verticale tangente à ses deux bords doit être perpendiculaire. Les deux autres sont la ligne de mastication, c’est-à-dire suivant le bord libre des dents, spécialement des molaires ; et la ligne allant du point situé sur l’arcade zygomatique prolongée en arrière, directement au-dessus du trou auditif, au bord inférieur de l’orbite. Aucune des trois n’est rigoureuse, mais une moyenne intermédiaire entre les trois positions qu’elles donnent est assurément très correcte.

Eh bien, le crâne dressé dans la figure 10& est assez bien orienté, mais le crâne couché l’est de la façon la plus fausse; pour compléter l’illusion du couché , la mâchoire a été dessinée de la façon la plus arbitraire. Redressez ce dernier crâne et vous verrez que la déformation se redresse

Fig. 107. — Déformation symétrique allongée de Gosse; fronto-occipitale moyenne comme

inclinaison pour moi ; type aymara.

de même notablement, et cependant c’est un cas choisi par Gosse pour la démonstration delà désignation adoptée.

La seule manière de savoir si un crâne déformé est plus ou moins oblique en haut, c’est de le placer sur le plan alvéolo-condylien qui remplace dans la pratique les lignes que je viens de donner pour les figures. On voit alors que s’il est des déformations verticales, il en est bien peu qui soient horizontales parmi celles qu’on regarde comme telles; qu’en tout cas il y a passage des unes aux autres dans un même groupe de population comme chez les Aymaras du Pérou ou les Macrocéphales d’Europe, sans la moindre ligne de démarcation entre eux, quelqu’arbitrairement qu’on la choisisse. On en verra la preuve avec les mensurations. Ce que j ai vu de plus horizontal s’observe non sur des groupes formant un type déter-

Page 1